Afrique: #PasSansElles - "Mon sexe ne doit pas être une faiblesse, mais une force"

18 Octobre 2021

#PasSansElles : le débat sur les relations filles/garçons. Trois jeunes femmes africaines débattent sur la DW des inégalités de genre qu'elles ont constatées

Suite de notre série "Pas Sans Elles", lancée l'an dernier déjà par la DW pour donner la parole aux femmes et aux jeunes filles d'Afrique. Cet après-midi [18.10] a eu lieu un nouveau débat de cette série, animé par Wendy Bashi, en direct sur notre page Facebook DW Afrique où il est d'ailleurs toujours disponible.

Son thème : les relations filles/garçons !

Pour en discuter, trois jeunes femmes qui militent dans leur pays pour l'égalité entre les sexes :

1/ Passy Mubalama de République Démocratique du Congo. Militante pro-démocratie et des droits des femmes, elle se bat depuis plus de sept ans pour la promotion de la démocratie, des droits humains et de la bonne gouvernance. Passy Mubalama est la fondatrice et directrice exécutive de l'Initiative d'action et de développement pour la protection des femmes et des enfants (AIDPROFEN), une organisation à but non lucratif qui promeut les droits des femmes dans l'Est de la RDC.

2/ Hadja Idrissa Bah de Guinée. Elle a fait de la lutte contre les mariages précoces son combat principal. Elle suit aujourd'hui des études à la Sorbonne, à Paris. En 2016, elle a été présidente du Parlement guinéen des enfants.

3/ Amour Agon du Bénin étudie à l'université d'Abomey Calavi et a déjà participé à plusieurs éditions précédentes de #PasSansElles.

>>> Lire aussi : Des femmes si fortes en Afrique

Premiers jalons au sein de la famille...

Passy Mubalama, de RDC, se souvient que dans sa famille, filles et garçons ont été élevés "presque" de la même façon.

Quand il fallait aller puiser de l'eau, elle y allait aussi avec ses frères, mais elle ajoute, qu'il y avait "certaines tâches, comme le ménage ou la cuisine, qui étaient réservées aux filles. Cela crée des frustrations, y compris chez les enfants".

C'est pourquoi, selon elle, "les familles devaient éduquer les filles et les garçons de la même manière". Et elle ajoute dans un sourire : "Si un garçon part en Europe, il n'aura personne pour lui faire son linge".

.. mais pas de fatalité

Hadja Idrissa Bah raconte qu'être l'aînée d'une "famille polygame patriarcale" en Guinée a forgé son caractère jusqu'à une véritable prise de conscience :

"Je réclamais mes droits, même auprès de mon père dès que je constatais une injustice basée sur des stéréotypes." Une obstination envers et contre tout : "Mon père me tapait, mais ça ne m'a pas empêchée de continuer mon combat", dit-elle.

"La chance que j'ai eue, estime Hadja Idrissa Bah, c'est que je ne me suis pas figée dans l'éducation que j'ai eue dans ma famille. Sinon je serais déjà mariée. J'ai suivi mes ambitions et maintenant, ils se sentent obligés de me soutenir."

L'école et l'apprentissage du genre

La participante du Bénin, Amour Agon, se souvient d'inégalités de traitement à l'école, particulièrement en cours de sport :

"Quand une fille voulait être gardienne de buts ou défenseuse en cours de sport, des gens disaient qu'il fallait qu'on reparte dans la cuisine. Alors les filles ont dû créer une équipe à part [...] jouer, pour une fille, c'était presque comme une règle qu'on enfreint."

Les compétences avant tout

Dans son travail de journaliste, Passy Mubalama de RDC s'est parfois sentie discriminée. Elle se souvient qu'on lui a déjà dit qu'elle ne pouvait pas aller interviewer des groupes armés "au nom de ma "sécurité" de femme. Pourquoi me limiter en tant que femme alors qu'il y a des choses pour lesquelles j'ai plus de compétences que certains hommes ?"

Encore aujourd'hui, Passy Mubalama ne s'en laisse pas compter dans le monde professionnel. "Prends des notes, parce que tu es femme" "Garde l'argent parce que tu es femme"... quand on me demande ça, je dis non ! Si je suis là, c'est que vous reconnaissez mes capacités !"

Porter des jeans

La jeune Congolaise préconise de remettre en cause certaines "traditions rétrogrades", comme celles qui veulent dans sa région que les femmes n'aient pas le droit de manger du poulet, ou qu'elles doivent attendre que leur mari ait mangé avant de pouvoir le faire.

"Je ne suis pas d'accord avec les traditions quand elles entravent les droits et qu'elles renforcent les inégalités", déclare Passy qui précise qu'elle ne préconise pas de rejeter les "belles cultures africaines"...

Mais pourquoi empêcher une fille de mettre un pantalon ? "Un pagne n'est pas une identité", s'insurge-t-elle quand Amour Agon raconte que c'est le style vestimentaire qu'on lui imposait qui lui a fait prendre conscience des inégalités entre les sexes.

"Moi j'ai toujours eu envie de porter des jeans, des t-shirts... un style décontracté comme le font beaucoup de garcons. Mais on me disait qu'une fille doit porter des robes, doit mettre ses atouts en valeur. J'ai lutté pour pouvoir faire ce qui me plaît à moi.[...] Pour plus d'égalité, il faut que la femme travaille sur elle-même, qu'elle cherche à être au top niveau pour trouver sa place, avec un mental d'acier."

L'épouse modèle n'est pas soumise

Et pas question pour les participantes de se fondre dans le rôle d'épouse qui se tait. Elles veulent pouvoir choisir quelqu'un qu'elles aiment et pouvoir dire "non" en cas de désaccord.

"Certains hommes me prennent pour une femme ingérable. Je leur fais peur", constate Passy Mubalama qui n'aspire pourtant pas à les dominer. "Nous devons tous ensemble lutter contre les inégalités. Et certaines de ces traditions font se perpétuer les violences envers les femmes. Il faut que les femmes aient confiance en elles et il faut aussi impliquer les hommes dans la lutte contre les inégalités, en prônant aussi la 'masculinité positive'."

Booster les femmes

Pour changer les choses, Hadja Idrissa Bah est favorable aux quotas. "Avant, seuls les garçons avaient accès à l'éducation et à l'école. Ce vide est en train de se combler, mais il faut vraiment booster les femmes. [...] C'est à nous, la nouvelle génération de nous rattraper, d'exiger d'avoir les mêmes compétences que les femmes, pour être à l'égal des hommes dans dix ans ou quinze ans."

Hadja Idrissa Bah rappelle que tous les Etats africains ont adopté dans leur Constitution le principe d'égalité entre les femmes et les hommes réaffirmé en 2004 par l'Union africaine. Il n'y a donc plus qu'à traduire ce principe... en réalité.

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