Afrique: Quelles conséquences après les Pandora Papers ?

L'enquête des Pandora Papers fait grand bruit. Il est pourtant rare de voir les personnes concernées être condamnées par la justice, notamment en Afrique.

Alors que plusieurs personnalités politiques citées dans les Pandora Papers se défendent d'avoir agi dans l'illégalité, la question se pose de la suite à donner à ce genre de révélations. Car avant les Pandora Papers, révélés par un consortium international de journalistes dont ceux de la DW, il y a eu les Panama Papers et d'autres dénonciations souvent faites par les acteurs de la société civile.

Il est pourtant rare de voir les personnes concernées être condamnées par la justice, notamment sur le continent africain.

Les Pandora Papers pourraient-ils finir dans le silence ?

Les révélations selon lesquelles des responsables de premier plan ont transféré des capitaux importants vers des pays où ils bénéficient de conditions fiscales avantageuses, provoquent colère et frustration.

Mais à quelles conséquences peut-on donc s'attendre en Afrique après de telles révélations ? "Les Pandora Papers ont sorti des révélations en gros mais il sera important de voir ce que les dossiers disent exactement, quelle est la date à laquelle les richesses en question ont été constatées", estime Idriss Linge, rédacteur en chef de l'Agence Ecofin et expert de l'organisation Tax Justice Network.

"Techniquement, il existe dans plusieurs pays d'Afrique ce qu'on appelle les contrôles supérieurs de l'Etat, et même les parlementaires qui peuvent le faire", suggère l'expert.

L'enquête des Pandora Papers, à laquelle la DW a participé, épingle une cinquantaine de responsables africains. Le Nigeria, l'Angola et la Côte d'Ivoire sont largement en tête.

Le rôle de l'institution parlementaire

Selon le député ivoirien Yacouba Sangaré, membre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), au pouvoir, l'institution parlementaire a un rôle à jouer. Mais s'agissant des Pandora Papers, l'élu ne voit pas d'opportunité d'action.

"Il y a la Cour des comptes, il y a même un ministère dédié à la bonne gouvernance. Il y a une haute autorité de la bonne gouvernance. Ces institutions vérifient les faits et si nous, à un moment donné, on pense que le sujet mérite d'être porté à notre connaissance, nous pouvons nous adresser à ces institutions. Sinon, se lever comme ça et aller enquêter où et comment ? Avec quel outil ? Ce n'est pas possible et il faut quand même bien comprendre le rôle du député aussi", martèle le parlementaire.

Idriss Linge, expert de l'organisation Tax Justice Network, regrette par ailleurs le manque de partage automatisé d'informations au niveau international. Il interpelle aussi la responsabilité des Etats qui accueillent les capitaux.

"Là on parle des hommes politiques africains mais on oublie de parler de leurs complices qui sont des grandes banques internationales basées dans des pays très développées qui prétendent défendre les démocraties mais qui finalement hébergent des institutions qui sont complices de détournements ou alors de la dissimulation des avoirs des pays les plus pauvres", insiste le rédacteur en chef de l'Agence Ecofin.

D'après l'organisation Tax Justice Network, l'Afrique a perdu en 2020 l'équivalent de 25,7 milliards de dollars, "du fait de l'évasion fiscale des multinationales et l'évitement fiscal des personnes fortunées". Ce montant, précise Idriss Linge, représente 52% des budgets de santé de toute l'Afrique.

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