Afrique du Nord: Conférence sur la stabilisation de la Libye - Pourvu que la montagne n'accouche pas d'une souris !

L'hôtel Corinthia de Tripoli a fait le plein de son monde toute la journée d'hier 21 octobre. Ministres, diplomates, fonctionnaires internationaux, politiques et chefs de guerre libyens, ils étaient en effet plus d'une centaine de conférenciers à se pencher sur les voies et moyens de renforcer la stabilisation de la Libye pour enfin sortir le pays du chaos dans lequel il se démène depuis la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi il y a 10 ans.

Comme un signe du destin, c'est au lendemain du 10e anniversaire de l'assassinat du dictateur qu'a lieu ce brainstorming historique sur une sortie de crise en Libye ; une réflexion historique, car c'est une première que les autorités libyennes de transition aient l'initiative de convoquer une réunion pour parler de la crise dans leur pays. C'est aussi une première qu'une rencontre d'un si haut niveau se tienne en terre libyenne.

C'est encore une première depuis le cessez-le-feu de l'automne 2020 que la communauté internationale discute avec toutes les parties libyennes pour transformer l'essai des 2 conférences de Berlin (janvier 2020 et juin 2021) en solution de paix globale pour le pays. C'est enfin une première que l'on soit si proche d'une élection présidentielle en Libye. Alors on s'interroge avec un brin de scepticisme : le miracle de Tripoli aura-t-il lieu ? Assisterons-nous dans 2 mois, le 24 décembre 2021, à des élections pour mettre fin à une transition qui n'a que trop duré dans ce pays ?

En tout cas, le gouvernement d'Abdel Hamid Dbeibah y croit dur comme fer, en témoignent les déclarations de son ministre des Affaires étrangères, Mme Najla al Mangoush, qui dit que cette « conférence de soutien à la stabilité » vise à « mobiliser les soutiens nécessaires, de manière transparente et équitable » à la tenue du scrutin présidentiel. La communauté internationale, dont les délégations de l'ONU, de l'Union africaine, de la Ligue arabe, fait de la tenue du scrutin décisif de décembre prochain une priorité de cette conférence de Tripoli. C'est à croire qu'elle est lassée par cette interminable crise qui s'est internationalisée avec des chocs exogènes à la Libye, eux-mêmes générateurs de crises, en particulier celles migratoire vers l'Europe et sécuritaire dans les pays du G5 Sahel.

Malheureusement, tous les voyants ne sont pas au vert sur le tableau de bord d'une paix consolidée en Libye par une élection présidentielle transparente et équitable. En effet, quand des chefs de guerre comme Khalifa Haftar, un candidat plus que probable à cette élection, conservent des troupes armées dont des mercenaires, il faut craindre les lendemains d'une présidentielle où les armes crépitent de nouveau. C'est un secret de polichinelle, en Libye pullulent des mercenaires russes, syriens, tchadiens, soudanais qui sont loin d'avoir été démobilisés à 8 semaines de l'élection présidentielle.

Par ailleurs, le commandement unifié de l'armée nationale libyenne peine à se matérialiser, car la division entre les chefs de guerre de l'Est et de l'Ouest du pays persiste. Dans ces conditions, des politiques et des leaders d'organisations de la société civile soupçonnent le gouvernement de transition d'avoir convoqué une conférence alibi pour annoncer l'impossibilité de tenir la présidentielle et faire entériner une prolongation indue de son mandat à la tête de l'Etat par la communauté internationale. Du reste, cette dernière n'est pas exempte de tout reproche au point que des observateurs de la situation libyenne font remarquer que certaines puissances veulent bien d'une stabilisation de la Libye mais suivant leurs conditions, leurs intérêts et leurs agendas.

Dès lors, il faut craindre hélas que la conférence d'hier ne soit qu'une de plus sur la Libye ; une montagne qui accouche d'une souris.

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