Rwanda: Yvonne Idamange a été condamnée à 15 ans de prison

La youtubeuse a été condamnée pour incitation à la violence et à l'insurrection. Yvonne Idamange était absente à la lecture du verdict la déclarant coupable.

C'est en février que Yvonne Idamange a été arrêtée à Kigali pour incitation au désordre public et résistance à une arrestation légale.

Yvonne Idamange, dont la chaîne YouTube compte 18.900, se présente comme une survivante du génocide de 1994.

Il lui était reproché d'avoir accusé le président Paul Kagame et son gouvernement d'avoir mis en place une dictature et d'instrumentaliser le génocide de 1994.

Le droit à la liberté d'opinion

Pour le journaliste indépendant John Willam Ntwali, le verdict dans l'affaire Idamange est une mise en garde pour quiconque osera s'aventurer sur le même chemin.

"La liberté d'expression est bien définie au Rwanda et cette liberté est garantie par la loi. Mais sa pratique dans la réalité est toute autre. Il y a certains sujets qu'on ne peut pas aborder et espérer rester sain et saufs. Les artistes, les journalistes et les religieux sont quasiment coincés car la liberté d'expression est réduite et la liberté d'opinion interceptée", confie le journaliste.

La liberté d'opinion est et reste fondamentale au Rwanda et il est possible d'avoir des opinions contradictoires, estime toutefois Joel Ndoli Pierre, responsable de la communication à l'ambassade du Rwanda à Bruxelles.

"Ce n'est pas un crime au Rwanda d'avoir des opinions contradictoires sur les politiques gouvernementales ou sur la façon de faire les choses différemment, » explique Pierre Ndoli

Il insiste par ailleurs sur le fait que "comme pour tous les droits et libertés, ils doivent être exercés dans les limites strictes de la loi. D'une part, nous avons des lois contre la minimisation du génocide et l'incitation à la violence, qui sont là pour protéger notre société et garantir la sécurité des personnes. D'autre part, les tribunaux rwandais sont indépendants, ils tranchent les affaires en se basant sur la loi et les preuves qu'ils ont pu récolter. Personne n'est au-dessus de la loi au Rwanda,» conclut-il.

Pour Human Rights Watch (HRW) qui suit de près les dossiers liés à la liberté d'expression au Rwanda, au moins huit personnes qui ont commenté en ligne des affaires publiques ont été menacées, arrêtées ou poursuivies en 2020.

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Internet et réseaux sociaux contrôlés

Comme le rappelle Lewis Mudge, directeur pour l'Afrique centrale chez HRW, le cas Indamange illustre la censure qu'exerceraient les autorités rwandaises sur internet et les réseaux sociaux.

"La lourde peine de 15 ans de prison s'inscrit dans le cadre d'une répression plus large de la liberté d'expression et pour inciter tous les Rwandais à réfléchir à deux fois avant d'exercer ce droit fondamental. Au Rwanda, la censure et la répression de la liberté d'expression s'étend dans la sphère digitale. C'est un fait que nous avons pu documenter depuis une année chez Human Rights Watch."

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Outre la peine de 15 ans de prison, Yvonne Idamange a été condamnée à une amende d'un montant équivalent à 2.000 dollars. L'accusation avait requis 30 ans de prison et l'équivalent de 6.000 dollars d'amende.

Yvonne Idamange a commencé à boycotter les audiences quand le tribunal a rejeté sa demande de diffuser son procès en ligne.

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