Somalie: L'hôpital Madina de Mogadiscio, baromètre de l'insécurité et de la violence

Attentats à la voiture piégée, fusillades, attaques à la grenade et attentats-suicides : dans la capitale somalienne en proie à la violence, la plupart des blessés sont pris en charge à l’hôpital Madina. Au bloc opératoire de l’hôpital Madina, un chirurgien, le Dr Abdikadir Haji Maalim, intervient auprès d’un patient blessé par arme.
communiqué de presse

Attentats à la voiture piégée, fusillades, attaques à la grenade et attentats-suicides : dans la capitale somalienne en proie à la violence, la plupart des blessés sont pris en charge à l'hôpital Madina. Au bloc opératoire de l'hôpital Madina, un chirurgien, le Dr Abdikadir Haji Maalim, intervient auprès d'un patient blessé par arme.

Le 25 septembre de cette année, Salah Mohamed a été victime de l'explosion d'une voiture piégée au carrefour d'el-Gab. « Il y avait de la fumée. Désorienté, j'ai d'abord marché en direction de l'incendie, puis je m'en suis éloigné et la fumée m'a frappé au visage. Je me suis alors enfui vers le Jardin de la paix », se souvient ce mécanicien de 29 ans travaillant à Mogadiscio, dont le visage, les bras et les jambes sont couverts de brûlures.

La prise en charge chirurgicale constitue un volet essentiel du protocole de soins des patients victimes de traumatismes. L'hôpital Madina possède la capacité - inégalée dans le pays - de réaliser simultanément quatre interventions de chirurgie. Il est cependant arrivé que cette capacité soit mise à rude épreuve. Ainsi, l'établissement a été sollicité bien au-delà de ses limites en octobre 2017 : un attentat au camion piégé survenu sur l'un des carrefours les plus fréquentés de la capitale avait fait alors près de 600 morts et des centaines de blessés graves.

Nordine Ali Isaac a 24 ans. Il a été blessé, lui aussi, lors de l'explosion du 25 septembre. Des éclats ont atteint le bas de sa jambe gauche, mais il pourra sans doute se rétablir complètement. Il a vu les blessures subies par d'autres victimes de l'explosion, et il pense qu'il a eu de la chance. Depuis l'incident, de nombreuses questions tournent dans sa tête « Pourquoi te trouvais-tu à cet endroit ? Pourquoi es-tu dans ce pays, où les tueries et les difficultés sont si nombreuses ? Pourquoi es-tu encore là ? Pourquoi n'es-tu pas parti plus tôt ? ».

Pharmacie de l'hôpital Madina, l'un des quatre hôpitaux soutenus par le CICR en Somalie. Les dépenses courantes - salaires, fournitures médicales, travaux d'entretien et électricité, notamment - sont couvertes par le CICR.

09 novembre 2021

Madina - qui est de facto l'hôpital de guerre de la Somalie - est devenu, au fil des ans, une sorte de baromètre de l'insécurité (vidéo en anglais) régnant à Mogadiscio. En cette année où les élections en cours et la fragilité du gouvernement somalien alimentent des tensions latentes, le tableau des admissions et consultations à l'hôpital Madina fait office de panneau d'affichage des urgences.

Quatre ans, jour pour jour, plus tard, le personnel de l'hôpital se souvient de l'énorme explosion survenue au cœur de la capitale et qui a coûté la vie à des centaines de personnes.

« Le 14 octobre 2017 est une date à marquer d'une pierre noire. Nous pouvons dire que nous avons connu alors la pire de nos journées ; nous ne pouvions plus faire face à l'afflux de patients. Ils étaient si nombreux. Nous avons opéré des dizaines de patients (chirurgie viscérale, chirurgie vasculaire et amputations). La situation était difficile, et elle n'a pas duré qu'une seule journée. Nous nous sommes d'abord occupés des blessés les plus gravement atteints et avons reporté au lendemain les autres interventions. Il nous a fallu trois ou quatre jours pour traiter tous les patients », se souvient le Dr Abdikadir Haji Maalim, l'un des chirurgiens de l'hôpital.

L'hôpital Madina est l'un des quatre hôpitaux que le CICR soutient en Somalie. Les trois autres sont l'hôpital Keysaney (également situé à Mogadiscio) et, dans le sud du pays, l'hôpital régional de Baidoa et l'hôpital général de Kismayo, dans le Bas-Juba. Au total, depuis juin, ces quatre établissements ont prodigué des soins à des centaines de blessés par arme, dont plus de la moitié ont été pris en charge à l'hôpital Madina.

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