Congo-Kinshasa: Parc national de l'Upemba - Félix Tshisekedi interpellé sur les conséquences de l'érection d'un barrage hydroélectrique

Le président de la République a été interpellé sur la menace que fait peser l'érection d'un barrage hydroélectrique dans le parc national, sur la biodiversité de la région et des moyens de subsistance des communautés locales dans le bassin de Lufira, dans la province du Haut Katanga.

Dans une lettre ouverte signée le 4 octobre à Lubumbashi, Bukavu, Goma et Kinshasa, par cent quatre-vingt-cinq organisations, Félix-Antoine Tshisekedi est interpellé au sujet de la menace que fait peser l'érection d'un barrage hydroélectrique dans le parc national de l'Upemba. Ces organisations, membres de la société civile du secteur environnemental, ont, en effet, saisi cette occasion pour alerter le chef de l'Etat congolais sur les conséquences incalculables que présente la mise en œuvre du projet de construction d'un barrage hydroélectrique dans le bassin de la Lufira, tant sur la protection de l'environnement que sur les moyens de subsistance de plusieurs communautés riveraines.

Ces ONG notent, en effet, que les travaux de construction du barrage hydroélectrique de Sombwe ont commencé depuis novembre 2019, au mépris des principes fondamentaux de la Constitution, des lois organiques en matière de protection de l'environnement et des aires protégées. Elles précisent que les travaux ne tiennent pas non plus compte des lois internationales et de la volonté politique du chef de l'Etat exprimée à travers plusieurs forums internationaux de haut niveau sur le rôle que joue la République démocratique du Congo (RDC) dans la protection de la biosphère au niveau planétaire.

Retrait de la réserve de biosphère de la Lufira du Réseau mondial des réserves de biosphère

Les ONG signataires de cette lettre rappellent qu'en novembre 2020, le gouvernement de la République, contre toute attente et sans motivation valable, a demandé à l'Unesco de retirer la réserve de biosphère de la Lufira du Réseau mondial des réserves de biosphère. Et, font-elles remarquer, alors qu'il est le service technique compétent pour la gestion et la protection des aires protégées, l'ancien directeur général de l'Institut congolais pour la conservation de la nature, Cosmas Wilungula Balongelwa, « avait donné un coup fatal à l'environnement en soutenant sans conditions ce projet lors de son invitation à la commission Environnement, tourisme, ressources naturelles et développement durable de l'Assemblée sur l'impact de la construction d'un giga barrage hydroélectrique à l'intérieure du parc national de l'Upemba ».

S'appuyant sur l'étude menée par l'ONG Justicia, les organisations signataires dénoncent la violation flagrante des lois en vigueur en RDC. « Les démarches ci-haut évoquées vont non seulement à l'encontre de la loi sur la conservation de la nature mais aussi sont contraires aux dispositions de notre constitution », ont-elles fait savoir. Et de préciser : « La loi n° 14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature RDC 4 et la loi n°11/009 du 11 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l'environnement contiennent des exigences légales quant au maintien de l'espace réservé aux parcs nationaux ». « Doit-on vraiment laisser souffrir les lois du pays pour plaire à certains dignitaires ? », s'interrogent ces organisations qui relèvent comme autre danger, la diminution du volume d'eau dans les lacs et la dépression de Kamalondo (lac Upemba, lac Kisale, lac Kibale, lac Kayumba, lac Lunda, lac Mulenda, lac Kapondwe,... ).

En effet, insistent-elles, le prélèvement d'eau de la rivière Lufira pour remplir le bassin de rétention de plusieurs milliers de mètres cubes d'eau envisagé pour deux ans ou plus pourrait modifier négativement l'alimentation des lacs de la dépression qui dépendent à plus de 40% de ce flux avec le risque de la disparition de certains d'entre eux, accompagné d'effets dévastateurs sur les espèces halieutiques endémiques qui constituent la seule source des moyens de subsistance pour de plus de cent mille ménages.

Aussi, indiquent ces structures, la construction en cours de ce barrage par la société Kipay Investiment menace de priver plusieurs personnes habitant les territoires de Mitwaba, Malemba-Nkulu et Bukama de leur activité principale, pour leur survie, qui est la pêche ainsi que la perte estimée d'environ 60 km² de terres forestières dans le Haut Katanga suite aux changements dans l'hydrologie et la charge sédimentaire en aval de la rivière. « Le barrage est un obstacle physique aux migrations longitudinales de poissons dans cette zone », notent-elles.

Des conséquences sur le plan international

A en croire ces ONG, ce projet présente également des conséquences sur le plan international. Selon elles, du fait pour le pays d'avoir ratifié l'Accord de Paris, dans le cadre de la Convention-cadre sur le changement climatique, et dans lequel il s'engage à respecter les décisions prises sur le plan international (convention sur les zones humides, sur le patrimoine mondiale de l'Unesco, ... ), le gouvernement doit tenir compte de l'article 25, qui dispose que toute activité incompatible avec les objectifs de la conservation est interdite dans les aires protégées, sous réserve des dérogations prévues par la présente loi, est nul tout droit accordé dans les limites des aires protégées et leurs zones tampon. Ces ONG recommandent également à la RDC le respect de l'article 29 de la même loi qui stipule que tout projet de développement, d'infrastructures ou d'exploitation de toute activité industrielle, commerciale, agricole, forestière, minière, de télécommunications ou autre dans la zone tampon est conditionné par le fait qu'il n'y ait pas d'incidence négative sur l'aire protégée et est assujetti à une étude d'impact environnemental et social préalable assortie de son plan de gestion dûment approuvé conformément à la loi. Ces organisations font également référence à la Constitution de la RDC, qui stipule : « Les traités et accords internationaux régulièrement conclus ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois nationales, sous réserve pour chaque traité ou accord, de son application par l'autre partie ».

Elles en appellent, pour plus de crédibilité, au niveau international, le gouvernement de la RDC de veiller au respect des textes congolais et ceux ratifiés sur les plans régional et international.

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