Burkina Faso: Promotion immobilière - Les acteurs pour des assises nationales

Le Réseau des journalistes et communicateurs pour l'habitat, l'urbanisme et l'assainissement (REJHAU-BF), en collaboration avec l'Union des promoteurs immobiliers du Burkina Faso et le syndicat des promoteurs immobiliers, a organisé un café-débat le 24 septembre 2021. La rencontre avait pour thème : «Promoteurs immobiliers et les réformes de la loi 057-2008».

En l'absence des ténors du monde de l'immobilier c'est la nouvelle génération qui a été mise en avant pour faire entendre de vive voix les réserves sur le projet de loi portant révision de la loi 057 de 2008. Les promoteurs immobiliers ont désigné le Dr Aristide Sawadogo, membre de l'Union nationale des promoteurs immobiliers, pour démontrer point par point les articles dans l'avant-projet de loi qu'il qualifie de dérive. «Ce texte se substitue au code pénal », a-t-il lancé avant d'ajouter : Nous sommes pour une réforme juste et équitable. Nous souhaitons une entente entre l'Etat et nous». Mais dans un pays démocratique, les projets de loi laissent la place aux débats et le législateur ouvre les oreilles pour écouter le camp concerné afin d'apporter des rectificatifs. «Nous voulons éviter des bagarres inutiles, nous avons intérêt en tant que fils du pays à nous asseoir autour de la table pour trouver une solution», a-t-il martelé.

Selon Mathieu Sawadogo, ingénieur en génie civil et membre de l'ordre des urbanistes du Burkina Faso. Les urbanistes ne sont pas impliqués dans la mêlé mais ne semblent pas indifférents à la palabre.

«Pendant la révolution on a produit 125 000 parcelles. De 1995 à 2015, on en a spolié 105 408 à des bénéficiaires, approximativement la même quantité produite pendant la révolution. L'Etat a échoué sur la question de l'immobilier, c'est pour ça que le glissement a été opéré pour voir les promoteurs immobiliers prendre le relais. On est face à une situation où on n'a pas anticipé les choses et donc il faut rattraper. Mais pour rattraper il ne faut pas recourir à des mesures drastiques, il faut plutôt un urbanisme négocié pour régler le contentieux immédiat qui existe depuis longtemps. Les promoteurs immobiliers ont pu réunir du foncier sans pour autant avoir pu résoudre l'épineux problème des non-lotis. Maintenant que le foncier est mobilisé, on a une formidable opportunité de réfléchir et de voir comment on résout à la fois les questions des non-lotis, de la promotion immobilière, et celle de l'apurement du passif foncier», a-t-il argué.

Selon lui, il y a un besoin de 882 milliards de F CFA pour financer la restructuration des non-lotis dans les capitales des 13 régions. C'est une somme difficile à réunir mais le jeune urbaniste a fait une proposition qui pourrait être une des voies de sortie. «On peut dégager beaucoup de milliards dans ce passif foncier et les injecter dans des opérations afin d'améliorer les conditions de vie dans les non-lotis. On est autour de 42 000 hectares qui appartiennent à des promoteurs immobiliers dans le grand Ouaga. Par hectare on peut dégager 20 parcelles de 240 mètres carrés. Ce qui veut dire que si l'on considère la moitié de la superficie des terrains des promoteurs immobiliers, c'est-à-dire 21 000 hectares, et qu'on multiplie cela par le nombre de parcelles qu'on peut dégager, on se retrouve avec plus de 420 000 parcelles. Pour M. Sawadogo, avec ces parcelles on peut résoudre le problème des personnes coincées dans les non-lotis. Les sommes d'argent obtenues par l'Etat à travers la résorption du passif foncier pourraient permettre d'aménager des voiries, de construire des logements pour ceux qui seront déguerpis. A l'en croire, la politique de répression, qui apparaît très nettement dans cet avant-projet de loi, n'est pas une solution à la situation. Pour lui, c'est le moment de s'assoir ensemble à travers des assises nationales afin de discuter de ces questions (non-lotis, promotion immobilière, apurement du passif foncier) et de les résoudre une bonne fois pour toutes.

Le café-débat se voulait une tribune démocratique qui accepte les voix dissonantes. Seidou Taroré est président du Mouvement de solidarité pour le droit au logement. Selon lui, aucun des promoteurs ne veut reconnaître qu'ils sont en train d'accaparer les terres. Notre mouvement s'est battu pour que la terre appartienne au privé mais les promoteurs immobiliers sont des capitalistes, comme vous le savez. Nous sommes d'accord avec le projet de réforme pour arrêter l'accaparement, mais il faut une rencontre nationale de tous les acteurs du foncier pour en discuter.

Daouda Badini, représentant du syndicat des promoteurs immobiliers, a déclaré que selon ce qui ressort de l'enquête parlementaire, sur toute la ligne, à commencer par les députés, des ministres en allant aux maires, aux promoteurs immobiliers, tout le monde a failli. Pour lui, la question d'assises nationales est plus que pertinente.

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