Afrique: Restitution des œuvres d'art africaines - Chronique d'un retour au pays natal

Dans sa collection, le musée compte 41 récades traditionnelles. Les récades royales, comme celle-ci attribuée au roi Glélé, sont au centre.

Sans doute figées dans leur éternité immuable, elles n'espéraient pas revoir un jour la terre qui les a vues naître. Et pourtant dans deux semaines, précisément le 9 novembre 2021, quand l'acte de transfert aura été signé à l'Elysée en présence des présidents Emmanuel Macron et Patrice Talon, 26 trésors royaux d'Abomey seront restitués au Bénin.

Ces œuvres, qui font partie du trésor du roi Béhanzin, sont des prises de guerre du général Dodds, qui était aux commandes lors de la conquête coloniale française du Dahomey, l'actuel Bénin, en 1892. En attendant le grand retour, le patrimoine en question fait l'objet d'une exposition au musée de Quai Branly dont l'inauguration a eu lieu mercredi 27 octobre 2021. Comme on le sait, dans ce milieu des arts voulu par l'ancien président français Jacques Chirac se trouvent des milliers d'autres œuvres africaines dont beaucoup ont été dérobées pendant la période coloniale.

Ce qui sera conclu début novembre est l'aboutissement d'un long processus couronnant une promesse présidentielle faite au Burkina Faso par le locataire de l'Elysée. En effet, lors d'un discours à l'université de Ouagadougou, Macron avait évoqué, à la surprise générale, ce sujet polémique en ces termes : « Je ne peux pas accepter qu'une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historiques à cela, mais il n'y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle ; le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans les collections privées et des musées européens. Je veux que d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Après ce discours, des actes concrets montrant la bonne volonté de Jupiter ont suivi. Ce projet de restitution a fait l'objet d'une loi qui a été votée à l'unanimité à l'Hexagone le 4 novembre 2020. Pour le moment, il s'agit d'un rétablissement symbolique et il faut espérer que le mouvement enclenché se poursuive avec de nombreux autres pays qui ont payé un lourd tribut culturel pendant la période coloniale.

Ces retours au pays à dose homéopathique amènent à évoquer les prouesses du Pr Kiethega, enseignant en archéologie de l'université de Ouagadougou qui a œuvré à la rentrée de Mamio, la statuette de la fécondité en pays Kurumba qui a disparu en 1991 dans le village d'Ouré au nord-est du Burkina Faso. Cette statue a été retrouvée en Allemagne puis ramenée parmi les siens, le 16 décembre 2001 à Pobé Mengao, soit dix années plus tard.

Il faut se féliciter de la tenue de cette promesse, mais une chose est de rapatrier ces œuvres d'art, une autre est de pouvoir s'en occuper comme il se doit. Quand on voit l'indigence dans laquelle végètent nos musées, quand on voit comment nos archives sont entassées parfois dans les couloirs des casernes, on se demande si au-delà de la satisfaction morale, les Etats africains auront tous les moyens pour gérer dignement et convenablement ces objets d'une autre époque.

Il urge donc de créer les conditions optimales pour que ces statues ne regrettent pas d'être revenues au bercail.

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