Congo-Kinshasa: Affaire Denis Kadima à la CENI - Une incurie dans l'analyse politique

21 Octobre 2021

Avec l'entérinement de l'équipe Kadima par l'assemblée nationale, les analyses et déclarations politiques vont dans tous les sens. Les unes encouragent le Président de la République à accélérer le processus en prenant une ordonnance d'investiture.

Les autres l'appellent à se démarquer de l'Assemblée nationale, évoquant l'irrégularité, l'illégalité, voire le manque d'éthique, qui ont entaché le processus. Même ceux qui ont insulté le Président de la République en le présentant comme «intimidateur» et «corrupteur» de certains chefs des confessions religieuses, par son entourage interposé, vendu sa proximité avec Kadima, attendent qu' il réédite son exploit contre Malonda en 2020; le parallélisme de forme oblige.

Cette façon de faire la lecture de la situation est tout bonnement simpliste, parce que ne prenant pas en compte un facteur prépondérant que l'incurie intellectuelle fait ignorer: le contexte politique. En effet, dans quels contextes politiques au pays ont eu lieu les processus de désignation respectifs des membres de la CENI ? Autrement dit: la configuration des forces politiques à l'Assemblée nationale permettait-elle une symbiose avec le Président de la République en ces moments précis ? Quand on ne repond pas à ces questions, on se perd comme les prélats catholiques et certains leaders politiques comme Moïse Katumbi et certains FCC résiduels qui ont fait preuve d'une déchéance morale sur fond des spectacles désolants auxquels ils se sont livrés.

1. Pas de parallélisme de forme

C'est faire preuve d'une courte vue politique en établissant un parallélisme entre le processus de désignation de Malonda en juin-juillet 2020 et Kadima en juillet-octobre 2021. Le processus de désignation de Malonda a eu lieu pendant que les composantes de la coalition au pouvoir (FCC et Cach), majoritaire à l'Assemblée nationale avec une large majorité FCC, étaient divisées sur la question. Fort de sa majorité à la chambre basse, le FCC a voulu dribbler son partenaire, ignorant que l'autorité morale du Cach, à savoir le Président de la République, avait la signature d'investiture.

Et celui-ci s'est cabré. Ce n'est pas le bruit qui a suivi ou qui a précédé qui a été à la base de la décision du Président de la République. En politique ça se fait comme au ciel: on fait avant de commencer, comme pour dire que quand Dieu projete, c'est qu'il a déjà terminé. Rassurez-vous que si Tshisekedi et Kabila, à travers leur «majorité», avaient regardé dans la même direction, il n'y aurait pas eu d'affaire Malonda. Quand l'on transpose ainsi la situation de 2020 au processus de 2021, l'on se rend compte que ce n'est pas pareil. Ici, Tshisekedi est en phase parfaite avec la majorité à l'Assemblée nationale, à travers l'Union Sacrée de la Nation.

Les gesticulations de Moïse Katumbi, complice des prélats catholiques, et de Fayulu, par ces derniers interposés, et de certains résiduels FCC, n'y changent rien parce que ne contrôlant pas même, à l'instar de l'UNC, tous ses députés. Combien des ministres et des députés peuvent le suivre si jamais il décrétait le départ de l'Union Sacrée de la Nation ? C'est le cas de dire que Geneviève Inagosi et bien d'autres residuels ignorent qu' ils n'ont jamais été des acteurs, mais plutôt des pions de Kabila.

2. La bêtise de Katumbi

La bêtise de Katumbi est d'être obnubilé par la fonction de Président de la République, pensant que «son argent» peut même acheter Dieu le Tout Puissant et Créateur du monde.

De ce fait, il ne se dote pas de l'intelligence politique en vue des stratégies rationnelles. Lors d'une émission «Kiosque» sur CCTV, j'avais dit que Moïse Katumbi venait de commettre la plus grande gaffe politique de sa vie en déclinant le poste de Premier ministre, de même que Fayulu avait rejeté la main lui tendue.

En tant que Premier ministre et une des têtes de l'exécutif, il aurait tordu le coup à certaines initiatives comme la «Loi Tshiani». Il aurait compliqué la tâche à Tshisekedi parce qu'il aurait non seulement de l'influence politique, mais aurait aussi poussé loin ses tentacules de la majorité pour fidéliser un bon nombre des députés.

Par ailleurs, limoger un Premier ministre n'est pas facile. Pour vous en rendre compte, il convient d'évaluer le parcours de Tshisekedi pour avoir la tête de Ilunga Ilunkamba. Qui sont les stratèges de Katumbi ? Zéro. Il a voulu se préserver pour brouiller les choses en tant qu'autorité morale, mais on ne lui en a pas donné l'occasion. Bemba a compris et joue le jeu en attendant, peut-être, son printemps. «Loi Tshiani» ou pas, cette histoire de père et de mère va rattraper Katumbi lors du dépôt de sa candidature. Il devra montrer comment il a acquis la nationalité congolaise.

3. Fayulu ou le Sisyphe congolais

Tout le problème de Fayulu est de ne pas réaliser que ce fut un pis-aller en 2018, faute de Katumbi et de Bemba vis-à-vis du montage fait dans les laboratoires occidentaux, qui a débouché sur la rencontre de Genève. Il ne représente rien et les «faiseurs des rois», qui craignaient l'esprit Étienne Tshisekedi à travers son fils, le savent bien. Il a joui d'une popularité d'emprunt, dont il a manqué de tact pour assurer la gestion en se mettant à dos ses deux parrains visibles, Bemba et Katumbi. Pourtant, c'était un capital pour l'avenir. Depuis lors, il porte, comme Sisyphe dans la mythologie grecque, une charge qui le remet au pied de la colline chaque fois qu'il croit la franchir.

Ceux qui ont lu le livre d'Erwan Devede intitulé «Le pouvoir rend-il fou ?», vont comprendre l'attitude de Fayulu telle qu'exprimée le mardi 19 octobre, après son éclatante marche de vendredi passé. Alors que l'on attendait qu'il promette la foudre au régime Tshisekedi, il en appelle à un large front contre sa supposée «dictature». Il recule et prend du retard. Il n'y a pas de spontanéité, faute de fortes bases politiques. Il mobilise à Kinshasa en surfant beaucoup plus sur la corde tribale.

Avec qui au «Front» ? Les prélats catholiques et protestants, Kabila, Katumbi, Kamerhe ou Lucha? Voyons voir. Il a été sonné psychologiquement. L'enterinement de l'équipe Kadima est un coup de génie politique en ce qu'il a réduit en cendres, le même jour de la marche, tous les efforts investis pour mettre du monde dans la rue. Il recule depuis la proclamation de Tshisekedi comme Président de la République.

Dans la nuit du 20 janvier 2019, ce sont les partisans de ce dernier qui étaient dans la rue et non les siens. Pour cause: il n'en a pas. Ce qui n'est pas spontané procède souvent de la manipulation. Seul, Fayulu ne peut barrer la route à Tshisekedi. Voilà pourquoi il en appelle à un «Front». Ce qu'Etienne Tshisekedi, dont il se prevaut héritier n'a pas fait. Il en avait le charisme. Le peuple croyait en lui sur base de sa lutte.

4. Félix Tshisekedi plus habile

Qualifié de pantin, de Président postiche, Félix Tshisekedi se révèle un habile politicien. Il sait faire le jeu politique et le mener. Kabila doit avoir beaucoup plus de respect pour lui. Sans un coup de feu, il a réussi à démanteler toute le ceinture protectrice de son prédécesseur. Ce n'est pas l'Union Sacrée de la Nation qui lui a permis pareille prouesse. Plutôt il l'a utilisée comme instrument pour arriver à cette fin. Tout était fait avec ses ordonnances du 17 juillet 2020 portant nomination dans l'armée et la magistrature. Il avait compris que les deux principaux piliers du système Kabila, c'était l'armée avec tous les services d'ordre et de sécurité et la justice.

Pour revenir à la CENI, remettez-vous en 2004, 2010 et 2013, vous allez comprendre, comment malgré le «non» des catholiques, Malumalu, par deux fois, Ngoy Mulunda et Nangaa sont devenus présidents de la CENI.

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