Afrique Centrale: Njoya Ibrahim - Le roi inventif du Cameroun

21 Octobre 2021

Au moment où les Allemands s'imposaient au Cameroun, le sultan Njoya a réussi à régner avec une relative liberté.

Le sultan Njoya Ibrahim est, selon toute vraisemblance, né en 1876 et n'avait que trois ans lorsque son père Nsangou est mort sur le champ de bataille. De 1879 à 1887, sa mère Na Njapdnunke assure la régence avec l'honorable serviteur Gbetnkom Ndombu. Il monte sur le trône à l'âge de 11 ans et devient le 17e roi de la dynastie des Ncharé Yen - son règne dure 46 ans jusqu'au 30 mai 1933, date à laquelle il meurt en exil à Yaoundé.

Quel type de roi était Njoya Ibrahim ?

Contrairement à ses prédécesseurs, le roi de Bamoun n'était pas agressif. Il a été contraint de se battre sur le champ de bataille alors qu'il était encore très jeune. En 1892, il s'est débarrassé de Gbetnkom Ndombu. L'ancien serviteur, obsédé par le pouvoir, décida de lever une armée pour renverser le nouveau roi. Le royaume connaît alors une guerre civile qui dure trois ans jusqu'en 1895, date à laquelle le roi Njoya triomphe grâce au roi peul de Banyo, le sultan Oumarou, venu du nord du pays.

Qu'est-ce qui a fait la grandeur du royaume de Njoya Ibrahim ?

Njoya Ibrahim était un roi charismatique et pacifiste, mais aussi un grand inventeur. Vers 1915, il crée une religion inspirée par l'islam, le christianisme et les croyances traditionnelles. Les principes fondateurs, appelés njoyaïsme et basés sur le pragmatisme, sont écrits dans le Nkuet Kwate -qui signifie "poursuivre et réaliser"-, également appelé la Bible du roi. Ce livre est écrit en A-Ka-U-Ku, un système d'écriture inventé par le sultan Njoya lui-même, qui provient de la langue shü-mom. Le sultan Njoya a également écrit quinze livres, dont des romans d'amour, et une encyclopédie sur la pharmacopée traditionnelle.

Il a aussi inventé une machine pour moudre le maïs. Connaisseur de la culture, il a encouragé le développement des arts pour atteindre l'épanouissement culturel du peuple bamoun. La capitale Foumban est aujourd'hui la ville des arts. En son cœur se trouve le palais construit par le sultan Njoya, qui fait désormais partie du patrimoine mondial de l'Unesco.

La relation de Njoya Ibrahim avec les colons

Contrairement à Rudolf Douala Manga Bell, Njoya Ibrahim n'a pas lutté contre les colons. En 1906, par exemple, il s'est allié aux Allemands pendant sa guerre contre les Banso, qui avaient tué son père et conservé le crâne comme trophée. Cette alliance peut être considérée comme un point de départ pour de bonnes relations entre les colons allemands et le peuple bamoun. En 1908, le sultan Njoya Ibrahim a même envoyé son trône comme cadeau d'anniversaire à l'empereur Guillaume II. Aujourd'hui, le trône est exposé au musée ethnologique de Berlin. Il a également donné une de ses épouses, encore vierge, à Jesko von Puttkamer, qui gouvernait la colonie alors appelée "Kamerun". Une fille nommée Elise est née de leur union.

Si les relations entre les Allemands et les Bamas étaient généralement harmonieuses, les choses changeront à l'arrivée des Français à la fin de la Première Guerre mondiale. L'administration française mettra fin à son règne en le déportant à Yaoundé, pour des raisons encore non élucidées. Il meurt le 30 mai 1933, après avoir passé trois ans en résidence surveillée.

Les célèbres citations de Njoya Ibrahim

"Il vaut mieux mourir que de vivre dans la honte." Cette phrase expliquerait comment Njoya Ibrahim a préféré mourir en exil à Yaoundé plutôt que d'être accueilli comme un ancien prisonnier de retour dans son royaume.

"Si quelqu'un te dépasse, apprends à prendre ton sac et à marcher derrière lui." Cette devise l'a amené à faire des compromis avec les premiers colons allemands dans son royaume.

"Ne laisse pas les autres agir à ta place." Selon Oumarou Nsangou, professeur de la langue shü-mom, cette citation fait écho au philosophe Emmanuel Kant qui recommandait "d'oser penser par soi-même".

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Les professeurs Doulaye Konaté, Christopher Ogbogbo et Lily Mafela ont contribué à la réalisation de ce récit qui fait partie de la série "Racines d'Afrique". Une série de la Deutsche Welle, en coopération avec la fondation Gerda Henkel.

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