Afrique: Coup d'Etat au Soudan - Bras de fer meurtrier à Khartoum

Des manifestants dans les rues de la capitale soudanaise, Khartoum en avril 2019

Près d'une semaine après le nouveau coup d'Etat au Soudan, la rue ne décolère pas contre le général Abdel Fattah al-Burhan et sa junte. Au contraire, les manifestations de rue s'intensifient, notamment à Khartoum. La répression aussi : dispersion musclée des croquants à l'aide de grenades lacrymogènes, de tirs à balles réelles et de multiples arrestations.

Forces de l'ordre et manifestants sont donc chat et souris dans un bras de fer meurtrier qui met le pays dans une situation socio-politique délétère et extrêmement volatile. A l'évidence, le mariage de raison entre militaires et civils pour gérer la transition a volé en éclats et il est difficile de savoir de quoi demain sera fait au Soudan. En effet, la désobéissance civile lancée par les opposants au putsch est bien suivie : les commerces restent fermés, les services et les transports sont à l'arrêt. Et la résistance active des Soudanais au coup d'Etat ne s'arrête pas là ! De multiples barricades faites de briques, de pierres, de troncs d'arbre, de pneus enflammés, etc., donnaient hier encore à Khartoum les allures d'un champ de guérilla urbaine. L'opposition civile est donc déterminée à faire échec au général Abdel Fattah qui mise sur les soldats de l'armée régulière et sur les miliciens des Forces de soutien rapide, unités paramilitaires sous les ordres de Mohammed Hamdan Dogolo, plus connu sous le nom de Hemeti, pour la contrer. C'est clair, l'armée veut prendre toutes les commandes de l'Etat avec une grande hypothèque sur le calendrier électoral pour une sortie de la transition vers un gouvernement civil.

Voilà qui justifie les craintes de la communauté internationale qui, après les condamnations d'usage, passe aux sanctions, du moins certains pays. La Russie est par exemple opposée à une résolution des Nations unies qui condamnerait fermement le putsch. Eh ! oui, ainsi va notre bonne vieille ONU qui, malgré sa charte fondatrice cousue de redondances sur la souveraineté des Etats et la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes, n'est pas capable de parler d'une seule voix quand les intérêts des grandes puissances divergent. Avec le droit de veto, chacune d'elle cherche, contre tout bon sens, à protéger ses alliés, soient-ils des satrapes de la pire espèce.

On comprend alors pourquoi c'est très laborieusement que 5 jours après le coup d'Etat le Conseil de sécurité a réclamé à la junte, ce jeudi 28 octobre 2021, « de rétablir un gouvernement de transition dirigé par des civils » tout en exprimant sa « vive préoccupation face à la prise de pouvoir militaire » dans une déclaration qui ne condamne pas fermement le coup de force. De fait, après plusieurs jours de tractations, le texte proposé par le Royaume-Uni et fortement édulcoré par la Russie demande seulement la reprise d'un dialogue politique « sans préconditions », la « libération immédiate » des personnes arrêtées et le respect du « droit de rassemblement pacifique ».

A l'évidence, cette préoccupation a minima de l'ONU n'a pas de quoi inquiéter un putschiste récidiviste comme Abdel Fattah al-Burhan. Si en plus, il peut compter sur le parapluie d'une grande puissance comme la Russie, les protestations de rue dans Khartoum pourraient faire l'effet d'un duvet sur une carapace de tortue. Et tant pis si l'instauration d'un régime démocratique est passé par pertes et profits sur le continent ! Une fois de plus, malgré le bras de fer meurtrier entre populations civiles et putschistes.

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