Madagascar: Air Madagascar 222-22

31, avenue de l'Indépendance, téléphone: 222-22. Un grand classique. Et pourtant, bien avant la date officielle revendiquée de la naissance de la Compagnie Nationale Air Madagascar, l'Annuaire Noria de 1954 indiquait «Air Madagascar» aux numéros de téléphone 0330 et 0331, avec des bureaux rue du général Rocques. Ce (déjà) «Air Mad», B.P. 437, était l'agent de la compagnie privée TAI (Transports Aériens Intercontinentaux) qui utilisait «le Super Douglas DC6».

Dans une «réclame» de l'époque, Air France revendiquait un «réseau local malgache extrêmement dense (avec) 38 villes et escales». L'avion était alors présenté comme la «solution idéale» dans un pays qui ne comptait que 25.000 km de routes, dont 3 000 d'empierrées, et 900 km de voies ferrées.

Dans le Bulletin de Madagascar, on apprend que l'Armée de l'Air, qui opérait avec le «Junker 52» utilisé par la LuftWaffe durant la seconde guerre mondiale, assurait le transport de passagers: du 15 avril au 15 mai 1950, 84.000 km parcourus, avec 281 militaires et 209 civils, plus quinze tonnes de fret ; du 15 juin au 15 juillet 1950, 81.320 km, 102 civils, 185 militaires, 6 évacuations sanitaires, douze tonnes de fret. À la mi-septembre 1950, la société Air Madagascar présentait l'hélicoptère «Hiller 360», qu'allait acquérir le Territoire «pour assurer les missions les plus diverses» (dont la lutte antiacridienne par largage de l'acricide 25).

Un quart de siècle plus tard, en 1978, dans le livre de Sennen Andriamirado (Madagascar Aujourd'hui), on comptait 53 escales, dont des localités (Tsiroanomandidy, Antsalova, Ankavandra, Miandrivazo; Ambatomainty, Morafenobe, Maintirano; Ambatondra- zaka, Tsaratanana, Andriamena, Port-Bergé, Mandritsara; Mananjary, Manakara, Farafangana ; Betioky, Ampanihy, Bekily; etc.) aujourd'hui orphelines des «lignes sociales».

Car, dès 1965, Air Madagascar assurait des «services réguliers reliant journellement tous les points de l'île». Il est vrai que les transports malgaches souffrent d'un déséquilibre patent sur n'importe quelle carte: deux villes d'importance, comme Antsirabe ou Fianarantsoa, sans doute considérées comme terminus/primus ferroviaires, ont été purement et simplement écartées des liaisons aériennes; tandis que le «Moyen-Ouest», oublié des projets ferroviaires tout en étant mal desservi par l'option ramification plutôt qu'un maillage des Routes Nationales, dépendait des navettes quotidiennes des Twin-Otter d'Air Madagascar.

Dans les années 1960, Air Madagascar prétendait couvrir «sous ses ailes le quart du monde en Boeing 707». Sur le plan local, le fameux «réseau intérieur le plus dense du monde», devenu slogan-devise d'Air Madagascar, a en fait hérité d'un vaste maillage précédemment établi par Air France. Notons, pour 1954, le nombre respectable de Grecs, une communauté anciennement très présente à Madagascar, agréés comme agents d'Air France (Spyliopoulos à Ambilobe, Vassilacopoulos à Ankavandra, Théodorakis à Besalampy, Gonis à Maintirano, Varélas à Manja), aux côtés de rares Malgaches (Ratsimbazafy Louis de Gonzague à Betioky, Jaofeno à Doany, Rabemananjara à Morafenobe), la grande majorité des correspondants étant évidemment français à cette époque coloniale.

En ce mi-octobre 2021, alors qu'aucun avion aux couleurs d'Air Madagascar n'est plus en mesure de voler, ça fait mal (et honte) de voir sur le tarmac d'Ivato un Boeing d'Air France attendre les passagers pour Paris tandis qu'un autre atterrit tranquillement.

C'est en avril 2011, suite à deux inspections constatant des manquements aux règles européennes de sécurité, que les deux Boeing 767 d'Air Madagascar avaient été blacklistés par l'Union Européenne. Depuis, le «trou d'air» ressemble de plus en plus à un «crash». Le «fleuron national» se retrouve très en deçà du «bon vieux temps» (1970), où la Poste malgache éditait un timbre à l'effigie du premier Boeing 737. Le 25ème anniversaire d'Air Madagascar avait été marqué par un autre timbre (1987) à la gloire du Boeing 747, portant haut un logo devenu emblématique: le rapace (ankoay? hitsikitsika? papango?) fendant l'air après avoir pris son envol depuis un Ravinala.

Triste 63ème anniversaire de la proclamation de la République Malgache, qui coïncide avec la pire des perspectives pour la compagnie nationale Air Madagascar. Mais, veut-on encore seulement sauver Air Madagascar

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