Cote d'Ivoire: FIF - Comité de normalisation - Jeu de poker menteur autour d'une mission d'assainissement

26 Novembre 2021

Madame Mariam Dao Gabala est si futée. Tellement habile au point de rallier à sa cause même les plus sceptiques. Son optimisme grandement affirmé à l'Assemblée générale du 18 septembre 2021 a fait croire à tous que la normalisation ne sera bientôt qu'un lointain souvenir.

Puisqu'il n'y avait aucune raison de douter de la présidente du Comité de normalisation de la FIF (CN-FIF) quand elle déclare que l'élection du président de la FIF aura lieu au plus tard, le 20 décembre 2021. Femme d'honneur, femme de parole, et reconnue comme telle en Côte d'Ivoire, l'annonce de Mariam Dao Gabala ne pouvait qu'être applaudie. La Sénatrice, par ses propos pleins d'assurance, donnait vraiment l'impression de vouloir en finir avec cette normalisation. Mais que nenni. Tout n'était que pure farce.

Une grossière mise en scène dont la preuve a été donnée, le mardi 23 novembre, en conférence au siège de la Fédération ivoirienne de football (FIF). "Pour qu'il y ait des élections, il faut qu'il y ait des textes validés. Pour qu'il y ait des textes validés, il faut qu'on ait reçu la dernière version des textes. Nous avons déjà explosé les délais. Donc ce qui est sûr, des élections le 20 décembre alors qu'on n'a pas encore évalué les textes, je pense que ce n'est pas possible", a-t-elle ironisé. Et si les délais du 20 décembre qu'elle a annoncés avec force arguments ne sont plus tenables, l'élection avant le 31 décembre 2021 suppose aussi que "nous devons terminer la mission d'assainissement des comptes, terminer la mission de révision des textes et que ces textes aient été validés par les clubs".

Ce qui n'est pas possible. Et elle le sait très bien. Et comme elle se sent en territoire conquis, elle se permet même de narguer les acteurs du football ivoirien et l'ensemble du mouvement sportif. Avançant sans même trembler la possibilité de trois AG avant le 31 décembre : "Tout dépendra des textes. Il faut savoir qu'on va vers trois AG. Il y aura celle pour valider des textes, celle concernant la certification des comptes et enfin celle des élections." Une façon bien claire de dire aux présidents de club et aux potentiels candidats de patienter encore.

Préparer l'opinion à la prolongation Parce que la fin de la normalisation n'est pas pour demain. "On a été envoyés par des gens. Ce sont eux qui vont nous dire la démarche à suivre. La mission d'évaluation va sortir une conclusion. Il y a trois conclusions possibles. On arrête, on continue, ou on abandonne. Mais la dernière option n'est même pas envisageable. Nous sommes une équipe de mission et nous allons terminer ce qu'on a commencé", a prévenu la présidente du CN-FIF. En plus de l'attente du retour des textes de la FIFA, il y a la certification des comptes attendue et pour laquelle le commissaire aux comptes a sollicité au minimum deux autres semaines.

C'est dire en français facile que la normalisation ne respectera pas les délais du 31 décembre 2021 mais en plus, elle jouera "sa" première prolongation. Un premier temps additionnel déjà acté que la mission d'évaluation viendra officialiser. "Il faut savoir qu'il y aura une mission d'évaluation à partir du 1er décembre. C'est cette mission qui dira si nous pouvons aller au bout de notre mission ou pas. La FIFA qui m'a nommée ne m'a encore rien dit sur une prolongation de notre mission", a tenté d'expliquer la Sénatrice. Et quelques lignes plus tard, elle a trahi sa pensée. "La normalisation est une mission d'assainissement. Une fois qu'on aura terminé l'assainissement de la FIF, on s'en ira".

Cette mission prendra fin quand ? Elle n'en sait rien. Ou du moins après la CAN 2021 en janvier prochain au Cameroun. Parce que, c'est une certitude. Le comité de normalisation conduira la CAN au pays de Paul Biya. Parce que, telles que se présentent les choses, le plan était bien ficelé. En annonçant le 20 décembre comme date butoir pour doter la FIF d'un nouveau président, Mme Mariam Dao Gabala voulait juste se donner le temps de mieux placer ses pions. Sa sortie du mardi 23 novembre n'est pas fortuite.

Elle fait partie de la stratégie. Préparer les esprits à accepter la prolongation que la mission d'évaluation viendra annoncer officiellement. A entendre la présidente du CN-FIF, il y a de quoi à craindre pour le football ivoirien. "Tant que nous n'avons pas fini d'assainir les finances, les problèmes de gouvernance, les problèmes juridiques, on ne part pas", at-elle averti. Dommage pour toute la communauté footballistique obligée de subir le poker menteur dans lequel le comité de normalisation excelle. Une situation qui risque d'avoir des répercussions néfastes sur le ballon rond.

Après l'échec de la Coupe du monde, un autre revers n'est pas exclure au Cameroun. Et tout cela se fera dans l'indifférence totale de la très respectée présidente du CN-FIF qui ne s'est même pas fait prier pour jeter l'opprobre sur sa personne. Détruire son image de personnalité d'honneur en se dédisant. Reste maintenant aux acteurs du ballon rond à s'accorder pour ensemble œuvrer au retour à la gouvernance légale. Et éviter d'être complices de la destruction massive en préparation. Parce que quand l'honneur a foutu le camp, plus rien ne compte. OUATTARA GAOUSSOU

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