Sénégal: Mame Woury Thioubou réfléchit à une suite de son film "5 Etoiles"

Ouagadougou (Burkina Faso) — La réalisatrice sénégalaise Mame Woury Thioubou dit réfléchir à la possibilité de donner une suite à son film "5 Etoiles", en vue de mieux affiner sa réflexion sur les raisons profondes de l'émigration irrégulière.

Ce court-métrage documentaire a été projeté mercredi dans le cadre de la compétition officielle de la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), qui prend fin vendredi.

Dans son film, Mame Woury Thioubou donne la parole à des migrants africains, ressortissants maliens, sénégalais, congolais ou d'autres pays encore, établis à Lille. Ils se confient sur leurs rêves brisés et les difficultés de se faire régulariser en France.

Habitant dans un squat dénommé "5 Etoiles", où il manque de tout, ces migrants qui ont bravé l'Atlantique à bord de pirogues de fortune, vivent un autre calvaire, une fois arrivés en Europe, l'Eldorado dont ils rêvaient.

Dans un entretien avec l'envoyée spéciale de l'APS, la cinéaste dit étudier la possibilité de pousser davantage la réflexion sur les raisons qui poussent les migrants à quitter leur pays pour une aventure périlleuse et une vie finalement très éloignée de ce qu'ils pensaient.

"Le public a voulu savoir l'état d'esprit de ces jeunes, pourquoi ces migrants partent, les raisons qui les poussent à partir ? Ce sont des questions que tout le monde se pose y compris moi-même", a expliqué la réalisatrice.

Elle veut ainsi s'intéresser aux profondes raisons, sociales et économiques, qui poussent les jeunes migrants à tout laisser tomber pour rejoindre l'Europe considérée comme un Eldorado pour finalement y vivre dans la misère, selon la réalisatrice.

"Plus je projette le film, plus je me dis que c'est une question que je dois continuer à creuser. Je ne dois pas m'arrêter là (...), il faut que je sache pourquoi ils partent", a-t-elle insisté.

Mame Woury Thioubou rappelle que ces jeunes migrants avaient au départ beaucoup d'espoir et étaient prêts à mettre leur vie en danger pour rejoindre leur Eldorado rêvé.

"Il nous faut interroger cette force qu'ils ont en eux pour tout laisser et partir", a-t-elle ajouté, laissant entendre que les raisons qui les poussent à partir doivent se trouver dans les pays de départ.

"C'est à nous d'entendre leur cri de détresse", lance la réalisatrice, dont l'ambition est de contribuer à travers le cinéma à poser le débat sur la problématique de l'émigration irrégulière, pour comprendre ce phénomène qui perdure malgré les initiatives de sensibilisation et les nombreux programmes de lutte.

"Je crois que c'est un appel au secours, et il faut avec mon cinéma que j'aide à poser le débat pour mieux comprendre", note Mame Woury Thioubou.

Même si la question a été déjà abordée par d'autres cinéastes, elle se dit déterminée à apporter sa part d'analyse.

La réalisatrice a par exemple retenu de se rendre dans un village de Tambacounda (est), d'où est parti l'un de ses protagonistes de son film, pour comprendre pourquoi l'oncle de ce jeune de 17 ans a décidé un beau jour de retirer son neveu de l'école pour le confier à des convoyeurs migrants.

Mame Woury Thioubou qui vit son premier Fespaco se réjouit de sa présence à Ouagadougou, "capitale du cinéma africain", où elle a l'occasion dit-elle de rencontrer les cinéastes dont elle a déjà vu les films ou d'autres qu'elle ne connaissait que de nom.

Elle estime être d'autant plus "honorée" qu'elle a retrouvé sur place "pas mal" de ses promotionnaires de l'Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis (UGB), diplômés en master 2 réalisation documentaire.

"Cette année, il y a un grand nombre de sortants du master 2 de l'UGB de Saint-Louis en compétition officielle au Fespaco. Il y a Aïcha Macky (Niger), Ousmane Samassékou (Mali), Mamoumata Niekiema Galadio Kiswendsida Parfait Kaboré, Simplice Ganou (Burkina Faso)", a souligné Mame Woury Thioubou.

Cela montre dit-elle l'importance de ce master qui n'existe plus, ajoutant que cette communauté de réalisateurs formés au Sénégal et dissipés dans toute l'Afrique continue à faire des films sur le réel africain.

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