Afrique du Nord: Conférence internationale de Tripoli sur la crise libyenne - La solution viendra-t-elle de l'intérieur ?

21 Octobre 2021
analyse

Hier, 21 octobre 2021, s'est tenue à Tripoli, la capitale libyenne, une conférence ministérielle internationale pour la stabilité du pays. Une trentaine de délégations ministérielles étaient présentes à cette conférence internationale organisée par le ministère libyen des Affaires étrangères, parmi lesquelles celle de la France conduite par son premier responsable, Jean-Yves Le Drian, celle de l'Italie également représentée à un haut niveau, les pays voisins que sont l'Egypte, la Tunisie, l'Algérie, le Tchad et le Soudan, ainsi que des représentants de l'ONU, de l'Union européenne, de l'Union africaine et de la Ligue Arabe. Première du genre depuis dix ans, cette conférence internationale de Tripoli peut être lue comme la traduction de la volonté des Libyens de reprendre l'initiative des choses pour une sortie de crise. Cela est une bonne chose. Car, sans une implication réelle des premiers concernés que sont les Libyens eux-mêmes, il sera difficile de trouver une solution durable à une crise dont la profondeur et la complexité en raison des intérêts politiques, économiques et géostratégiques présents, dépasse largement les frontières du pays.

On souhaite que la conférence de Tripoli ne soit pas une conférence de plus

L'on en veut pour preuve les conférences internationales successives sur la Libye, qui se sont tenues de Paris à Berlin, en passant par Moscou et Brazzaville, pour ne citer que celles-là, sans que les lignes ne bougent significativement dans le sens d'un rétablissement à court terme de la situation pour un retour rapide à l'ordre constitutionnel normal. Le pays qui est devenu le terrain de rivalité des grandes puissances, continue de faire l'objet d'ingérences étrangères au moment où l'embargo sur les armes imposé par l'ONU, a fini de faire la preuve de son inefficacité. Un cessez-le-feu a certes pu être obtenu entre le régime de Tripoli et les forces de l'homme fort de l'Est, le Maréchal Khalifa Haftar, mais le retrait des mercenaires et des forces étrangères reste toujours une équation posée.

La question est maintenant de savoir si la solution viendra de l'intérieur, c'est-à-dire des Libyens eux-mêmes qui semblent décidés à prendre leurs responsabilités et à jouer leur partition à travers la tenue à domicile de cette conférence internationale et dont la priorité affichée, est la question des élections prévues pour se tenir en décembre prochain. Tout le mal qu'on leur souhaite, c'est que la conférence de Tripoli ne soit pas une conférence de plus. Ni l'un de ces nombreux mirages du désert. Car, la reconstruction de la Libye reste un énorme défi pour les Libyens eux-mêmes et pour la communauté internationale. Or, si la priorité de la communauté internationale reste la tenue du scrutin présidentiel à la fin de l'année, après plusieurs reports, la réalité du terrain interroge sur la possibilité de tenir cet énième délai. En effet, dix ans après la disparition du Guide de la Révolution, le colonel Mouammar Kadhafi, dans les conditions que l'on sait, le pays tarde encore à voir le bout du tunnel de l'instabilité qui le caractérise au point de rendre aléatoire la tenue des élections.

Une chose est de vouloir des élections, une autre est que la Libye soit prête à les tenir dans les conditions actuelles

C'est pourquoi l'on se demande si la conférence de Tripoli pourra fédérer les énergies dans le sens de la volonté des autorités intérimaires de coordonner l'aide apportée par la communauté internationale pour répondre aux besoins urgents du pays. On attend de voir. Surtout que la communauté internationale, notamment l'ONU et l'Union européenne, semblent vouloir conditionner le dégel des importants avoirs libyens gelés depuis 2011, à l'installation d'un gouvernement élu. D'où la priorité accordée à la tenue du scrutin présidentiel prévu pour se dérouler en décembre prochain et dont un nouveau report ne pourrait que perturber fortement le calendrier. Mais une chose est de vouloir des élections, une autre est que la Libye soit prête à les tenir dans les conditions actuelles. C'est en cela que le plaidoyer des autorités de Tripoli à travers cette conférence internationale, ne manque pas d'intérêt.

En effet, le chef du gouvernement intérimaire, Abdelhamid Dbeibah, a, dans son discours d'ouverture, non seulement salué la « présence » des partenaires qui « est la preuve que nous sommes engagés sur le chemin de la paix », mais aussi donné des gages de la tenue des élections « à la date prévue », tout en appelant au « respect des résultats ». Quant à la secrétaire adjointe de l'ONU pour les affaires politiques, elle a insisté sur l'importance du scrutin de décembre pour « achever la phase transitoire » tout en exhortant les organisations internationales à y dépêcher « des envoyés spéciaux pour observer cette opération » en vue d'en garantir la transparence. C'est dire si cette conférence de Tripoli est, dans le discours, celle de tous les espoirs ; l'un des enjeux étant de « capitaliser sur la dynamique actuelle pour voir la Libye se stabiliser ». Reste maintenant à savoir si dans les actes, l'échéance de la fin de l'année pour la tenue des élections, pourra effectivement être tenue. On attend de voir. Mais d'ores et déjà, cette démarche du gouvernement intérimaire de Abdelhamid Dbeibah nourrit le scepticisme de certains de ses compatriotes au sein de la classe politique et de la société internationale, qui y voient « un plan gouvernemental pour contourner les élections » à travers l'annonce d'un éventuel nouveau report au dernier moment.

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