Afrique: Coup d'Etat au Soudan - Le général al-Burhan va-t-il battre en retraite ?

En terrassant le despote Omar el-Béchir le 11 avril 2019 après de longues semaines de manifestations, les Forces de la liberté et du changement pensaient sans doute avoir fait le plus dur. Hélas, elles ne sont pas au bout de leur peine, et depuis le lundi 25 octobre, elles sont obligées de remonter aux barricades.

Tirant prétexte des divisions entre civils qui menaceraient la sécurité de l'Etat, le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l'armée et président du Conseil de souveraineté, a en effet écarté le Premier ministre, Abdallah Hamdok, et de nombreux autres responsables dont le seul crime est de ne pas porter un treillis, s'imposant ainsi comme l'unique patron du pays alors même qu'en novembre il devait passer la main à l'aile civile.

Vu le timing assez troublant autant que sont spécieux les arguments avancés par le putschiste qui, dans un discours prononcé hier, a rejeté toute la responsabilité du coup d'Etat sur les civils, il s'en lave les mains tachées du sang des protestataires qui manifestaient contre sa prise du pouvoir. L'étrange paradoxe d'Abdel Fattah al-Burhan, c'est de se maintenir au pouvoir alors qu'il a dissous le Conseil national de transition dont il est pourtant un des membres.

Là où on s'étrangle littéralement, c'est quand dans son allocution plutôt surréaliste, il présente pratiquement son chef du gouvernement comme son commensal : « Il est chez moi, je mange, veille avec lui. Nous l'avons sorti de sa maison pour sa propre sécurité ». Drôle de protecteur s'il en est puisque la principale menace pour la sécurité d'Hamdok en réalité, c'est son geôlier. Au moment où nous tracions ces lignes, nous avons appris que les militaires ont finalement ramené le premier ministre chez lui.

En tout cas il sera difficile au putschiste de Khartoum de faire avaler des couleuvres aux Soudanais et surtout pas à la communauté internationale qui compte bien lui faire rendre gorge.

Après les condamnations de principe qui ont accueilli tout de suite le pronunciamiento, le Conseil de sécurité s'est réuni hier pour se pencher sur le cas soudanais, et les Etats-Unis ont d'ores et déjà décidé de suspendre leur aide au Soudan. Washington avait, rappelons-le, promis de soutenir la transition à hauteur de 700 millions de dollars. Un joli paquet dont le pays aura du mal à se passer. Cela, d'autant plus qu'aux tensions se sont ajoutés d'inextricables problèmes sociopolitiques qui ont contribué à exacerber la crise. Le front intérieur lui aussi se mobilise, appelant à une grève générale, excepté dans certains secteurs d'activités vitaux comme les boulangeries, pour ne pas affamer davantage des populations qui avaient déjà du mal à se nourrir.

Il faut espérer que la conjonction de toutes ces pressions intérieures et extérieures obligera le général à battre en retraite, même si rien n'est moins sûr, car si les bidasses soudanais ont de nombreux détracteurs, ils comptent aussi de précieux soutiens et alliés à l'image de l'Arabie Saoudite et d'Israël.

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