Congo-Kinshasa: Illusion, échec de la gratuité ou manipulation ? - Les élèves en colère exigent la reprise des cours !

Une horde d'élèves a squatté jeudi 21 octobre 2021, le Palais du Peuple, pour afficher son ras-le-bol vis-à-vis des conséquences de la grève que les enseignants font en cette période alors que Tony Mwaba, le ministre assurait que la rentrée avait eu lieu sans ambages.

A quoi bon d'envoyer des élèves apprendre gratuitement les choses qui ne leur serviront presque pas dans la vie ? C'est Danny Bavwidi qui s'interrogeait ainsi dans une des ses vidéos adressées à Félix Tshisekedi, devenue virale sur les réseaux sociaux. Quelle entame ne pouvions-nous pas saisir, si ce n'est celle-là pour notre tribune au sujet de l'illusion, de l'échec de la politique de la gratuité de l'enseignement à la base et du caractère populiste de cette décision ? Il s'agit bien de la base ? Des milliers de parents qui ont tenté d'épargner de l'argent en envoyant leurs progénitures dans les écoles gratuites ont tout de suite déchanté. A propos d'épargner, une réclame, sur des grands panneaux, sur l'avenue Victoire, vantait même les bienfaits de la gratuité de l'enseignement jusqu'en 8ème en brandissant une grosse cylindrée qu'un parent aurait achetée. Il aurait épargné... à la faveur de la gratuité ! Comble de publicité mensongère !

Les parents devant un dilemme

Revenons à notre gratuité... qui n'a davantage que le cauchemar ressassé des frais à payer qui s'est estompé... et qui réapparaitra dix ans plus tard lorsque l'enfant, devenu adulte, ne sera compétitif à rien. Une petite dictée française fera l'affaire, et déjà, si certains députés ou ministres étalent des signes de faillite à ce propos ! Et qu'en sera-t-il lorsqu'il sera question d'analyse économique, des mathématiques, de physique, de chimie, de dessin scientifique... , puisque des études poussées ne permettent pas de maitriser une langue, maternelle soit-elle, comme celle des milliers de nos enfants actuels ?

Les témoignages fusent : les parents, soi-disant bénéficiaires de la gratuité de l'enseignement sont les premiers à s'en plaindre. Leurs enfants envoyés dans les écoles publiques refont le chemin contraire des privées. Et pour cause, leur curiosité à toujours savoir, leur assiduité à apprendre a baissé. Les enfants sont devenus oisifs et le raisonnement en a subi un coup. Les devoirs à domicile sont quasi inexistants. Le temps du travail est occupé par la télévision (avec la pollution de l'espace audiovisuel congolais qui propose des programmes nuls) ou la fréquentation des amis qu'ils ne souhaitaient même pas approchés avant qu'ils n'entrent dans les écoles publiques.

L'enseignant démotivé

L'enseignant (qui touchait jusqu'à USD 500 grâce aux primes des parents instituées en 1992 par Monseigneur Monsengwo, alors président de la Cenco pour pallier à la faillite de l'Etat à organiser une formation idoine des enfants) vit aujourd'hui la démotivation totale. Avec un modique salaire au rabais de USD 90 ou un peu plus, il est obligé d'assurer la préparation des cours, la correction des devoirs et des interrogations dans les conditions où une classe compte jusqu'à 100 élèves. Et les élèves, de plus en plus négligents quant à la calligraphie, lui donnent du fil à retordre pour déchiffrer les hiéroglyphes qu'ils produisent. Comment donc fera-t-il pour manger à sa faim, sachant que c'est un travail qui demande énormément d'énergie.

Comment va-t-il payer son loyer, même s'il est relégué à vivre dans les quartiers périphériques de Kinshasa ? Comment prendra-t-il en charge la scolarité de ses enfants ? Certains ont trouvé des astuces : faire des extra muros dans plusieurs écoles privées pour arrondir les fins de mois. Et on imagine très bien quelle classe sera sacrifiée ! La publique, certainement. La RDC compte (ou l'est vraiment) parmi les pays, qui ne donne aucune valeur à l'enseignant. L'enseignement congolais est le souffre-douleur de ses collègues en Afrique. Tenez, à titre illustratif : Congo-Brazzaville paie l'équivalent de USD 400 à son instituteur, la Zambie, 500, le Burkina Faso, 700, le Gabon, 700, l'Angola, 800, le Nigéria, 900, la Lybie, 1 000, le Maroc, 1 200, la Tunisie, 1 500, l'Egypte, 1 600, l'Afrique du Sud, 2 000. Et avec 90 dollars américains en RDC, la conséquence n'a pas tardé à se faire voir. L'enseignement au rabais est la résultante aujourd'hui de cette gratuité et de la démotivation de l'enseignant.

Les élèves congolais sont la risée de tout le monde, surtout à la clôture de l'examen d'Etat lorsqu'ils sont interrogés sciemment pour tâter leur élocution. Quelle catastrophe ? Avant, un D6 pouvait enseigner au primaire et bien assumer sa tâche. Aujourd'hui, il ne faut même pas, ne fut-ce qu'essayer d'y faire appel. Et les conséquences se verront à l'université, à travers les réseaux maffieux dits "connexions", qui s'élargissent inexorablement. La meilleure façon de détruire un pays est de s'attaquer à son système scolaire.

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