Burkina Faso: Lutte contre le terrorisme - Aux armes, officiers !

Une fois de plus, les Burkinabè ont été réveillés par le fracas des armes.
analyse

Une fois de plus, les Burkinabè ont été réveillés par le fracas des armes.

Une fois de plus, nous nous inclinons sur la mémoire de nos Forces de défense et de sécurité tombées sur le champ d'honneur et pour lesquelles un deuil national de 72 heures a été décrété à compter du mardi 16 novembre à zéro (00) heure au jeudi 18 novembre à vingt-quatre (24) heures sur toute l'étendue du territoire national.

Cette fois, c'est le détachement de gendarmerie d'Inata, dans la région du Sahel, qui a été pris pour cible au petit matin de ce dimanche 14 novembre 2021.

Contrairement à la première attaque dont il a été victime en début octobre 2018 et qui avait fait un mort, celle qui vient d'avoir lieu s'annonce particulièrement meurtrière. Le bilan provisoire officiel communiqué à la date d'hier lundi à 16 heures faisait état de vingt-huit soldats tombés et quatre civils tués.

Mais déjà, selon des sources officieuses, qui pullulent sur les réseaux sociaux, les chiffres seraient autrement plus élevés.

Hasard de calendrier, cette nouvelle boucherie est intervenue alors même que, dans la soirée, la télévision nationale, en partenariat avec les chaînes « Impact TV » et « BF1 », devait diffuser à partir de 21 heures un entretien avec le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le colonel major Aimé Barthélémy Simporé, et son homologue de la Sécurité, Maxime Lomboza Koné.

Une émission judicieusement reportée sine die mais dont des extraits ont circulé sur la Toile. On y voyait le patron de la Défense donner des gages d'assurance sur la capacité de nos Forces de défense et de sécurité à mener ce combat existentiel pour le Burkina Faso.

« Causez toujours, nous, on agit », semblent lui avoir répondu les terroristes de la plus sanglante manière.

Que le bilan humain reste en l'état ou vienne à évoluer malheureusement, ce que nous venons de vivre interroge toujours sur notre capacité à faire face à un ennemi qui n'est plus toujours invisible comme on nous le dit et qui plus est nous inflige des pertes dans des combats de plus en plus classiques.

Que s'est-il passé pour que des éléments, qui étaient en attente d'être relevés de leur poste, soient littéralement massacrés au petit matin ?

On n'ose pas croire qu'ils ont été surpris dans leur sommeil aux premières lueurs du jour par une colonne de tueurs dont on aurait pu entendre le vrombissement des moteurs à des kilomètres à la ronde.

Ont-ils été submergés par la puissance de feu et la supériorité numérique de l'assaillant ?

Autre interrogation : est-ce vrai que les pauvres gendarmes ont passé le temps à crier famine au point d'abattre les animaux qui rôdent autour de la caserne, comme l'indique ce document (paru sur Facebook) envoyé la veille au chef d'état-major de la gendarmerie nationale et à d'autres supérieurs hiérarchiques ?

Si tel a été vraiment le cas, autant dire qu'ils ont été purement et simplement envoyés à l'abattoir et il importe d'établir tout de suite les responsabilités et que les sanctions tombent. Leurs chefs auraient voulu signer leur arrêt de mort qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement.

Si cette information est avérée, elle conforterait d'ailleurs l'idée selon laquelle, loin du front, la hiérarchie militaire est complètement déconnectée du quotidien de la troupe qui sue sang et eau pour défendre le pays.

Rien d'étonnant que montent de la troupe des ressentiments face à cette situation où ce sont toujours des subalternes et des sous-officiers qui sont conduits par des lieutenants, voire des sous-lieutenants, à peine sortis de l'école d'officiers sans expérience ni connaissance pratique du terrain donc. Pendant que ceux qui ont des barrettes ou des étoiles jusqu'à la mâchoire, comme qui dirait, qui ont fait des stages d'application, qui ont fait le cours d'état-major et l'école de guerre se la coulent douce loin du théâtre des opérations où ils devraient être en première ligne.

Que l'on s'entende bien ! On ne demande pas à un colonel ou un colonel major de courir derrière un terroriste, kalachnikov en main. Non !

Mais il est temps que nos hauts gradés qui sont passés par les prestigieuses écoles militaires fassent leur preuve face à d'obscurs combattants enguenillés qui n'ont jamais usé la culotte sur un banc d'école.

On leur demande seulement d'établir un commandement de proximité avec la troupe, de porter une tape fraternelle au soldat le temps d'une bataille, de ragaillardir son moral dans ce concert infernal de claquements de culasses et de sifflements de balles.

Ce n'est pas uniquement des bureaux moquettés aux portes capitonnées de Washington, Paris ou Londres, que les généraux Eisenhower, Macarthur, Patton, de Gaulle, Montgomery, pour ne citer que ceux-là, ont conduit leurs troupes à la victoire.

Il faut donc que la haute hiérarchie militaire, voire le chef suprême des armées, secoue sérieusement le cocotier pour que la situation ne fasse pas le lit de turbulences sociopolitiques.

Plus que toute autre personne dans cette affaire, c'est le ministre de la Défense, colonel-major de son état, qui est le plus interpellé.

En effet, nombreux sont ceux qui ont tiré à boulets rouges sur le président Roch Marc Christian Kaboré qui ne voulait pas d'un militaire dans son gouvernement. De guerre lasse, il a fini par abjurer son « dogme » en cédant le maroquin qu'il détenait.

Eh ! bien, au soldat Simporé de montrer que les pro-kaki avaient raison de réclamer à cor et à cri la Grande Muette à la Défense.

Aux armes donc, officiers !

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