Ile Maurice: Rachat des actions d'Air Mauritius - Va-t-on vers une mainmise du Sun Trust sur Airport Holdings ?

Selon un communiqué émis le 15 octobre, Airport Holdings Ltd (AHL) a décidé de racheter par la procédure dite de Mandatory Offer toutes les actions restantes, y compris des petits porteurs, au prix de Rs 5,80 l'action.

Cela, après qu'elle a racheté les actions de Rogers Ltd et de la SIC. Techniquement, la démarche de racheter les titres de Rogers serait motivée par la décision de cette dernière de ne pas participer à une augmentation de son capital au sein de MK, contrairement au gouvernement, qui a apporté Rs 12,5 milliards. Mais comment expliquer que la SIC, pourtant une institution d'État, n'a pas voulu, à son tour, apporter quelques millions à MK ?

Il est clair, en tout cas, que l'ordre est venu d'en haut pour demander à la SIC de se retirer. Après avoir racheté les actions de Rogers et de la SIC, le gouvernement, à travers AHL, s'est retrouvé non seulement majoritaire mais détenant plus de 80 % de MK. Ce qui lui donne le droit sous les Securities (Takeover) Rules d'acheter les actions restantes au prix qu'il a fixé et non négociable de Rs 5,80.

Rs 12 milliards données et non prêtées

Un expert-comptable nous explique qu'à la suite de l'injection de Rs 12,5 milliards du gouvernement, les autres actionnaires, qui ne veulent pas suivre, c'est-à-dire apporter de nouveaux capitaux pour les raisons évoquées plus haut ou parce qu'ils n'ont pas les moyens, n'avaient aucune alternative que de vendre leurs actions... Sinon, leurs actions se dilueront avec l'apport de l'actionnaire principal. Car il faut savoir que si le gouvernement avait affirmé que ces Rs 12,5 milliards seraient prêtées à MK, donc remboursables, des businessmen aguerris pensent, eux, que ces Rs 12,5 milliards seront capitalisées car ils ne voient pas comment MK pourrait rembourser cette énorme somme.

La première vente des actions, celle de Rogers à MK, a-t-elle été décidée par AHL, qui veut acheter ou par Rogers, qui veut s'en débarrasser ? On a voulu nous faire croire que c'est MK qui rachète. Si c'est vrai, pourquoi ? AHL a-t-elle les fonds nécessaires ? Le communiqué assure que cette compagnie dispose bien des moyens nécessaires pour réaliser ces achats. Mais on ne sait toujours pas d'où provient tout cet argent, ni les Rs 9 milliards, qui serviront à payer les créanciers sous le DOCA. Et à part les petits porteurs, il y a aussi les compagnies Air India et Air France, qui seront forcées de vendre leurs actions à AHL.

Si le souhait exprimé par Air India de vendre ses actions s'expliquerait par la volonté de la compagnie indienne, qui sera privatisée, de ne plus s'encombrer d'actions de MK, qui ne rapportent plus rien, ne serait-elle pas encore plus motivée par le fait que MK s'est mise sous la coupole d'AHL, qui est elle-même passée sous le contrôle d'un membre de Lakwizinn, novice en management ?

Quelles conséquences ?

Quels effets auront les retraits de ces actionnaires minoritaires sur les opérations de MK ? «Si Air France se retire, est-ce que cela ne va pas avoir une conséquence sur le flux de touristes de la France vers Maurice ?» se demandait Fabrice David récemment, avant qu'AHL ne propose la Mandatory Offer.

Et Air India ? Maintenant qu'elle sera privatisée, serait-elle toujours disposée à laisser la ligne Maurice-Inde desservie par MK ? Ne ferait-elle pas pression sur les gouvernements indien et mauricien pour partager ce marché ? Un ancien directeur est d'avis que cette ligne n'est pas, pour le moment, intéressante pour Air India et que, de toute façon, il y a beaucoup plus de flux vers l'Inde que l'inverse, c'est-à-dire qu'il y a plus de Mauriciens qui vont en Inde que d'Indiens qui viennent à Maurice.

Et quels effets sur la transparence de la gestion de MK ? Pour Raj Ramlugun, le secrétaire de l'Association des petits actionnaires, «dans ce contexte très difficile, je vois mal un prix supérieur à celui décidé par l'actionnariat majoritaire». Tout en ajoutant que les petits actionnaires sont outrés de la manière dont ces changements sur la gestion et le transfert d'actionnariat de MK sont intervenus. Il exige la tenue urgente d'une assemblée générale des actionnaires de MK pour pouvoir poser des questions au Board et avoir des réponses claires viva voce. «On ne peut pas rendre l'Accountability de MK encore plus difficile après l'injection de tous ces milliards. D'ailleurs, on se pose déjà beaucoup de questions sur la vraie motivation derrière la mise de MK sous la tutelle d'une clique avec Ken Arian à sa tête. Et pourquoi fallait-il qu'Airport Holdings Ltd, nouvellement créée, prête Rs 9,5 milliards à MK ? Pourquoi ce prêt n'a-t-il pas été fait directement à MK par le gouvernement ou la MIC ?»

Que pense Xavier Luc Duval, qui poussait à la privatisation de MK qui, selon lui, subissait trop d'ingérence du gouvernement, comme pour l'achat des avions ? Nous sommes en attente de sa réponse.

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