Burkina Faso: Déclaration présidentielle après Inata - Plus que des mots, il faut des actes forts

Nombre de Burkinabè s'étonnaient de ce que le Président ne se soit pas adressé à ses compatriotes dès la survenue du drame. Tout au plus avait-il dit quelques mots de compassion sur son compte Twitter, attendant sans doute d'avoir tous les éléments d'appréciation avant de se prononcer.

Quatre jours après l'attaque du détachement de gendarmerie d'Inata, qui a fait selon le dernier bilan officiel 53 morts (49 gendarmes et 4 civils), le locataire de Kosyam a fait une brève déclaration à la sortie du Conseil des ministres d'hier mercredi 17 novembre 2021. Avec un ton grave, une mine de circonstance, pour ne pas dire d'enterrement, Roch Marc Christian Kaboré était entouré pour l'occasion du Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, et de son gouvernement, comme pour montrer que tout l'Exécutif fait front et est en ordre de bataille.

La si précieuse parole présidentielle sort alors que mardi et mercredi des milliers de Burkinabè ont marché à Ouaga, Bobo, Kaya et Banfora pour protester contre ce qu'ils considèrent comme une incapacité du pouvoir à enrayer la spirale terroriste. Les plus radicaux appellent même à la démission du premier magistrat burkinabè. «Des réactions diverses que je comprends fort bien», a dit l'intéressé qui a eu des mots durs pour son armée.

Pour le chef de l'Etat en effet, il n'est pas normal que dans l'armée, qui doit être la structure la mieux organisée, il y ait des dysfonctionnements aussi importants en matière d'alimentation, de logistique, de prime, etc. «Cela est inacceptable et c'est pourquoi je comprends fort bien les différentes réactions de colère qui sont exprimées çà et là». En disant cela, le chef de l'Etat accrédite dans une certaine mesure certaines informations qui ont circulé sur les réseaux sociaux, faisant notamment état d'une rupture de l'approvisionnement en vivres du détachement ciblé, obligeant les pandores, affamés, à abattre les animaux qui rodaient autour de leur camp pour survivre.

On sent une colère sourde dans la voix du président qui annonce la tenue prochaine d'un Conseil supérieur de la défense pour examiner les dysfonctionnements éventuels survenus dans la chaîne de commandement et prendre des sanctions disciplinaires qui s'imposent contre les fautifs sans exception. «Je le précise très bien, sans exception», a-t-il souligné.

D'ores et déjà, le commandant de la première région de gendarmerie et le commandant du groupement du secteur nord ont été relevés de leurs fonctions. Et on attend que d'autres bérets tombent.

Vu qu'on parle depuis longtemps des nombreuses difficultés qu'éprouvent les Forces de défense et de sécurité (FDS) à accomplir convenablement leurs missions de défense du territoire, il faut espérer que la mort de la cinquantaine de gendarmes créera un électrochoc pour une gestion beaucoup plus rigoureuse et efficiente de la sécurité.

Roch a parlé, il lui faut maintenant agir sans tarder et ne pas avoir la main qui tremble au moment de prendre les décisions qui s'imposent. Car on ne peut pas comprendre que, pendant que des FDS et des civils tombent chaque jour que Dieu fait sous les balles assassines de ces hommes sans foi ni loi, qui ont juré la perte du Faso, ceux qui ont en charge notre sécurité fassent preuve parfois d'un dilettantisme et d'une incurie coupables.

Plus que les mots, c'est donc à l'aune des actes forts qu'il posera qu'on pourra mesurer la détermination du premier soldat burkinabè à défendre vaillamment l'intégrité du territoire que nous ont légué nos ancêtres.

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