Sénégal: [Grand angle] Filière horticole - Les infrastructures de stockage, le chaînon manquant

16 Octobre 2021

Avec plus d'un million de tonnes de légumes récoltés chaque année, le Sénégal a relevé le défi de la production horticole. Toutefois, les producteurs se heurtent aux difficultés de stockage, entraînant des pertes post-récolte estimées entre 30 et 40 %. Dans ce dossier, les acteurs proposent des solutions.

La production horticole a connu une importante hausse au Sénégal ces dernières années. En effet, 1 349 019 tonnes de légumes ont été produits en 2019-2020 contre 1 202 288 tonnes en 2018-2019. Des productions record qui posent le débat sur la disponibilité des infrastructures de stockage. « Le défi de la production est relevé depuis quelques années », reconnaît Yankhoba Ndiaye, Président de l'Union des maraîchers de Notto regroupant huit associations. Et comme il est impossible de tout vendre d'un seul coup, les infrastructures de stockage faisant défaut, il arrive qu'un producteur perde le tiers de sa récolte, regrette M. Ndiaye, grand producteur d'oignon. Cette « autosuffisance » du Sénégal en produits horticoles ne profite pas aux producteurs, déplore l'un d'eux, Malick Ba, établi à Lompoul. Faute d'infrastructures de stockage, ils sont obligés de brader leurs récoltes ou de les laisser pourrir sur place. « Notre groupement, à lui seul, vaut 5000 tonnes d'oignons par campagne. Malheureusement, nous perdons plus de 30 % de cette production à cause du manque de chambres froides ou de magasins de stockage », ajoute-t-il.

Spéculation qui nécessite une bonne conservation, la pomme de terre est passée, en termes de production annuelle, à 20 000 tonnes à Kayar, selon le Président des producteurs de la zone, Modou Fall. « Le Sénégal n'a plus besoin d'en importer, la demande est largement couverte. À Kayar, nous cultivons, chaque année, 450 hectares pour la carotte et 800 hectares pour la pomme de terre. Donc, la disponibilité des produits maraîchers n'est plus un problème », soutient M. Fall. Le problème, dit-il, c'est le pourrissement des récoltes qui impacte l'activité et l'approvisionnement du marché.

À Ndiobène Gandiol, pour une production qui dépasse les 1000 tonnes, les acteurs ne disposent que d'un hangar d'une capacité de 100 tonnes. Conséquence : « Nos productions dépassent largement nos capacités de stockage. Les produits pourrissent au bout de quelques semaines », se désole Ngagne Diop.

Une condition pour stabiliser les prix

Le défi de la commercialisation ne peut être relevé qu'avec d'importants moyens de conservation, selon le Président de l'Union des maraîchers de Notto. « Tous les producteurs ne peuvent pas écouler leurs productions en même temps », insiste Yankhoba Ndiaye. La solution, d'après lui, est la construction d'infrastructures de stockage et de chambres froides. « Dans la zone des Niayes, il nous faut des hangars de stockage de grande capacité et des chambres froides », préconise-t-il pour stopper les importations horticoles. Cela devrait permettre aussi de stabiliser les prix. « En 20 jours, le kilogramme d'oignon est passé de 50 à 400 FCfa. L'instabilité des prix est causée par le manque de moyens de conservation des tonnes de produits récoltés. En investissant sur les infrastructures de stockage ou en réhabilitant celles qui existent déjà, on pourrait arrêter les importations, développer notre économie et favoriser l'emploi des jeunes », explique le Président des producteurs d'oignon de Lompoul, Malick Ba. La même revendication est portée par Modou Fall de Kayar, producteur de carottes, une spéculation qui a de bons rendements. Malheureusement, « le seul hangar dont nous disposons a une capacité de 90 tonnes. Raison pour laquelle nous constatons 30 % de pertes post-récolte », explique-t-il.

La transformation, l'alternative

Le salut pourrait provenir de la transformation, estime Malick Bâ. « Si un producteur transforme la moitié de sa production en poudre d'oignon, il pourra aller sûrement sur le marché avec tous les deux produits. Dans ce cas, il n'aura pas à se plaindre des pertes post-récolte », suggère-t-il. « La carotte importée du Maroc est produite au Sénégal, bien conservée, avant d'être revendue aux Sénégalais. C'est en transformant qu'on pourra inverser la balance et développer l'exportation », ajoute-t-il. La pomme de terre aussi pourrait faire l'objet de transformation pour lutter contre les pertes post-récolte, souligne Dame Mbengue. « Au lieu de tout emballer dans des sacs, on peut en faire de la frite surgelée. Ainsi, la collaboration avec les plateformes commerciales pourra nous garantir une meilleure viabilité économique. Maintenant, il faut que l'État accompagne les initiatives », ajoute M. Mbengue.

La « concurrence » de l'agrobusiness

Après la pluie, c'est la galère au « Parc d'oignon de Thiaroye Gare ». Il faut du tact et de multiples subterfuges pour contourner les flaques d'eau. Malgré cette insalubrité, l'activité marche. Des camions déchargent des centaines de sacs, sous l'œil vigilant des commerçants. En boubou bleu, le téléphone à l'oreille, Ibra Boye est venu de Notto Diobass pour approvisionner ces nombreux clients établis dans ce marché de la banlieue. « Je suis venu écouler mes derniers stocks après avoir perdu près de 50 sacs », révèle-t-il. Des difficultés aux importantes répercussions financières. « Si je devais gagner cinq millions de FCfa, je perds plus d'un million à cause des pertes post-récolte », dit-il tout suant, le bonnet sur la tête. Ce n'est pas son unique souci. Ibra déplore également la concurrence « déloyale » de l'agro-business. « L'État doit renforcer les producteurs locaux, car ce sont eux qui développent l'économie du pays », soutient-il. Malick Ba aussi estime que cette concurrence impacte négativement l'activité des horticulteurs locaux. « Ils nous écrasent, car nous n'avons pas les mêmes moyens et les mêmes charges. Et malgré tout, nous sommes obligés de faire avec eux, de se partager le marché. C'est compliqué, voire impossible de s'en sortir », dénonce Malick. Ngagne Diop, de l'Association des producteurs d'oignon de Ndiobène Gandiol, abonde dans le même sens. « L'intervention des industries est souvent autorisée alors que nous peinons à écouler nos produits », déplore-t-il.

MÉVENTE DE L'OIGNON

Le ver est dans le défaut de stockage

Depuis quelques années, l'horticulture est le secteur le plus dynamique de l'agriculture sénégalaise. La preuve par les chiffres : une hausse annuelle de 5 à 10 % de la production. Mais, là où le bât blesse, c'est dans la commercialisation. Pour le Directeur de l'Horticulture, la solution à ce problème passe par la réalisation d'infrastructures de stockage adéquates.

Dans le secteur de l'horticulture, la question de la production n'est plus à l'ordre du jour. Celle-ci a été dépassée. Depuis une dizaine d'années, on assiste à une hausse constante et régulière de l'ordre de 5 à 10 % par an, d'après le Directeur de l'Horticulture, Dr Macoumba Diouf. Cette tendance haussière en fait le secteur le plus dynamique de l'agriculture sénégalaise. Par exemple, en 2021, le Sénégal est à plus de 1,6 million de tonnes de fruits et légumes contre un peu moins de 1,5 million de tonnes en 2020. « Cette augmentation par rapport à l'année dernière provient de l'oignon », précise M. Diouf.

Dès lors, est-il juste de dire que l'oignon porte le secteur horticole ? Pas forcément, d'après le Directeur de l'Horticulture. En plus de l'oignon, quatre autres filières assurent le dynamisme de ce secteur. Il les appelle le « cinq majeur ». Il s'agit, d'une part, des légumes de grande consommation que sont : l'oignon, la pomme de terre, la carotte et le chou et, d'autre part, de la mangue, pour les fruits, avec une production autour de 120 000 tonnes par an en moyenne. À côté, parmi les cultures industrielles, c'est la tomate qui domine entre 80 000 et 90 000 tonnes en moyenne tous les ans. « Donc, cela montre qu'en horticulture, on est particulièrement productif. Ce n'est pas un hasard si on est parti de 905 000 tonnes en 2012 à presque 1,6 million de tonnes en 2021. On est resté donc dans cette dynamique haussière de la production cumulée de fruits et légumes et cette augmentation est surtout due à la production de l'oignon », explique Macoumba Diouf.

Sur la base de ce qui précède, on peut donc légitimement penser que le problème de la commercialisation de l'oignon noté cette année s'explique, quelque part, par le niveau de production élevé. Le Directeur de l'Horticulture est de cet avis. D'ailleurs, de manière générale, ce n'est pas la première fois que le problème de commercialisation des légumes de grande consommation se pose, plus spécifiquement celui de l'oignon. Mais, « c'est la première fois qu'il atteint ce niveau ». Cette augmentation particulièrement importante et presque subite de la production de l'oignon s'explique, selon lui, par l'arrivée des acteurs de l'agrobusiness dans le secteur. « Ils étaient déjà présents, mais plutôt dans une phase test. Mais cette année, ils se sont carrément lancés, avec force, dans la culture de l'oignon. Et comme leurs rendements sont multipliés par trois ou quatre par rapport à ceux du petit agriculteur, la production est devenue subitement massive », explique Dr Diouf.

La deuxième explication de cette mévente, c'est le défaut de régulation dû au manque d'infrastructures de stockage comme dans le secteur de la pomme de terre. Du coup, à défaut d'infrastructures de stockage adéquates, gros exploitants et petits producteurs se retrouvent en même temps sur le marché. Tout le contraire de la pomme de terre où les agrobusinessmen ont leurs propres chambres froides leur permettant de conserver le produit. Ainsi, dès que le gel des importations est appliqué et après que les petits producteurs ont écoulé leur récolte, ils sortent pour approvisionner le marché. Cette double régulation évite la suroffre et la baisse des prix. « C'est le cas actuellement. Au moment où je vous parle, la pomme de terre que vous consommez est produite au Sénégal, mais elle était conservée presque pendant cinq mois. Pour l'oignon malheureusement, ce n'est pas encore le cas », regrette le Directeur de l'Horticulture. Il invite donc les agrobusinessmen présents dans la filière oignon à s'inspirer de ceux de la pomme de la terre. On aura ainsi un cycle de gel et de dégel qui permettrait d'approvisionner le marché avec de l'oignon local presque pour toute l'année. En effet, à en croire Dr Macoumba Diouf, le Sénégal a une production qui pouvait couvrir cinq autres mois, mais faute d'infrastructures de stockage adéquates, il y a eu beaucoup de pertes. « Nous avons un besoin de 300 000 tonnes par an, alors qu'on en produit en moyenne 416 000 tonnes. Si nous n'arrivons pas à gérer le surplus, forcément ça se gâte. Une partie va au Mali, l'autre en Gambie. Malgré tout le bruit, il n'y a plus d'oignon local sur le marché. Pour les mois d'octobre, de novembre et de décembre, l'oignon que l'on va consommer viendra de la Hollande », confie-t-il.

Un paradoxe qui pose l'urgence de réaliser des infrastructures de stockage. Le Directeur de l'Horticulture en appelle à l'implication du secteur privé invité à répondre à l'appel de l'État qui, rappelle-t-il, dans le cadre du partenariat public-privé recommandé par le Chef de l'État, a mis deux milliards de FCfa sur la table pour la réalisation de hangars pour les produits horticoles. Sans compter que la Der est prête à mettre deux autres milliards de FCfa au moins. Néanmoins, Dr Macoumba Diouf se dit optimiste, car deux à trois agrobusinessmen ont été sélectionnés pour réaliser des hangars, d'ici les récoltes prochaines, pour le stockage de l'oignon. « Ce sera un bon début de solution. À côté, il y a des projets du Ministère de l'Agriculture et de l'Équipement rural comme le Proval-Cv et le Piesan qui ont prévu des magasins de stockage dans leurs activités. L'un dans l'autre, l'État est en train de travailler à trouver la solution, ne serait-ce que partielle, à partir de l'année prochaine et plus structurelle au bout de deux ou trois ans pour la conservation des fruits et légumes », dit-il.

Ecobuilders, la start-up aux solutions « écologiques économiques et intelligentes »

La strat-up Ecobuilders veut accompagner les producteurs à travers des solutions « écologiques économiques et intelligentes », selon son initiatrice, Ndèye Marie Aïda Ndiéguène. « Dans le cadre de notre entreprise Ecobuilders, nous construisons des hangars de stockage écologiques économiques et intelligents, pour que les agriculteurs puissent conserver leurs récoltes le plus longtemps possible et les mettre sur le marché au moment opportun », explique-t-elle. De l'avis de cette dernière, le principal problème, c'est que les horticulteurs produisent les mêmes spéculations au même moment. En 2018, informe Mme Ndiéguène, 1/3 des 1 200 000 tonnes récoltées ont été perdues. Les hangars d'Ecobuilders dont les premières constructions ont concerné Kayar et Ngaye Mékhé sont faites à partir des matériaux recyclés, tels que les pneus, les bouteilles en plastique, avec utilisation de terre et de typha. « Le coût de construction de ces hangars est deux fois moins cher que ceux en béton armé ou en construction métallique qui consomment beaucoup d'énergie. C'est un système intelligent, car nous avons mis en place une application de gestion des stocks », indique-t-elle.

Entre 2018 et 2021, Ndèye Marie Aïda Ndiéguène et son équipe ont pu aider à la conservation de plus de 500 tonnes de produits horticoles en utilisant 25 000 pneus et 36 000 bouteilles. Après la zone des Niayes, la prochaine étape est le nord du pays. « Grâce à une bourse, je suis en train de mener des recherches auprès des organisations paysannes du nord. Nous travaillons sur la mise en place d'un nouveau type de hangar autonome en énergie solaire pour les produits les plus périssables afin de permettre la conservation de la carotte, de la tomate, du chou, etc. », annonce la dame. Des interventions qui, dit-elle, du point de vue économique, ont eu des impacts puisque les producteurs qui perdaient un tiers de leurs produits sont, aujourd'hui, capables de vendre l'intégralité avec un taux de perte évalué à moins de 1 % pour la pomme de terre et l'oignon. « C'est grâce à cette innovation que j'ai été dans le top 16 en Afrique sur l'utilisation des nouvelles technologies de construction à fort impact. Nous avons également remporté le 1er Prix du Forum jeunesse Sénégal. Nous avons représenté le Sénégal au Sommet mondial des Nations unies sur l'innovation verte », informe Mme Ndiéguène.

DRISS JUNIOR DIALLO, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'ORGANE DE RÉGULATION DU SYSTÈME DE RÉCÉPISSÉ D'ENTREPÔT

« Le récépissé d'entrepôt permet aux banques de faire confiance aux producteurs »

L'Organe de régulation du Système de récépissé d'entrepôt (dont les activités ont été lancées courant septembre) a pour mission de régler les problèmes de stockage des produits horticoles en donnant notamment la possibilité aux producteurs d'accéder aux financements sans aucune forme de garantie. Dans cet entretien, son Directeur général, Driss Junior Diallo, revient sur cet outil et ses missions.

L'Organe de régulation du Système de récépissé d'entrepôt que vous dirigez a lancé récemment ses activités. Quelles sont ses missions ?

Nous venons de lancer les activités de l'Organe de régulation du Système de récépissé d'entrepôt qui est un système hybride créé par l'État avec le Groupe de la Banque mondiale. C'est une structure dotée d'une autonomie financière et logée au Ministère du Commerce et des Petites et Moyennes entreprises (Pme). L'objectif principal de cet instrument hybride est de promouvoir la mise en place et la construction d'infrastructures de stockage, afin que les producteurs puissent conserver leurs produits sans risques de pertes post-récolte. En outre, l'organe permettra la promotion et l'installation des Systèmes de récépissé d'entrepôt qui est un nouvel outil innovant avec une certaine souplesse dans la pratique financière. Ce système a fait ses preuves dans beaucoup de pays comme l'Inde, les États-Unis, l'Afrique du Sud, etc. C'est pourquoi la Banque mondiale a voulu qu'on l'installe au Sénégal et en Côte d'Ivoire pour la phase pilote. Le Système de récépissé d'entrepôt permet aux producteurs d'accéder aux financements sans aucune forme de garantie et de disposer d'un titre de propriété qu'ils peuvent à tout moment échanger sur le marché financier de la bourse des valeurs agricoles. Dorénavant, le producteur, à travers son stock, peut mobiliser autant de financements qu'il veut. Plus il produit, plus il peut lever des financements. À titre d'exemple, cette année, nous avons accompagné la campagne de commercialisation de l'anacarde avec l'agrément de sept entrepôts dans les régions de Ziguinchor, Kolda, Sédhiou, Kaolack et Fatick. Et il y a eu un stockage de plus de 3000 tonnes entre juin et fin septembre, avec un financement à l'appui de deux milliards de FCfa entièrement réalisé par les banques classiques. Cela veut dire que le récépissé d'entrepôt a permis aux banques de faire confiance aux producteurs. Ainsi, grâce à cette intervention, la Délégation à l'entreprenariat rapide (Der) n'a pas alloué de fonds, cette année, à la filière anacarde. Ses ressources ont été orientées vers d'autres secteurs, notamment le programme « Xëyu Ndaw Ñi ». Aujourd'hui, les instruments font confiance au système.

Comment régler définitivement les problèmes de stockage auxquels sont confrontés les producteurs ?

Notre challenge est d'aller vers toutes les spéculations, notamment l'horticulture avec la pomme de terre, la carotte et l'oignon. Aujourd'hui, le Sénégal a relevé le défi de la production, mais nous continuons à importer, car nous avons des pertes post-récolte de 30 à 40 %. Nous perdons plus que nous ne conservons. L'idée est d'avoir des infrastructures de stockage à travers le Système de récépissé d'entrepôt et permettre aux producteurs de vendre en fonction des besoins du marché. Il s'agit également de lever des financements sans vendre sa production. Notre challenge est de disséminer cet outil auprès de tous les acteurs. Les solutions au problème de stockage sont de plusieurs ordres. Le premier est la réalisation d'infrastructures de stockage. En deuxième position, il y a la commercialisation des produits récoltés. Il y a ensuite les pratiques et techniques culturales. J'entends par là le calendrier cultural. Il faut qu'on discute avec le Ministre du Commerce et des Petites et Moyennes entreprises et celui en charge de l'Agriculture et de l'Équipement rural afin de déterminer à quel moment commencer la culture pour que les récoltes aillent crescendo. Il faut travailler avec les producteurs dans ce sens pour établir un calendrier cultural. Ensuite, il va falloir cultiver une qualité facile à conserver, car il y a des variétés de carottes ou de pommes de terre qu'on ne peut pas conserver parce que la technique de culture utilisée n'est pas la bonne.

Quelle est la place du secteur privé dans cette initiative ?

L'État n'a pas pour vocation de mettre en place des infrastructures de stockage. C'est du ressort du privé. Dans la plupart des pays, l'État impulse la dynamique. Le Président de la République a bien voulu mettre à notre disposition deux milliards de FCfa afin de mettre en place des infrastructures de stockage d'ici décembre ou mars. Les procédures concernant ce programme sont en cours. Il y a également la rénovation des infrastructures inutilisées logées dans la zone des Niayes. Cependant, il faut que le secteur privé s'implique et se fasse agréer par l'organe de régulation. Ensuite, l'État va signer avec les entreprises pour louer ces entrepôts au moins sur cinq, voire 10 ans. Ceci, pour que l'État ait la possibilité de disposer d'un stock de sécurité pouvant assurer la couverture des besoins du pays sur deux ou trois ans. Ainsi, en cas de crise ou de pandémie, nous n'aurons pas de difficultés. En plus de cela, il faut également penser à aller vers l'exportation du marché sous-régional. Nous sommes prêts à jouer ce rôle d'accompagnement pour le secteur privé. Nous avons déjà reçu une dizaine d'entreprises qui veulent construire des entrepôts.

Comment assurer la cohérence entre le Système de récépissé d'entrepôt et les marchés à terme ?

Ce sont deux éléments extrêmement importants dans la politique commerciale agricole de notre pays. Les marchés à terme sont des marchés de contractualisation. C'est-à-dire quelqu'un qui produit dans un délai bien déterminé pour vendre à tel prix à quelqu'un avec qui il a contractualisé. Donc, les marchés à terme et les Systèmes de récépissé d'entrepôt sont des frères de même père, car le marché à terme a besoin de spéculations et de plateformes de commercialisation qui permettent à plusieurs de vendre ou d'acheter des titres. Ces titres sont adossés à une production certaine qui est stockée dans des entrepôts gérés par le Système de récépissé d'entrepôt. Ce récépissé, une fois émis, peut faire l'objet de titres sur le marché de la commercialisation. Ce sont deux outils éminemment liés et qui doivent marcher ensemble.

Le Niombato mise sur la structuration en réseau

FATICK- À l'instar de leurs homologues des Niayes, les maraîchers du Niombato, dans l'arrondissement de Toubacouta, sont confrontés aux problèmes de stockage post-récolte et de commercialisation. Pour résoudre cette équation, ils ont récemment mis en place un réseau regroupant l'ensemble des organisations et groupements de la zone. « Ce réseau permettra aux producteurs de mieux faire face à l'équation de la commercialisation à travers une mutualisation de leurs organisations pour assurer leur survie », explique Malick Mbaye, représentant de Caritas Sénégal, qui accompagne les producteurs dans ce projet. Le réseau qui compte une dizaine d'organisations va également travailler sur l'accès aux intrants et aux marchés.

Avant ceux de Toubacouta, les producteurs de Keur Samba Guèye avaient créé leur Union de coopératives maraîchères (six coopératives et trois groupements).

Cette dynamique, assure M. Mbaye, va se poursuivre avec les producteurs de Nioro Alassane Tall et de Keur Saloum Diané pour prendre en compte l'ensemble de la zone du Niombato qui produit annuellement plus de 2000 tonnes d'oignons et d'autres spéculations. « L'objectif étant d'asseoir une véritable organisation dans nos différentes zones d'interventions de la région de Fatick », ajoute-t-il.

En plus du déficit d'infrastructures de stockage, le Niombato peine à accéder aux services financiers. « La concurrence déloyale et la volatilité des prix ont engendré une instabilité économique pour les producteurs », souligne Abdallah Guèye, de l'Ong World Vision. Le manque d'organisation des acteurs les pénalise ainsi dans la fixation du prix aux producteurs. D'où, pour Diokel Ngom, Président de la Commission partenariat et marché du nouveau réseau, « la nécessité d'harmoniser et de renforcer la solidarité, un impératif pour la survie de [leurs] organisations ». Il salue l'accompagnement des partenaires techniques cités plus haut à travers le Projet d'appui à la réduction de l'émigration rurale et à la réintégration dans le bassin arachidier (Parerba).

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