Sénégal: [Magal 2021] « Xasaïd » de Cheikh Ahmadou Bamba - Chefs-d'œuvre intemporels

26 Septembre 2021

Il n'était pas seulement une âme pieuse et dévouée. Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké était un érudit inspiré dont l'œuvre littéraire, la production intellectuelle de manière générale, est des plus admirables aussi bien par le sens que par le volume. Elle livre un message universel qui embrasse l'éternité.

Cheikh Ahmadou Bamba, en plus de la fondation d'une confrérie, le mouridisme, a légué à l'humanité une œuvre littéraire gigantesque et de tous les temps. Une croyance populaire au sein de la communauté mouride estime le poids de l'ensemble de sa production connue à plus de sept tonnes, allant de la prose à la poésie. Cette production est éternelle en ce sens qu'elle prend sa source dans l'orthodoxie et le mysticisme classique musulman. Cette production est aussi personnelle parce qu'exprimant le vécu et les sentiments d'un élu de Dieu qui a subi l'arbitraire ; sort qu'il a immortalisé par l'écriture. Ses écrits que constituent les « xasaïd » représentent la colonne vertébrale du mouridisme. Ils obéissent, selon Khalil Mbacké, petit-fils du défunt Khalife général des Mourides, Serigne Saliou Mbacké, à une logique spirituelle dont la base s'articule autour de la croyance à l'unicité de Dieu (tawhid), de la jurisprudence islamique (fiqh) et l'intercession (le tasawuf). C'est d'ailleurs ce que le chercheur et conférencier mouride Abdallah Fahmi Aïdara résume en disant que les enseignements de la voie mouride sont « iman, islam et ihsan ».

Profession de foi

Serigne Touba, lui-même, renseigne dans ses écrits que ce triptyque est la voie empruntée par le Prophète Mouhamed (Psl), ses compagnons et leurs disciples. C'est la raison pour laquelle « nul ne peut emprunter cette voie sans la bénédiction du prophète (Psl) et sa permission ». C'est ainsi que Khadim Rassoul révèle dans ses écrits que le Messager (Psl) lui a dit oralement ceci : « Éduque tes compagnons par la volonté spirituelle et non seulement par l'enseignement didactique. Éduque chacun par ce qui correspond à ses aptitudes et à ses états ». C'est ce qui justifie que dans le « Tawhid », Cheikh Ahmadou Bamba a produit des ouvrages qui sonnent comme une profession de foi. Il a rédigé des ouvrages conformément à l'enseignement de l'école malikite. Et Dans le « Tasawuf », Serigne Touba a produit des chefs-d'œuvre qui synthétisent la voie mouride, la confrérie qu'il a créée. Cette œuvre littéraire d'une valeur spirituelle inestimable que constituent les « xasaïd » peut-être chronologiquement située dans trois contextes et périodes de la vie de Cheikh Ahamadou Bamba.

Une œuvre dans le temps

La vie de Cheikh Ahmadou Bamba est rythmée de grands moments et d'épreuves qui ont beaucoup contribué à la consolidation de la confrérie mouride et qu'il trace dans la plupart des « xasaïd ». Cependant, il est difficile de situer dans le temps les dates exactes de production de tous les « xasaïd ». D'après Serigne Bassirou Mbacké, père de l'actuel Khalife général des Mourides, dans le livre « Minanul Bâqil Qadîm » (Les bienfaits de l'Éternel), et son illustre biographe Mouhamadou Lamine Diop Dagana, l'œuvre littéraire du Cheikh peut être située dans quatre périodes plus précisément avant le décès de son père Momar Anta Sali en 1883, après la disparition de ce dernier, entre 1883 et 1895, lors du deuxième exil en Mauritanie et enfin la période de 1907 à 1927, selon leurs centres d'intérêt.

Ce qui correspond aux trois périodes délimitées par le chercheur mouride Serigne Sham Niang et le conservateur de la bibliothèque Khadim Rassoul, Ousseynou Diattara. Pour ces deux derniers, les contextes de production des « xasaïd » sont avant, pendant et après la déportation au Gabon et en Mauritanie, jusqu'en 1927, date du « retour définitif » de Cheikh Ahamadou Bamba à Touba. Cependant, selon le chercheur Abdallah Fahmi, Khadim Rassoul, lui-même, dans ses écrits, semble diviser son œuvre littéraire en deux. « La période précédant mon départ, je n'ai écrit qu'envers mon Seigneur (Mauritanie et Thieyenne). Cela nous concerne Lui et moi. Les ouvrages de la seconde déportation, par contre, sont faits de prières et permettent d'exaucer des vœux à tous ceux qui s'y adonnent », rapporte Abdallah Fahmi.

Le Docteur ès lettres en arabe à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Maguèye Ndiaye, dans sa thèse de doctorat d'État intitulée « Cheikh Ahmadou Bamba : un soufi fondateur de Tariqa et un érudit poète », répartit l'œuvre de Serigne Touba en fonction des faits les plus marquants de sa vie tout en citant certains ouvrages pour chaque époque. La synthèse des travaux et récits de toutes les sources citées ci-dessus permet de stabiliser sur deux contextes de production et d'écriture : pendant et après la déportation et l'exil. Ce dernier contexte correspond en grande partie à la résidence surveillée à Diourbel.

Au début, « Al axdaryu » de son père

C'est cette longue période qui va de ses études dans le « daara » de son père à la déportation au Gabon en 1895. Selon le chef religieux, chercheur et écrivain, Serigne Cheikh Thioro Mbacké, c'est dans ce contexte d'apprentissage, de quête du savoir et d'affirmation que Cheikh Ahamadou Bamba a repris le livre « Al axdaryu » de son père, Serigne Momar Anta Sali Mbacké, un érudit et enseignant. « C'est dans le daara de ce dernier que ses condisciples l'ont sollicité pour qu'il réécrive, de façon plus accessible, des ouvrages dont la compréhension était difficile pour certains. Il s'agit, entre autres, de « ummal-Barahin » (La source des preuves), « Jawharu Nafis » (L'essence des précieuses) « Tazaoudou Sikhar » (l'attraction des enfants), « Mawahiboul Xoudous » (Don du Très Saint), qui sont une version allégée des livres anciens comme « Al axdaryu » », indique-t-il, sans oublier le célèbre poème « Massalik Al-Jinan » (Les itinéraires du paradis). C'est dans ce sillage qu'il a écrit un célèbre ouvrage qui explique comment l'aspirant accède à Dieu par l'adoration, « Wilaya ».

Mayombé ou les épreuves salvatrices

Selon un récit corroboré par toutes les sources orales comme écrites, c'est en 1888, lorsque Cheikh Ahmadou Bamba s'est installé dans la forêt de Mbafar qu'il a nommée Touba, que les répressions coloniales ont commencé. L'attrait qu'il exerçait a suscité de la jalousie chez certains chefs traditionnels. Ce sont eux qui ont d'abord attiré l'attention de l'administration coloniale qui, à son tour, a commencé à exercer une surveillance étroite. Il s'en est suivi des mesures administratives coercitives qui aboutissent à sa déportation au Gabon de 1895 à 1902 et en Mauritanie de 1902 à 1907.

Cheikh Ahamadou Bamba percevait ces contrariétés comme des décisions divines qu'il devait supporter avec dignité afin de sauver son peuple et d'atteindre la station suprême qui lui confère le titre de Khadim Rassoul. C'est dans ce contexte qu'il a écrit les poèmes comme « Khalo liyarkan » dans lequel il rappelle à ceux qui lui proposaient d'être conseiller d'un roi qu'il ne s'occupait que de la religion pour adorer Dieu.

Le jugement de Saint-Louis du 5 septembre 1895 entérine sa déportation au Gabon. Il y voyait un signe d'« épreuves salvatrices, un tremplin vers la véritable sainteté, un moyen de purification », selon feu Pr Amar Samb. Le guide religieux a raconté son exil de près de huit ans dans une brochure de 60 pages intitulée « Jazâ es-Sakûr » ou « La récompense du très Reconnaissant ». Il y dit ceci en prose : « Je suis parti le samedi 4 du mois de Safar en l'an 1313, de la demeure que j'avais construite dans le Djolof après avoir reçu une lettre de l'Émir de Ndar (Gouverneur de Saint-Louis) qui a eu avec moi des rapports voulus par le destin ».

Le fondateur du mouridisme a passé toute sa vie, d'après Amar Samb, à écrire surtout des poèmes et ceux-ci étaient souvent des acrostiches où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, composent un ou plusieurs versets du Coran, un nom du Prophète, l'alphabet arabe ou même le mot français « Merci ». En 1902, entre les deux exils, Serigne Touba a aussi produit, entre autres, « Muqaddîmâ al Amdâh fî Mazâyâ al-Miftâh » (Les prémisses des louanges ou les privilèges de la clé » en acrostiche d'un verset coranique. Lors de la deuxième déportation, il a écrit, selon Serigne Mamadou Lamine Diop Dagana, plusieurs « xasaïd » sans titres et rassemblés dans son recueil « Irwahu An Nadim ».

Un retour prolifique

À son retour de la Mauritanie en 1907, l'administration coloniale décide de le mettre en résidence surveillée à Diourbel. En se fondant sur les écrits de son fils Serigne Bassirou Mbacké et de Dr Maguèye Ndiaye, c'est durant cette période d'« accalmie » mais sous une étroite surveillance que Serigne Touba a produit, entre autres recueils, « Les versets du bienfait », « Le bonheur des disciples », « Les clés de la joie », « La voie de la satisfaction du besoin », « Les verrous de l'enfer », « Le trésor des bienfaits guidés »...

Les « xasaïd » sont entrés dans l'éternité par leur message universel. De l'avis de Serigne Sham Niang, les « xasaïd » permettent une acquisition de connaissances ésotériques et une meilleure compréhension de l'islam et des secrets du verbe divin. C'est également pour lui une exhortation au travail et un moyen de raffermissement de la foi du musulman. C'est pourquoi Serigne Mountakha Bassirou Mbacké leur accorde une très grande importance, d'où l'organisation d'une journée nationale dédiée aux « xasaïd ». Cela avait suscité un très grand engouement. Enthousiasme qui témoigne de l'intemporalité de cette œuvre.

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JOUTES POÉTIQUES AVEC KHALI MADIAKHATÉ KALA

Quand Cheikh Ahmadou Bamba émerveillait le « maître »

Khali Madiakhaté Kala (1835-1902), considéré comme le plus grand poète sénégalais et l'un des plus célèbres cadis de l'histoire, a formé d'illustres personnalités. Cheikh Ahamadou Bamba et le fondateur du village d'Aïnoumane ont gratifié l'humanité de belles joutes poétiques.

La joute poétique qui a « opposé » Ahmadou Bamba, encore tout jeune, à Khali Madiakhaté Kala, qui a été un de ses maîtres en poésie, a marqué la mémoire collective. L'élève est d'ailleurs devenu le maître. Ces deux inspirés poètes ont fini par s'estimer et se respecter dans une réconciliation opérée par la foi et les lettres. Un jour, Khali lui écrivit ce seul vers : « Il est légitime de pleurer sur les maîtres (maîtres soufis, des mystiques, des saints musulmans) qui ne sont plus, car la terre et les cieux ont versé des larmes sur eux ».

Cheikh Ahmadou Bamba répondit par 75 vers sur le mètre (Basît) et la même rime (âtî). Voici un extrait de ce poème, écrit en arabe, qui a fait sauter de joie Khali : « Je pleure donc sur eux dans l'espoir d'obtenir demain, par mes larmes, l'agrément de Celui pour lequel ils avaient renoncé aux plaisirs [de cette vie] ... Quel malheur pour mon âme d'avoir perdu ces grands [hommes] qui s'en sont allés vers le Seigneur qui les a invités à des lieux sublimes... ! Sur eux, pleurent, matin et soir, les mois, les nuits avec une passion qui tient de l'extase. Ils étaient des adorateurs soumis à leur Seigneur, lequel, Maître auguste, les a comblés de grâces... Lorsque la nuit déployait son voile de ténèbres, ils se levaient sans tarder pour veiller en actes de dévotion. La nuit, ils dégageaient leurs flancs des couches moelleuses, oubliant Salama et Laïlâ pour recevoir en échange d'heureuses inspirations [divines]. C'étaient des guerriers qui, armées [de pied en cap], infligeaient à leurs ennemis de rudes défaites ; aussi, comblés de leurs privilèges et de leurs dons prodigieux, ont-ils accédé à un rang sublime... La voie de ces Hommes préserve l'aspirant à la vie mystique (Murîd) du tort causé par celui qui est insolent dans sa révolte (Iblîs) et de toutes sortes de séductions ».

Ce poème a renforcé l'affection du maître pour l'élève ; car, d'après un des fils de Khali Madiakhaté Kala, ce dernier aurait déclaré qu'il souhaitait avoir été exilé à la place de Cheikh Ahmadou Bamba. « Que Dieu le récompense en bien pour son intention ! Mais, pour ce que j'ai gagné par cet exil, je ne l'aurais laissé subir cette déportation à ma place », a répondu son ancien élève.

Khali, Lat Dior et le butin

Quand le père de Serigne Touba, Momar Anta Sali, a démissionné de sa fonction de conseiller et de cadi de Lat Dior, il a été remplacé par Khali Madiakhaté. Lors de la défaite d'Ahmadou Cheikhou à Samba Sâdio en février 1875, quand Alboury Ndiaye, allié de Lat Dior et aux Français, vainquit le marabout guerrier, Khali, en tant que cadi, avait trouvé licite d'enlever le butin et d'amener en captivité les vaincus. Ahmadou Bamba contestait cette décision. Lat Dior, voulant les confronter ; envoya convocation sur convocation au fondateur du Mouridisme. Mais ce dernier refusa en disant : « J'ai honte que les Anges me voient porter mes pas auprès d'un roi autre que Dieu ! ».

Finalement, le Cheikh, citant un pieux personnage (Muhammed ibn Maslama), écrivit, dans une lettre adressée à Lat Dior et remise à Adama Sal, cette parole : « Un savant dans la cour d'un roi est comme une mouche sur des excréments ! » Le Damel fit lire la lettre par Khali. Ce dernier s'écria : « Grand Dieu ! Grand Dieu ! « Qu'a-t-il dit ? », s'enquit Lat Dior. « Il ne te vise pas, c'est à moi qu'il s'adresse », répondit Khali. « Je t'abjure de me répéter ce qu'il t'a dit », commanda le roi. Khali le lui dit. « Notre cas est pire. S'il t'a vu mouche, il nous a vu ce que tu sais », conclut le Damel.

Quelques jours plus tard, la confrontation eut lieu par hasard. Ayant entendu que Khali, en compagnie de Lat Dior, était de passage à Mbacké Kadior, Ahmadou Bamba se dit qu'il était de son devoir d'aller rendre visite à son ancien maître et ami de son père. Mais, dès son arrivée, Khali remit sur le tapis la question du butin enlevé sur Ahmadou Cheikhou en disant : « Le vaincu de Samba Sâdio s'était proclamé prophète. Il avait fait la guerre pour matérialiser ses prétentions prophétiques, donc il était licite de verser son sang, d'utiliser le butin enlevé et de réduire en esclavage ses partisans pris vivants ». « Qui t'a dit qu'il se faisait passer pour un prophète ? », questionna Ahmadou Bamba. « Les habitants du Cayor », répondit Khali. « Ce sont ses ennemis, ses adversaires qui lui avaient fait la guerre, et tu n'as pris, en tant que juge, en considération que les accusations portées par les Cayoriens contre leur ennemi ». Alors Khali garda le silence, l'assistance fit de même. Et Cheikh Ahmadou Bamba lui tourna le dos et s'en alla.

 (Source : Pr. Amar Samb, « Essai sur la contribution du Sénégal à la littérature d'expression arabe »)

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MATLABOUL FAWZAYNI

La « maquette » de Touba ou la prière exaucée

« Matlaboul Fawzayni », c'est le nom d'un célèbre « xasida » dans lequel Cheikh Ahmadou Bamba « réalise » la maquette de la cité religieuse de Touba sous forme de prière à l'endroit de Dieu. Il fait partie du recueil « La quête du bienfait des deux mondes », selon Serigne Khalil Mbacké, petit-fils de Serigne Saliou. Ce poème, écrit en 1988, date à laquelle la ville de Touba est fondée, commence ainsi : « Fais de ma demeure la cité bénie de Touba, le bastion de l'obéissance à Allah et du respect de la coutume sacrée de l'Envoyé (Psl) pour toujours, et non le parterre des innovations blâmables ». Serigne Khalil Mbacké indique que dans ce poème de plus de 30 vers, Cheikhoul Khadim prie Dieu que Touba soit une ville sainte et un lieu de refuge pour le fidèle qui se confie à Allah et de celui-là engagé dans la quête de l'Absolu. Selon lui, au regard du développement de la ville de Touba, plus d'un siècle après cette prière, tout est exaucé à travers des lieux comme la grande mosquée, Daaray Kamil, les nombreuses écoles coraniques. Tout y est au service de la religion. Touba est la deuxième ville la plus peuplée du Sénégal. Elle n'en est pas moins dépourvue d'infrastructures. Chaque année, à l'occasion du grand Magal, elle accueille plus de deux millions de pèlerins.

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ŒUVRE LITTÉRAIRE DE CHEIKH AHMADOU BAMBA

La lecture d'Abdallah Fahmi Aïdara

L'œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba est un message inédit d'un poète enseignant écrit dans un style personnel en prose ou en vers rimés. Le chercheur mouride spécialisé en théologie islamique et soufisme, Abdallah Fahmi Aïdara, Sénégalo-Tunisien, en donne une lecture originale.

Une source intarissable

« Khadimou Rassoul a commencé très tôt sa production littéraire. Il faisait la versification de certains ouvrages classiques de Fiqh, notamment ceux d'Al Akhdari, de Tawhid de l'imam Abou Abdallah Senoussi et de Tasawuf de Ghazali. Ensuite, il composa ses odes pour Allah et des invocations (Du'a), puis des panégyriques sur le prophète Mohammad (Psl). Plus tard, pendant l'exil maritime au Gabon, il consacra sa plume à Allah et son prophète Mohammad (Salla Allah alayhi wa Salam). Dans des conditions effroyables, indescriptibles, au cœur de cette forêt tropicale où il pleut continuellement, sa production coulait à l'image d'une source intarissable. Lors de son deuxième exil, en Mauritanie, il reprit les ouvrages didactiques et produisit de nouveaux « xasaïd » pour la protection de la Ummah dont le célèbre panégyrique « Wakâna Haqqan ».

Style envoûtant

« Son style est particulièrement envoûtant, car c'est lui-même qui transparaît dans ses « xasaïd ». Sur le plan poétique, il utilisa toute la métrique arabe, mais aussi une métrique particulière en quatrain qui est un mixage de la métrique arabe avec des chants vernaculaires, laquelle était en vigueur en Andalousie et restée présente en Mauritanie. Ce genre de poésie est proche des « muwashahat » et a ses propres normes comme le « tasmit ». Elle est très appréciée quand on la chante. C'est pour cela que les Mourides chantent les « xasaïd » de Khadimou Rassoul ».

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BIBLIOTHÈQUE « DAARAY KAAMIL »

Un amas de trésors

La bibliothèque centrale de Touba, appelée « Daaray Kamil », (La maison du Coran), est un haut lieu de savoir et de mémoire. La production littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba, des archives de grande importance, des exemplaires du Coran et une documentation fournie et variée y pullulent, au grand bonheur des chercheurs et des disciples.

« Mon trésor est le saint Coran, la tradition du prophète et les règles de bonne conduite, nullement l'accumulation d'argent ou d'or ». Cette prose tirée des écrits de Cheikh Ahamadou Bamba, traduite en français et en anglais puis accrochée sous forme de banderole dans la salle de lecture de « Daaray Kaamil » suffit à montrer ce que représentent, ici, les « xasaïd » et les exemplaires du saint Coran gardés dans la bibliothèque pour Cheikh Ahamadou Bamba et la communauté mouride. Une autre prose sous forme de tableau d'art qui orne une autre partie de la salle.

Serigne Touba y indique la voie aux chercheurs : « Toi qui veux acquérir le savoir, révise à chaque fois, à chaque instant ». Beaucoup de disciples dans cette bibliothèque en ont une règle de conduite. Sac à dos contenant ses habits sous la table, Mbaye Guèye est très concentré sur le livre qu'il recopie. « Je suis à l'école coranique, dans un daara qui se trouve à Thiarène, une localité de la commune de Keur Madiabel dans le département de Nioro du Rip. Chaque année, à l'approche du Magal, qui consacre notre période de vacances, je viens ici à la quête du savoir et aussi pour mieux connaître Serigne Touba, mon guide religieux », confie-t-il. Mbaye Guèye n'est pas le seul à suivre cette recommandation du fondateur du mouridisme.

Assis à la même table que Mbaye Guèye, Cheikh Niang lie un livre écrit par un fils de l'actuel Khalife général des Mourides, Ahamadou Bamba Al-khadim Mountakha. Il est originaire de Touba et enseigne la philosophie au lycée de Sédhiou. Durant ses vacances, c'est à « Daaray Kamil » qu'il passe l'essentiel de son temps. Au même titre que ces disciples et chercheurs, des fidèles mourides, désireux de visiter le patrimoine littéraire légué par Cheikh Ahamadou Bamba, occupent les différentes salles de la bibliothèque.

Visiblement émerveillée par le nombre de documents qu'elle vient de voir dans la salle dédiée aux « xasaïd », Sokhna Asta Guèye s'exclame : « C'est énorme » ! Il fallait une visite dans cette bibliothèque pour croire qu'un être, fût-il un élu de Dieu, peut à lui seul écrire tout cela. Selon Ousseynou Diattara, un agent en service à la médiathèque, en plus des visiteurs et disciples, presque toutes les délégations de diplomates qui viennent à Touba font un tour pour découvrir la bibliothèque.

Une œuvre de Serigne Abdoul Ahad Mbacké

Le nom de la bibliothèque Cheikhoul Khadim écrit en arabe et qui défile en boucle à la devanture attire les visiteurs. « Daaray Kamil », de son nom populaire, se situe entre la grande mosquée et le cimetière. Construit en 1977, cet édifice est composé de quatre salles qui encerclent le mausolée du troisième Khalife général des Mourides, Cheikh Abdoul Ahad Mbacké. D'ailleurs, c'est ce fils du fondateur du mouridisme qui l'a fait construire durant son khalifat (1968-1988). À droite de la porte principale, se trouvent l'administration et la salle d'exposition dans laquelle sont accrochées des photos de l'inauguration, mettant en exergue le premier Président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senhor, et Cheikh Abdoul Ahad Mbacké. À une encablure, se dresse la salle de lecture. C'est une médiathèque avec des tables, des chaises, un studio de télévision numérique, Cheikhoul Khadim Tv, et des écrans qui diffusent en boucle des « xasaïd ».

Elle fait face à la salle 2 dédiée à l'œuvre littéraire de Cheikh Ahamadou Bamba. Ces ouvrages, une collection de « xasaïd », sont classés par thème sur une trentaine de rayons de quatre étagères de couleur grise qui mesurent au moins 20 mètres chacun. Il s'y ajoute une vingtaine de petits rayons adossés au mur tout le long de la salle. Ce même système prévaut dans la salle 1 située derrière le mausolée. Elle est dédiée aux exemplaires du Coran et aux matériels personnels du fondateur du mouridisme. Dans d'autres espaces dédiés sont conservés des documents divers, les archives administratives... La salle d'exposition rend également ce bâtiment majestueux.

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DIEYI DIOUF, ENSEIGNANT-CHERCHEUR À L'EBAD

« Daaray Kamil, c'est une mine d'informations »

L'enseignant-chercheur à l'Ecole de bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad), Diéyi Diouf, qui a encadré beaucoup d'étudiants à l'occasion de leur séjour pédagogique à « Daaray Kamil », aborde, ici, l'archivage et le rôle que cette bibliothèque peut jouer dans le monde de la recherche.

Que représente « Daaray Kamil » pour le professionnel de l'information documentaire que vous êtes ?

Je commencerai par donner une petite précision sur le nom de cette grande bibliothèque encyclopédique, « Daaray Kamil ». D'aucuns penseraient que c'est une bibliothèque qui ne comporte que les « xasaid », l'œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba alors qu'au fond, c'est une mine d'informations qui comporte des écrits en français, en arabe, en anglais. Et donc, c'est une bibliothèque très importante pour la Ummah islamique et tout individu en quête de lumière. Cette bibliothèque comporte des informations insoupçonnées pour le Sénégalais lamda et le chercheur en général. Elle peut servir, en tout cas, de références à nos jeunes chercheurs. Il y existe des collections de la Bible en arabe, des thèses qui ont été soutenues dans d'autres langues, des documents sur l'astronomie, la physiologie, la médecine, etc. C'est vraiment une bibliothèque très importante. Les écrits de Serigne Touba sont dans une salle, bien conservés, ainsi que ses objets personnels qui sont maintenant bien protégés, après nos multiples passages et les efforts considérables de l'administration interne. Ce sont des objets fragiles mais bien protégés de nos jours, parce qu'on ne peut même pas y toucher, mais on peut les observer à travers des vitrines, et c'est bien mieux comme ça.

Avez-vous essayé, au cours de vos nombreux séjours pédagogiques avec vos étudiants, de quantifier le nombre d'ouvrages conservés au sein de la bibliothèque Khadim Rassoul ?

Lors de nos nombreux passages à « Daaray Kamil » avec les étudiants, nous avons posé beaucoup de questions au personnel. Et nous avons essayé, à partir des registres qui existent bien sûr à « Daaray Kamil », de quantifier le nombre de documents. Le résultat est immense, 1.920.000 ouvrages y sont gardés. C'est quatre salles de collections et chacune contient 480.000 exemplaires sans compter les écrits de Khadim Rassoul estimés par une croyance populaire au sein de la communauté mouride à 7,5 tonnes, les écrits de ses fils et filles.

Il faut aussi noter que ce nombre de document évolue chaque année parce qu'il y a des legs, des achats, des dons qui s'y ajoutent.

Est-ce qu'il existe une classification des ouvrages pour permettre aux visiteurs de faire leur recherche sans difficulté ?

Au fait, il y a une chose à éclaircir. Tout d'abord, c'est qu'il n'y a pas de bibliothécaire formé à l'Ebad de nos jours qui opère à « Daaray Kamil ». Ce sont de bonnes volontés mourides qui y travaillent au service de la communauté. Cependant, il y avait un conservateur qui a tenté de faire une bonne classification et nous avons noté dans les registres qu'il y avait des fiches cataloguées et l'entrée inventaire dans les différents registres ou catalogues était bien effectuée. C'était un travail professionnel. De nos jours, nous formons, durant nos séjours, les volontaires que nous trouvons et, heureusement, ils respectent à la lettre les méthodes de classification que nous leur enseignons en se basant sur le guide et la feuille de route que nous leur avons remis lors notre passage en 2015.

Ce qui est intéressant, c'est qu'ils ont appliqué les directives et avec l'appui de l'Université Alioune Diop de Bambey, il existe maintenant une salle de référence. Il y a aussi un système de cotation que nous avons établi aussi pour renforcer la classification de Dewey que l'ancien bibliothécaire avait adoptée. Ce qui fait qu'aujourd'hui, les utilisateurs peuvent indiquer aux agents l'ouvrage dont ils ont besoin à partir de la salle de référence. Comme vous le savez, ce sont des documents rares, précieux qu'on ne peut pas laisser en libre accès. Mais on est en train de les appuyer un peu partout, pour vous dire que le classement ne suit pas à 100% les normes Afnore ou les normes Lpa. Néanmoins, c'est bien classé.

De concert avec l'Université Cheikh Ahamadou Bamba de Touba, nous allons mettre en place un ensemble de bibliothèques et de centres de documentation que nous avons déjà conceptualisés avec des partenaires, en l'occurrence l'ensemble des directeurs des bibliothèques universitaires du Sénégal, l'association des bibliothécaires archivistes et documentalistes, des professeurs d'Université dans d'autres disciplines. Tout cela vise à vulgariser davantage l'œuvre littéraire de Cheikh Ahamadou Bamba.

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RETOMBÉES ÉCONOMIQUES

Les « xasaïd », une niche de grâces

L'œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba continue de répandre de la lumière dans le monde. Elle est aussi un gagne-pain pour beaucoup de personnes.

Parmi l'une des recommandations de Khadim Rassoul à la postérité, les « xasaïd » : «À défaut d'un guide authentique, l'adoption et l'attachement aux « xasaïd » peuvent entraîner la réalisation spirituelle d'un disciple », disait-il, selon Serigne Sham Niang. Aujourd'hui, ces écrits, soutient-il, sont déclamés partout, par toutes les tranches d'âge, par des hommes et des femmes. Aux alentours de la grande mosquée de Touba, entre le cimetière et « Daaray Kamil », Moussa et ses camarades, tous des talibés âgés entre 10 et 12 ans, forment leur petit cercle, debout. Ils déclament le « xasida » « Jaz bul xulub ». « Nous le faisons par passion, mais aussi pour avoir des sous ». Dans la grande mosquée, sous le minaret qui se situe vers le mausolée du deuxième Khalife général des Mourides, Serigne Fallou Mbacké, un groupe de personnes âgées bien installées sur une moquette déclame le « xasida » « sindidi ».

Difficile de leur arracher un mot. Cependant, Djibril Diop, membre du dahira « Moukhadimatoul Khidma » qui organise et assure la sécurité à l'intérieur de la grande mosquée, renseigne que ces « vieux » sont les seuls autorisés à le faire tous les jours dans l'enceinte de la mosquée, en plus de ceux qui viennent tous les vendredis au mausolée de Serigne Modou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des Mourides. En effet, hormis ces deux groupes cités ci-dessus, il est maintenant interdit de faire des « kurël » dans l'enceinte de la mosquée. La raison est simple d'après Djibril Diop : certains le faisaient à but lucratif.

Imprimeurs et éditeurs se frottent les mains

Toutefois, aux alentours de la mosquée et du cimetière, beaucoup de jeunes mourides des daaras gagnent leur vie grâce aux panégyriques de Cheikh Ahmadou Bamba. Le nombre de cantines et de boutiques à côté de la grande mosquée de Touba s'adonnant à la vente et au moulage de « xasaïd » en témoigne. Mbaye Serigne, propriétaire d'une cantine sur l'allée passant devant la bibliothèque Cheikhoul Khadim « Daaray Kamil », est un ancien pensionnaire des « daara ». « Je subviens aux besoins de ma famille grâce aux « xasaïd ». Chaque jour, je gagne au moins 3.000 FCfa. En période de grand Magal, je peux avoir 10.000 FCfa par jour », confie-il, le visage paisible. À côté de lui, Abdou Sarr ne peut pas écrire ni modeler, mais il a un fournisseur et une imprimante qui lui permet de multiplier des « xasaïd » à vendre. Selon lui, il gagne plus de 2.000 FCfa par jour. Dans le cimetière de Touba, près de la grande mosquée et à « Bakhiya », plus récente nécropole, des individus déclament certains des « xasaïd » pour accompagner les défunts et, en contrepartie, recevoir de l'argent de ceux qui accompagnent les défunts à leur dernière demeure.

D'autres ont choisi de créer, aujourd'hui, des maisons d'édition et des imprimeries spécialisées dans la reproduction des « xasaïd ». L'imprimerie « Keur xasida yi », à quelques encablures de la grande mosquée de Touba, en est un exemple. Son propriétaire, qui souhaite garder l'anonymat, estime son chiffre d'affaires à plus 10 millions de FCfa par an avec plus de 20 employés et une dizaine de collaborateurs revendeurs. Les écrits du fondateur du mouridisme sont devenus une véritable industrie qui fait vivre plusieurs familles dont de nombreux jeunes. Aujourd'hui, plusieurs dahira portent le nom d'un « xasida ». Les jeunes s'identifient à ces écrits. Une attitude qu'Abdallah Fahmi conçoit comme une prise de conscience de la valeur et du legs de Khadim Rassoul. Ce qui augure de « lendemains meilleurs ». Cette appropriation a des retombées économiques évidentes.

À Diourbel aussi

Ce fait ne se limite pas seulement à Touba. Au quartier Médinatoul de Diourbel qui abrite « Kër Gu Mak », l'ancienne résidence surveillée, il existe aussi des cantines de vente de « xasaïd ». Alassane Ndiaye confie qu'il s'adonne à ce commerce depuis qu'il a quitté l'école coranique en 1996, s'occupant de sa famille grâce à la vente des exemplaires de « xasaïd ». Serigne Saliou Sylla est un Lougatois établi à Diourbel. C'est un calligraphe copiste. « Je recopie des « xasaïd » pour les imprimeurs. C'est une forme de pige. Le vers coûte entre 200 et 500 FCfa. Chaque fin du mois, je passe chez les vendeurs pour récupérer mon dû. Je gagne plus de 200.000 FCfa par mois. En cette période de Magal, si je fais la somme de mes commandes, j'aurai plus de 600.000 FCfa au début du mois d'octobre. D'autres préfèrent le faire avant d'écouler le produit et c'est ce qui me permet de faire fonctionner la maison au quotidien », confie-t-il, heureux de sa bonne grâce.

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CHEIKH FATMA MBACKÉ, ÉDITEUR

« Nous avons plus de 50 millions de chiffre d'affaires par an grâce aux « xasaïd » »

Fils de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké, frère aîné de l'actuel Khalife général des Mourides, Cheikh Fatma Mbacké est titulaire d'une maîtrise en mathématiques appliquées et en informatique à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis après ses études coraniques. Bien des entreprises ont fait appel à son expertise avant qu'il ne crée la sienne, une maison d'édition spécialisée dans la réédition de l'œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba.

Qu'est-ce qui vous a incité à créer une entreprise dédiée à la réédition des « xasaïd » ?

L'entreprise que j'ai créée s'appelle « Daroul Khidma », c'est une maison d'édition. C'est une entreprise personnelle. En 2014, j'avais suivi une émission de Mamadou Sy Tounkara sur la 2tv dont l'invité était Abdallah Fahmi, un écrivain sénégalo-tunisien. Il a beaucoup écrit sur Cheikh Ahmadou Bamba et sur Touba. Fahmi disait que Cheikh Ahmadou Bamba est celui qui a le plus écrit sur terre avec les « xasaïd ». Et le présentateur lui faisait remarquer que Touba n'a même pas une maison d'édition aujourd'hui. Et cela m'a vraiment marqué et a réveillé en moi une révolte. C'est pourquoi j'ai créé une maison d'édition qui siège à Touba et à Dakar. Donc « Daroul Khidma » est né dans ce contexte. Notre travail consiste à éditer des livres en français, en anglais ou encore en arabe, mais qui parlent de l'islam en général et du mouridisme en particulier, surtout des poèmes de Serigne Touba. Nous avons même commencé à éditer des « xasaïd » qui sont traduits en français pour permettre aux talibés d'en connaître la signification.

Votre entreprise génère combien d'emplois ?

En plus des emplois indirects, nous avons créé une dizaine d'emplois, des employés payés tous les mois. Nous avons un réseau de distribution, des librairies appelées « bëgg Touba ». Nous en avons une à Guédiawaye, une en face de Massalikoul Djinane et une autre à Touba. Il y a aussi des librairies mobiles avec des tricycles.

Sur les emplois indirects, nous travaillons avec beaucoup de personnes. C'est pourquoi, je dis souvent que Serigne Touba continue de créer des emplois dans beaucoup de secteurs comme celui du café Touba ou encore la réécriture des « xasaïd » par des calligraphes. Par exemple, nous payons à chaque calligraphe 200 FCfa voire 300 FCfa le vers. Et il y a des poèmes qui peuvent aller jusqu'à 100 vers. Il est arrivé plusieurs fois que nous payions un million à un calligraphe qui a écrit 300 ou 600 pages. L'idée est de faire la promotion des calligraphes et copistes de « xasaïd ». Donc les calligraphes sont des employés. Nous avons aussi d'autres employés, il s'agit des infographistes. Leur travail consiste à colorer des « xasaïd ». À ceux-là s'ajoutent les imprimeurs et les correcteurs. Les imprimeurs, en ce moment, sont hyper occupés grâce à la célébration du grand Magal. Nous avons certes une chaîne de librairies, mais cela ne nous empêche pas de collaborer avec d'autres. C'est une vaste chaîne de valeurs qui emploie beaucoup de personnes au niveau national et international.

Nous avons des représentants un peu partout dans le monde pour satisfaire la demande des talibés. Par exemple, en France, nous avons un représentant à Toulouse qui reçoit périodiquement un stock suffisant qu'il vend aux « dahira » et aux talibés. Il en est de même aux États-Unis ou en Côte d'Ivoire. En guise d'exemple, un Ivoirien achète nos produits et les revend dans son pays.

Peut-on connaître votre chiffre d'affaires annuel ?

Je ne peux pas donner un chiffre d'affaires exact. Mais je peux vous dire qu'il dépasse 50 millions de FCfa par an. En matière de commercialisation, les « xasaïd » sont très vendus. C'est un produit de grande consommation. C'est pourquoi, nous voulons innover avec une application de livres en audio que nous allons commercialiser. La phase test va débuter avec Massalikoul Jinane.

Concernant le numérique, nous avons déjà entamé les travaux. Nous sommes en collaboration avec des plateformes où vous pourrez trouver les « xasaïd » et les livres. C'est un abonnement à moindre coût. Nous sommes en train de développer des applications mobiles qui vont permettre aux talibés de pouvoir disposer de toutes les ressources livresques en temps réel et partout dans le monde. Il faut explorer les possibilités du numérique. Et nous allons le faire.

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Une future maison des « xasaïd » au sein de l'Université de Touba

D'après Cheikh Fatma Mbacké, le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, a demandé au Dahira « Hizbut Tarqiyyah » de construire la Maison des « xasaïd » avec une imprimerie, une librairie et une bibliothèque au sein du complexe Cheikh Ahmadou Bamba de Touba (université). Une autre preuve de son attachement à l'immense œuvre littéraire de son grand-père Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké. Il a aussi lancé d'autres initiatives allant dans ce sens.

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