Maroc: Grande souffrance de la faune et de la flore à Béni Mellal

Manque d'eau rédhibitoire pour les oliviers et fatal pour les abeilles

Aux premières lueurs de ce samedi 23 octobre, la rosée qui a recouvert les terres de Béni Mellal et ses hauteurs, n'a pas suffi à étancher la soif des arbres fruitiers et encore moins à apaiser l'inquiétude des agriculteurs. En particulier les producteurs d'oliviers. Principale espèce fruitière de la région, l'olivier souffre plus que jamais de la sécheresse, en dépit de sa capacité à résister au manque d'eau grâce notamment à un système racinaire adapté et à la régulation de son métabolisme. Le spectacle qui s'offre à nos yeux est désolant.

Certes, les infernales températures estivales sont à conjuguer au passé, mais l'air est sec, les terres arides et les belles promesses semées par les précipitations du printemps dernier n'ont pas trouvé écho jusqu'à présent. Souvenez-vous, il y a quelques mois dans ces mêmes colonnes, Chafiki Saoudi, agriculteur de père en fils dans la région de Béni Mellal nous confiait au sujet des averses printanières que c'étaient "des précipitations qui ne pouvaient pas mieux tomber. On en avait vraiment besoin et c'est annonciateur d'une bonne récolte". Que nenni! Aujourd'hui, c'est la mine renfrognée qu'un second producteur d'huile d'olive regrette l'absence de pluie : "La récolte risque d'être vraiment maigre. Ce qui impliquera inévitablement une hausse des prix du litre".

Une récolte loin du compte

L'absence de précipitations dans la région n'est pas à prendre à la légère. Ne serait-ce qu'à l'aune de la contribution de la filière oléicole de Béni Mellal dans la production nationale d'huile d'olive. Elle se chiffre à 17% et contribue à la création d'environ 3 millions de jours ouvrables. De fait, l'absence des précipitations à Béni Mellal risque d'avoir des répercussions bien au-delà de la région. Si en 2020, la récolte d'olives a atteint un total de 250.000 tonnes, transformées en 35.000 tonnes d'huile d'olive et 16.000 tonnes d'olives de table, il y a de fortes chances qu'on soit loin du compte cette année. Difficile de soutenir le contraire en scrutant l'horizon dominé par les oliviers dans la vallée de Moudj, à une douzaine de kilomètres de Béni Mellal. Bon nombre de ces arbres fruitiers n'ont pas fait de fruits.

D'autres les ont rejetés pour s'auto-protéger et ainsi sauver leurs végétations. Cette manière unique de pallier le manque d'eau n'est pas une assurance tout risque, bien au contraire. "Les oliviers ont beau être résistants à l'absence de précipitations, ces derniers temps, ils en avaient plus que jamais besoin. Et surtout les précipitations résultant des habituels orages du début du mois d'octobre", nous précise un agriculteur. Et d'ajouter résigné :"Ceux qui ont les moyens d'irriguer leurs champs vont s'en sortir tant bien que mal contrairement aux agriculteurs aux moyens financiers et technologiques limités".

Le barrage de Bin El Ouidan à un niveau très bas

Les agriculteurs dont le rendement des terres est avant tout tributaire des précipitations n'ont plus que leurs yeux pour pleurer au fur et à mesure que leurs arbres d'oliviers se déshydratent. Une situation qui n'est pas le fruit du hasard. Sur le banc des accusés, le réchauffement climatique, évidemment, mais aussi les conditions anticycloniques sous lesquelles se trouve le pays. Soit une zone de haute pression atmosphérique souvent associée à un temps sec, sans nuage et donc ensoleillé. Certes, la direction générale de la météorologie (DGM) a annoncé des averses orageuses dans la région de Béni Mellal, hier et aujourd'hui, mais les quelques gouttes attendues seront loin de satisfaire les agriculteurs.

Le manque de précipitations a des conséquences dévastatrices sur les cultures, mais aussi sur le taux de remplissage des barrages. Baromètre des capacités hydriques de la région, le barrage de Bin El Ouidan est à un niveau très bas : 16,7% sur une capacité totale de 2.657 millions de mètres cubes. Un taux de remplissage encore plus catastrophique que celui de l'ensemble des barrages du Royaume (36,7%). Quoique, il convient de souligner que ce dernier chiffre ne reflète pas la disparité entre les barrages du Nord et ceux du Sud du Royaume. A l'inverse, les prix de vente de l'huile d'olive, qui atteindront certainement des sommets, traduisent, quant à eux, bel et bien le manque d'eau dans une région où la faune en souffre autant que la flore.

Hécatombe chez les abeilles

La route reliant Béni Mellal à la commune rurale d'Isseksi s'est transformée en un cimetière d'abeilles à ciel ouvert. Impossible de faire un mètre sans apercevoir des abeilles gisant sur le sol, à l'agonie ou sans vie. La faute à qui ? "Plutôt à quoi", nous répond un apiculteur. "Le manque de nourriture d'abord", nous a t'il indiqué. L'absence de précipitations est aussi l'un des bourreaux de ces insectes particuliers, d'autant qu'elle retarde les floraisons de plusieurs fleurs prisées par les abeilles. "Malheureusement, même les abeilles qui ont pu butiner quelques fleurs et se gaver de nectare périssent à cause de la soif car il n'y a pas d'eau en abondance", conclut notre interlocuteur. A ce terrible constat, on pourrait également ajouter l'utilisation plus fréquente des pesticides dans la région.

Résultat, la production de miel ne sera plus jamais ce qu'elle était, dans la droite lignée de la situation au niveau mondial. En effet, depuis quelques années, le sort des abeilles est devenu inquiétant. Le taux de surmortalité atteint 30 à 35%. Soit un taux anormalement élevé qui atteint dans certains cas 50% de pertes hivernales. Une véritable catastrophe écologique, tant ces insectes pollinisateurs ont un rôle crucial pour la survie de l'humanité. Et pour cause, sans abeille, pas de plantes. Elles ont permis l'évolution des plantes à fleurs et en ont garanti la survie. Car les insectes, et principalement les abeilles, contribuent à la pollinisation de 80% des espèces de plantes à fleurs et des plantes cultivées.

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