Congo-Kinshasa: Laboratoire Kontempo - Des rappels des XVe et XVIe siècles accrochent les visiteurs

Ouverte au public depuis son vernissage le 15 octobre, l'exposition "Kinzonzi : réinvestir les perspectives" est une curiosité qui intéresse diversement les visiteurs. Plusieurs sont enchantés d'y découvrir un art urbain qui les a portés à la découverte d'un univers méconnu à travers des évocations du passé remis au goût du jour.

Le public hétéroclite qui a participé au vernissage s'est laissé conduire sur l'ensemble du circuit à travers les quinze stations proposées sans pouvoir toujours suivre le rythme du guide, l'artiste Prisca Tankwey. En effet, entre surprise et découverte, chacun des visiteurs ou groupes d'amis invités, attentifs au début, ont commencé à marquer des arrêts sur des brins du parcours quelques fois intrigués, le regard curieux. Alors que d'autres discutaient, partageaient leurs impressions, certains scrutaient comme déterminés à tirer au clair l'énigme, ou décoder le message, de l'œuvre en face. Pour d'autres, c'était un plaisir de découvrir ou tout simplement de voir une installation qui semblait leur parler.

Le passé a refait surface à travers certaines œuvres qui ont fait sensation auprès des visiteurs. Parmi elles, il y a notamment le cas de l'ambassadeur du Portugal, António Pereira. Emu, comme il l'a reconnu lui-même, par l'installation du Lushois Sammy Baloji, il l'a prise en photo. La vue de la « lettre d'Alfonso 1er, roi du Royaume Kongo, à son homologue Manuel 1er du Portugal concernant l'incendie de la "grande maison des idoles", du 5 octobre 1514 », ne l'a pas laissé indifférent. « J'avais vu l'original à Lisbonne », a-t-il dit au Courrier de Kinshasa, alors qu'il la regardait intensément. Enchanté de voir la copie collée sur les quatre faces du cube, pièce maîtresse de l'installation, il a poursuivi : « Cela crée une responsabilité historique. Il faudrait maintenir cette relation d'autrefois dans les temps modernes. Cette vieille amitié doit être ravivée au XXIe siècle ».

Interrogation et stupéfaction

La missive a retenu l'attention de plusieurs visiteurs qui, interloqués, s'interrogeaient sur les caractères de ce long courrier. Certains n'ont pas caché leur stupéfaction d'avoir sous les yeux cette antiquité évoquée dans les livres d'histoire et les manuels scolaires. Le texte a donc fait effet sur bien de personnes au point que l'une d'entre elles s'est résolue à photographier de bout en bout sa version française publiée dans le livre posé au pied du cube. Outre la copie de la lettre, cette relique, vieille de plus de six siècles, au pied du cube étaient proposées deux traductions, française et anglaise, du document complétant l'installation de sorte que le public soit en mesure d'en prendre connaissance.

L'installation -vidéo La nef des fous du Berlinois Jérôme Chazeix, présentée à l'origine sur un bateau, nous a-t-il expliqué, « est une sorte de mise en scène basée sur l'ouvrage de 1494 de Sébastien Brant ». Livre le plus lu dans le monde germanophone au XVIe siècle, La nef des fous « décrit les humains à la recherche d'un ailleurs, essayant de partir de la terre dans l'espoir de trouver un monde nouveau ».

Impossible de passer outre cette impressionnante installation faite de divers bouts d'étoffes dont la pièce centrale porte les initiales « GER pour Germany repris sur les voiliers en Europe pour en permettre la localisation et NAR en référence aux premières lettres de Narrenschiff, La nef des fous ». Les tissus reprennent des dessins d'époque du peintre allemand Albrecht Dürer qui illustrent le livre. L'artiste a souligné son intérêt porté sur l'œuvre du Moyen-âge pour l'avoir trouvée bien « symptomatique de notre époque ». « Le bateau apparaît en tant que symbole de nos temps de crises : l'on est obligé de prendre le large pour pouvoir échapper soit à la crise climatique, soit à la crise économique, pour les migrants. J'ai trouvé fascinants les allers et venues avec notre présent », a soutenu Jérôme Chazeix. Et de renchérir : « C'est hallucinant de voir que déjà à cette époque, on parlait de quitter la terre. J'ai lu aussi pas mal de commentaires affirmant que la pollution de la terre par les humains ne remonte pas aux cent dernières années mais aux sept cents ans avant notre époque ».

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