Afrique: Journée mondiale du droit à l'avortement - Témoignages des disparités d'accès à l'IVG

Assemblée nationale béninoise à Porto Novo (illustration).
communiqué de presse

Le 28 septembre marque la journée mondiale du droit à l'avortement. En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit depuis la loi Veil du 17 janvier 1975. L'accès à cette procédure médicale reste encore limité ou tout simplement illégal dans certains pays où Médecins Sans Frontières intervient. Nos équipes ont recueilli plusieurs témoignages de femmes ayant affronté cette situation à travers le monde.

Aujourd'hui, 7 millions de femmes sont victimes de blessures ou d'invalidités dues à un avortement non médicalisé. 45 % des IVG sont en effet réalisées de manière non sécurisée, et seraient la cause d'au moins un décès maternel sur douze.

Cette journée mondiale a pour but de rappeler la fragilité du droit à l'avortement et permet de mettre en lumière les disparités des droits et des possibilités d'accès à la santé auxquelles les femmes font face à travers le monde. Les pratiques culturelles, les croyances religieuses, le cadre familial ou légal peuvent être un frein dans la prise de décision lorsque la question se pose de mener ou non une grossesse à son terme. Sur ses différentes zones d'intervention, MSF souhaite faire en sorte que les femmes puissent disposer librement de leur corps, en leur donnant accès à un avortement médicalisé en toute sécurité.

Inde : « Je me suis sentie tellement soulagée »

« Quand j'ai découvert que j'étais enceinte, je me suis sentie très triste parce que j'ai déjà cinq enfants. Je me suis demandée comment j'allais m'occuper d'eux si je donnais naissance à un sixième enfant ? Je n'avais absolument aucun soutien de la part de mon mari. Comment une femme peut-elle tout faire pour ses enfants en étant seule ? Je me suis mariée à l'âge de 14 ans. Je n'aimais pas aller chez mon mari parce qu'il me laissait des marques de morsures partout sur mon corps. Même sur mon visage, ce qui explique pourquoi je le gardais tout le temps couvert. J'ai parlé de ma situation à ma voisine dans le village d'où je viens. Elle m'a dit que je n'avais pas d'autre option que de retourner avec lui. Le temps a passé, mais les circonstances n'ont pas changé. Je ne faisais qu'accoucher, un enfant après l'autre. Quand j'ai appris que j'étais enceinte de mon sixième enfant, j'ai beaucoup pleuré. Je n'avais pas la force de donner naissance à un autre enfant. C'était très difficile pour les femmes de parler d'avortement dans notre société. Combien de temps les femmes doivent-elles souffrir à cause de cela ? On dirait que des siècles ont passé, mais rien n'a changé. En 22 ans de mariage, je n'ai rien vu changer ! J'ai partagé mon chagrin, mes difficultés avec une femme de mon voisinage, et j'ai éclaté en sanglots. Elle m'a parlé de cette clinique (la clinique MSF de Umeed Ki Kiran) où je pourrai trouver de l'aide. Au début, j'étais gênée de venir à la clinique et d'avorter. Mais quand j'ai dépassé la barrière de la gêne et demandé de l'aide, je me suis sentie très soulagée. J'ai été capable de me sortir de cette situation très difficile. J'ai reçu les comprimés pour pratiquer l'avortement là-bas, et j'ai reçu toute l'aide dont j'avais besoin. J'ai aussi reçu des pilules à prendre tous les jours, afin d'éviter de tomber à nouveau enceinte. »

Moyen-Orient : « J'ai remercié MSF de m'avoir facilité les choses »

« C'était ma première grossesse. Au début, tout semblait normal. Mais quand j'ai atteint le cinquième mois, le bébé bougeait très peu. Je suis allée voir un médecin qui travaille dans mon village et elle a fait une échographie, qui a montré que le bébé était déformé. Je suis retournée chez la gynécologue et elle m'a dit qu'on ne pouvait rien faire. J'ai refait l'échographie dans deux autres endroits. Ils m'ont dit des choses comme : « Si vous avez de la chance, cet enfant ne va pas naître » et « Même si l'enfant naît, il ne vivra pas longtemps. » J'ai cherché sur internet pour voir si l'avortement était en accord avec ma religion et j'en ai parlé à des membres de ma famille en qui j'ai confiance. Toutes les réponses indiquaient que c'était interdit, puisque le fœtus avait un rythme cardiaque. Mais je ne pouvais pas accepter ça. Je suis allée à l'hôpital MSF. Ça a pris un mois pour trouver un établissement qui allait m'aider. J'ai rencontré le médecin là-bas, et elle m'a amenée à l'intérieur. Elle m'a donné une enveloppe et m'a indiqué de prendre les pilules abortives toutes les trois heures, une fois que je serai chez moi. Au bout de quelques heures, j'ai commencé à ressentir de la douleur. Le médecin MSF m'a soutenue pendant toute cette période. Je l'appelais au téléphone et elle me répondait, même au milieu de la nuit. De 4 heures du matin jusqu'à ce que l'avortement soit terminé à 15 heures, elle me surveillait régulièrement. C'était très bien de pouvoir mettre fin à cette grossesse en toute sécurité. Le médecin MSF m'a donné des conseils qui m'ont évité de trop souffrir. Je n'avais même pas 20 ans et j'ai dû faire face à cette situation difficile. Je suis étudiante et j'étais déjà engagée dans beaucoup de choses, je n'aurais pas été en mesure de m'occuper d'un enfant avec des besoins particuliers. »

République démocratique du Congo : « Des filles perdent la vie »

« Deux jeunes filles de la même famille, âgées de 15 ans, étaient toutes les deux enceintes. Elles voulaient continuer d'aller à l'école. Donc, après avoir reçu des conseils de la part de leurs amies, elles sont allées en secret dans la brousse pour trouver des herbes traditionnelles. Elles ont préparé les herbes et les ont bues, pensant que ce remède les ferait avorter. Les filles ont commencé à avoir des complications abdominales. Leurs ventres étaient gonflés. Elles avaient mal. Leurs parents les ont amenées à l'hôpital. L'une après l'autre, à une minute d'écart, les deux filles sont mortes. Elles sont mortes d'un empoisonnement à base de plantes traditionnelles utilisées pour déclencher l'avortement. Cela arrive beaucoup ici. Typiquement, dans notre pays, c'est difficile de parler des problèmes comme une grossesse non désirée. C'est compliqué avec nos traditions et nos tabous. Les jeunes filles ont peur que si leurs parents apprennent pour leur grossesse, elles seront battues ou reniées par leurs familles. C'est très douloureux. On devrait pouvoir le dire : c'est douloureux. Des filles perdent la vie. »

Mozambique : « Après, je me suis sentie libre »

« J'ai 19 ans et je vis à Beira, au Mozambique. J'ai senti que j'étais enceinte et je l'ai dit à ma mère. Nous sommes allées voir le père, mais il a nié les faits. Il a dit : « Non, cet enfant n'est pas de moi. » J'ai décidé de me faire avorter parce que je ne pouvais pas élever un enfant toute seule. Nous sommes allées à la clinique pour faire l'avortement. J'ai parlé avec l'une des conseillères MSF et elle m'a donné de bons conseils. Ils m'ont donné des pilules et c'est tout. Ils m'ont bien traitée. Après, je me suis sentie libre. »

Depuis déjà plusieurs années, MSF apporte un soutien aux femmes désirant mettre un terme à leur grossesse, en leur permettant l'accès à un avortement médicalisé.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X