Sénégal: " Certains leaders pensent à tort ou à raison que seul l'équilibre de la peur peut les sauver ", Alioune Tine, Président fondateur d'Afrikajom center

24 Novembre 2021

Convaincu qu'au Sénégal, la démocratie s'est exclusivement réduite à une " démocratie électorale ", Alioune Tine, le président fondateur d'Afrikajom center passe en revue dans cet entretien les différents mécanismes qui ont conduit aujourd'hui à cette montée des tensions à la veille des Locales. Non sans inviter le pouvoir et l'opposition au sens des responsabilités pour asseoir au Sénégal une démocratie apaisée.

"Nous sommes très préoccupés par la situation politique et les dysfonctionnements récurrents et structurels de la démocratie sénégalaise qui s'expliquent par plusieurs crises connectées. La démocratie s'est réduite à la démocratie électorale. Avec l'inflation des partis politiques, la stratégie consiste à construire une coalition dont l'objectif premier est de conquérir et de se partager le pouvoir, de partager les postes et les ressources. Une fois le pouvoir conquis, les autres sont exclus. On crée ainsi un Etat partisan, un Etat clanique, un Etat technique, voire un Etat familial. On assiste à ces logiques qui accouchent d'alternance sans alternative, à la mal gouvernance, à l'absence de redevabilité, au deuil du sens politique et surtout à la crise du leadership politique.

" Les mêmes causes qui ont poussé le Président Wade à vouloir faire un troisième mandat n'ont pas disparu. "

Ce qui aggrave la crise de la démocratie au Sénégal, c'est la découverte d'immenses ressources naturelles qui ont accentué les enjeux de pouvoir depuis 2011. Les mêmes causes qui ont poussé le Président Wade à vouloir faire un troisième mandat n'ont pas disparu et ça ajoute à la défiance de l'opposition et d'une bonne partie de l'opinion vis-à-vis des institutions de l'Etat. Le pré-contentieux lourd aujourd'hui concernant la participation de Karim Wade, de Khalifa Sall et d'Ousmane Sonko doit être résolu par des voies politiques par le Président Macky Sall. C'est ce que tout le monde attendait du dialogue politique. D'autre part, il est bon que le Président manifeste sa volonté de ne pas briguer un troisième mandat.

Toutes ces questions politiques stratégiques irrésolues sont des facteurs d'angoisse, de défiance et de tension pour une bonne partie de la représentation nationale et non des moindres.

Les répercussions de ces tensions sont très fortes sur les élections locales et sont exacerbées par l'implication personnelle du Président de la République. Si bien que les Locales et les prochaines élections législatives vont être des élections à enjeux politiques très élevés. Pour certains leaders politiques, c'est une question de vie ou de mort politique. C'est ce qui explique que certains leaders pensent à tort ou à raison que seul l'équilibre de la peur peut les sauver. Ce sont là les signes évidents d'une démocratie malade et qui dysfonctionne gravement.

" Le Président de la République (..), doit prendre des initiatives politiques audacieuses... , l'opposition doit s'abstenir d'appeler à la violence... "

Pour rétablir le calme, le Président de la République gardien de la Constitution et garant de la paix civile doit prendre des initiatives politiques audacieuses allant dans le sens d'assurer la neutralité de l'administration, de la justice et des organes de régulation des élections. Si on a connu l'alternance en 2000, c'est grâce aux initiatives de cette nature prises par le Président Diouf.

L'opposition doit s'abstenir d'appeler à la violence, d'affaiblir les efforts de la société civile dans sa mission de régulation de la violence électorale. La Charte de la non-violence que la société civile propose doit être élargie aux autres composantes de la société comme les journalistes, les syndicats, les juristes, etc. Si chaque citoyen prend la question de la paix, de la sécurité, d'élections transparentes et pacifiques comme sa propre affaire, on ira vers des élections dans la sérénité ".

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