Congo-Brazzaville: Musique - Michel Rapha et le Ballet théâtre Lemba célèbrent les 40 ans de carrière

L'événement est célébré ce 22 octobre jusqu'à demain, au conservatoire de Bobigny en France, à travers des spectacles de musique, ballet, théâtre, contes et danse organisés par l'association Kabou et le conservatoire Jean Wiener de Bobigny. L'icône de la musique traditionnelle congolaise, Michel Rapha, et le Ballet Théâtre Lemba ne seront pas seuls sur scène, plusieurs autres artistes congolais et africains seront aussi de la partie.

40 ans de carrière, 40 ans de péripéties, 40 ans d'expérience, cela se fête mais pas seuls. Michel Rapha et le Ballet théâtre Lemba, l'association Kabou et le conservatoire Jean Wiener de Bobigny, qui organisent l'événement, ont voulu associer d'autres artistes à cet anniversaire qui s'annonce comme une fête de la musique africaine. Il s'agit, entre autres, de Jackson Babingui, le Groupe Elima de Me Nono, Dr Makoko, le conteur Gabriel Kinsa, Abel Dibassa, Shama, Cœurs gentils théâtre et danse ...

Né au Congo-Brazzaville, Michel Rapha, de son vrai nom Louzala, est le responsable du Ballet théâtre Lemba qu'il créa le 18 juin 1974 à Paris, avec d'autres jeunes Congolais dont Prosper Nkouri et Pierre Mata, trois ans après son arrivée en France pour une formation. Cela, «pour se rappeler de son pays le Congo-Brazzaville ». Passionné de musique et attaché à ses origines, Michel Rapha a opté pour la musique traditionnelle de son pays, une musique qu'il n'a cessé de chérir et de défendre au niveau international. Ce choix s'explique par son désir de valoriser et promouvoir le patrimoine culturel congolais mais aussi africain.

L'artiste a expliqué : «J'ai fait le choix de la musique traditionnelle parce que j'estimais qu'en France, les gens s'y connaissaient déjà en musique moderne. Il fallait revaloriser notre patrimoine culturel, le promouvoir car pendant longtemps, on a écrit des livres qui disaient qu'on était un peuple sans culture. Quand nous sommes arrivés en France, on s'est dit que malgré ce hold-up colonial, il fallait montrer qu'on existe. Notre rôle à nous c'est de montrer le visage réel de l'Afrique et non les clichés qu'on nous a toujours montrés, selon lesquels en Afrique les gens dorment et grandissent dans les arbres».

Bien que noble, ce choix s'est avéré difficile au départ, a confié Michel Rapha qui, malgré tout, a su jouer la carte de la persévérance: «C'était très difficile au départ. Les gens ne nous suivaient pas parce que qu'ils estimaient que c'était de la musique pour les vieux. Il n'y avait que les Occidentaux qui venaient nous voir même qu'on a commencé à faire des chansons, à les enregistrer et à faire des opus. Il y a beaucoup d'enseignements dans nos chansons. Nous devons valoriser notre patrimoine culturel. Le Japon, par exemple, est un pays moderne, mais les Japonais n'ont pas oublié leur tradition. C'est dire que tradition et modernisme peuvent aller ensemble», a laissé entendre l'artiste.

Cette persévérance s'est avérée fructueuse avec une renommée internationale, des tournées dans plusieurs pays du monde, des prestations dans des grands événements culturels et des grands souvenirs évoqués par l'artiste, comme sa rencontre avec le feu président du Burkina Faso, Thomas Sankara, qu'il a accompagné à Chicago avec son ballet. Michel Rapha se souvient : «Dans le vol pour Chicago, il est venu s'asseoir à côté de moi et nous avons concocté le programme du spectacle ensemble. Je discutais souvent avec lui. C'était un homme simple, un visionnaire».

Il y a aussi la surprise dans un vol de l'ancien Air Afrique avec la projection, au journal de Télé Congo, de sa prestation lors de la célébration des 20 ans de la Révolution du Congo et l'invitation de l'ancien président tchadien, Hissène Habré, lors de son séjour au Tchad dans le cadre de la coopération avec le Congo. « Partout où je suis passé, je n'ai fait qu'apprendre. C'est vrai que l'art unie les peuple», a lancé l'artiste.

Ses inspirations, Michel Rapha les puise du Congo, son pays, et les chante en kongo, sa langue maternelle avec des instruments traditionnels comme le Ngoma (tam-tam) et le Ngogui. «Je chante en langue Kongo parce je suis plus à l'aise dans ma culture d'origine, ma culture natale. Sans le Congo, je ne devrais pas exister. C'est pourquoi dans mes œuvres je dis toujours :"Michel Rapha et le Ballet-théâtre Lemba, musique et chants du Congo", parce que le Congo est un grand pays. Il y a beaucoup de choses à dire et à montrer sur ce pays. On n'a pas encore fini de le faire et tant que l'artiste vit il n'est pas en fin d'inspiration», a-t-il souligné.

Cette passion pour la musique traditionnelle qui n'a jamais quitté Michel Rapha, malgré de nombreuses années passées en France où il réside toujours, remonte à sa jeunesse avec la création des semaines culturelles, de la direction générale des Affaires culturelles, du Centre d'études, de formation et de recherche en arts dramatiques, du scootisme...Très jeune, Michel Rapha est encadreur et a occupé le poste de commissaire politique à la Culture avant son voyage en France. L'artiste se consacre depuis des années à l'encadrement des jeunes. Aussi a-t-il exhorté la jeune génération à ne pas être influencée par la culture des autres : «On a tendance à valoriser ce qui ce passe ailleurs et on oublie ce que nous sommes. Je rappelle aux jeunes qu'avant d'être ici, ils sont d'abord ce qu'ils sont. Ils doivent garder leur identité et croire en leur passion».

Par ailleurs, Michel Rapha a invité les autorités du pays à mettre en place des structures et des mécanismes d'encadrement des jeunes pour qu'ils gardent et valorisent leur culture.

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