Burkina Faso: Manifestations contre l'insécurité - Les aventures politiques ne mèneront nulle part

Ils n'auront même pas attendu la fin du deuil national de 72 heures décrété par le président du Faso après l'attaque du détachement de gendarmerie d'Inata dans le Soum qui, selon le bilan provisoire officiel, a fait 28 morts parmi les pandores et 4 civils tués.

Hier mardi 16 novembre 2021, des milliers de Burkinabè, à l'appel notamment du mouvement « Sauvons le Burkina », ont en effet déferlé sur les grandes artères de Ouagadougou et d'autres villes du Burkina. Tous ont manifesté contre les attaques récurrentes dont les cibles civiles et militaires sont l'objet depuis quelque six années, et contre l'impuissance des autorités de leur pays à enrailler cette spirale infernale qui a fait des centaines de morts civils et militaires, 1 million et demi de déplacés et des territoires entiers désertés.

Comment ne pas comprendre cette colère légitime des Burkinabè meurtris par ces hécatombes à répétition ? Comment ne pas entendre les lamentations de ces mères inconsolables, de ces épouses éplorées et de ces orphelins qui, chaque jour, viennent grossir les rangs des enfants dont le père a été arraché trop tôt à leur affection ?

Les manifestations d'hier viennent comme un écho à l'injonction faite bien avant le drame d'Inata par le chef de file de l'opposition burkinabè, le 9 novembre dernier. Eddie Komboïgo avait en effet exigé « des mesures urgentes » face à la recrudescence des attaques jihadistes et la dégradation constante de la situation sécuritaire et pour inverser la tendance mortifère.

Il avait menacé le pouvoir d'importants mouvements de contestation, réclamant rien de moins que la démission de ses représentants, si d'ici un mois aucune amélioration n'était visible. Un deadline qui expire en principe le 9 décembre, sans qu'on aperçoive la moindre lueur d'espoir sur le front de la lutte anti-terroriste.

Dans la foule bigarrée qui a battu le pavé ce mardi 16 novembre, il y avait certes des citoyens révoltés par la situation sécuritaire, mais aussi un bon contingent d'activistes de tous poils et de politiciens aux agendas même cachés, certains appelant carrément, notamment sur les réseaux sociaux, à un changement de régime, au besoin par la force. Mais si le ras-le-bol des citoyens est légitime et compréhensible, il faut se garder néanmoins des aventures politiques qui ne conduiront nulle part, si ce n'est au chaos généralisé.

Encore faut-il que le chef suprême des armées, le ministre de la Défense et la haute hiérarchie militaire, dont les pétards contre le terrorisme semblent jusque-là mouillés, prennent la mesure du mouvement « nous n'en pouvons plus », qui traverse toutes les couches de la société, et qu'ils changent leur fusil d'épaule, s'ils en ont encore la capacité. Cela pour le salut du Faso, mais aussi pour leur propre salut. Car à l'allure où vont les choses, bien malin qui pourra dire où toute cette agitation sociopolitique pourra conduire.

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