Cameroun: Les appels au calme se multiplient après la mort d'une petite fille à Buea

Les réactions se succèdent après la mort d'une petite fille à Buea, en zone anglophone, tuée par un gendarme, jeudi 14 octobre. De nombreux habitants avaient ensuite marché dans les rues de la ville une partie de la journée, sans heurts, appelant à ce que la violence cesse, dans cette région marquée par un conflit armé entre séparatistes et forces gouvernementales depuis bientôt cinq ans.

Des messages de condoléances ou des mots de colère, vendredi 15 octobre, sur les réseaux sociaux. Ces mêmes réseaux sur lesquels défilaient jeudi 14 octobre les images des deux corps sans vie. L'enfant portée par la foule et le gendarme laissé en bord de route.

Une petite fille a été tuée par une balle tirée par un gendarme jeudi matin à Buea, capitale de la région du Sud-Ouest. L'agent aurait visé le véhicule dans lequel elle se trouvait parce que l'adulte au volant aurait refusé d'obtempérer à un barrage filtrant. Le gendarme a été battu à mort sur place par plusieurs personnes.

Tension permanente

Pour l'évêque de Buea, Michael Bibi, c'est la tension permanente depuis cinq ans qui est à l'origine du drame. « Sans la crise anglophone, on n'aurait pas des militaires partout en ville. L'insécurité est là. Quand tu ne sais pas qui est l'ennemi, tu tires comme ça, commente-t-il. Ce n'est pas seulement le fait des militaires, cela arrive aussi du côté des sécessionnistes. Il faut que les deux camps soient sensibles aux vies humaines. »

Pour Caryn Dasah, à la tête d'une association de femmes militant pour la paix, cet incident est symptomatique du climat de violence et de tension qui règne dans les régions anglophones du pays. « Cet incident est choquant. Tout le monde est fatigué de voir ce qu'il se passe dans notre pays, fatigué d'entendre les balles siffler, témoigne-t-elle. Ce n'est pas un incident isolé, nous voyons cela comme un problème plus large. L'année dernière en octobre, la même chose est arrivée à Kumba, des enseignants ont été abattus. Cela montre à quel point les gens sont devenus inhumains, corrompus et comment la vie a perdu toute valeur aux yeux de certains. Comment peut-on tirer comment ça, sans se demander qui cela va toucher ? Et puis cela pose de vraies questions : quel était le but ? Quel est le rôle des militaires ? N'est-ce pas de protéger les civils ? »

« Assez ! »

La vie a repris son cours. Le député de Buea, Malomba Essembe, a participé à l'enterrement de la petite fille. Il appelle au calme. « Les forces de défense et de sécurité sont nos amis, pas nos ennemis, rappelle-t-il. C'est malheureux que certains soient indisciplinés et sans pitié. Je vais relayer à la hiérarchie militaire qu'il y a un problème, une tendance de certains agents au harcèlement de la population à Buea. »

Au niveau national, l'opposant Maurice Kamto dénonce « une sale guerre » dans l'Ouest et appelle à une indignation collective pour dire : « Assez ! ».

Des événements « tragiques et inacceptables », pour le ministre Grégoire Owona. Le secrétaire général adjoint du parti au pouvoir le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) assure que le gouvernement « fait tout pour ramener le calme et la paix » et il appelle au sang-froid.

Des enquêtes sont ouvertes côté militaire et civil.

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