Cote d'Ivoire: AFRICA SPORTS D'ABIDJAN - Un club à la croisée des chemins

26 Novembre 2021

L'Africa Sports d'Abidjan est arrivé au moment d'opérer un choix délicat, une décision importante, pour son futur. En proie à une crise de leadership et de gouvernance depuis plusieurs années, le club de Seri Mogador est en voie de retrouver enfin sa stabilité. En ce, à la faveur de l'Assemblée générale élective (AGE) qui se profile à l'horizon.

Plus précisément, le dimanche 28 novembre 2021. Car depuis l'exercice 2020- 2021, l'Africa est relégué en Ligue 2 et vit actuellement sous normalisation. Comment le club en est-il arrivé-là ? Retour à la genèse des multiples crises depuis 1977 qui ont conduit le club dans le gouffre aujourd'hui. Décryptage. Au départ, il y avait Simplice De Messé Zinsou Ange et démon. Ou encore le sauveur devenu bourreau. Car les crises à répétition que connait le club vert et rouge ne lui sont pas étrangères.

Et pourtant, il est aussi celui qui a écrit les plus belles pages de l'histoire de ce club. Tout est parti de 1977 avec Simplice De Messé Zinsou soutenu par Louis Sempah. Ensemble, ils éjectent illégalement le président d'alors, Guy Ayéna. Quarante-quatre années après ce premier coup de force, l'Africa Sports est toujours en quête de stabilité.

Puisque ZS, malgré ses belles années à la tête du club avec cinq titres de champion de Côte d'Ivoire (1977, 1978, 1982, 1983, 1985), une Coupe d'Afrique des vainqueurs de coupe en 1992 et une super Coupe d'Afrique en 1993, n'a pu sortir le club de la spirale infernale dans laquelle il l'a plongé. A sa prise de pouvoir, il supprime les cotisations des supporters.

Puissant patron d'une société étatique, Sivomar, il n'éprouvait aucune difficulté à faire face aux charges de l'équipe. Surtout qu'il pouvait également compter, à tout moment, sur les appuis de Félix Houphouët-Boigny. Mais les supporters ne sont pas contents de la gestion du club et le Grand Manitou est sommé de dresser le bilan. Au terme de la saison 1985 et malgré le titre de champion de Côte d'Ivoire, Zinsou est poussé vers la sortie. Arrive Blé Lucien.

Sacré champion en 1986, il est contraint de rendre le tablier après de multiples et fréquentes pressions exercées par son prédécesseur. Legré Charles est copté en 1987 avant de céder sa place à Sidibé Moussa. Confronté lui aussi aux coups bas orchestrés par certains dirigeants, joueurs et supporters, il démissionne et ouvre la porte à un retour aux affaires de Zinsou en 1989.

Confirmant ainsi la thèse de ceux qui le soupçonnent d'être à la base des différents changements de présidents depuis son départ en 1985. Son retour aux affaires coïncide avec la première élection de Me Roger Ouégnin à la présidence de l'Asec Mimosas. Mais Zinsou préfère se mettre derrière Méité Yaya et Koné Tiémikri qui remportent la Coupe des vainqueurs de coupe en 1992.

Dans la foulée de ce sacre continental, ils sont accusés de détournements pourtant sur 100 millions et poussés à la sortie. ZS retrouve à nouveau le fauteuil présidentiel. Cette nouvelle prise de pouvoir est de courte durée puisqu'en 1994, Zinsou "se retire sur la colline" puisque sa source de financement - Félix Houphouët-Boigny décédé un an plus tôt - a tari.

C'est ainsi qu'il opta pour Doré Lacina, l'un de ses bras droits. Mais très rapidement, les rapports entre les deux hommes vont être conflictuels quand Doré informa le comité directeur avoir remis 80 des 88 millions de FCFA du transfert du Nigérian Gabriel Okolossi à ZS. En février 1996, c'est la rupture et ZS nomma, en lieu et place du démissionnaire Doré, Sidibé Moussa qui renonce une saison après. Le 18 février 1997 Simplice De Messé Zinsou revient au premier plan.

Mais ce retour sera celui de l'humiliation, contesté de toutes parts. Et le 7 septembre 1997, il adresse aux membres d'honneurs une lettre de démission volontaire. Une date qui sonne définitivement la fin de celui aurait pu être l'homme de la construction du club. Car venu par un coup de force, le premier de l'histoire du club, Zinsou est parti dans les mêmes conditions.

Doré Lacina chassé en 1996 revient aux affaires après la période de transition gérée par Koffi N'Guessan Pierre (membre d'honneur). La renaissance freinée et la descente aux enfers Alain Richard Donwahi installé dans des circonstances troubles après avoir chassé une seconde fois Doré Lacina est à son tour poussé vers la porte par Kuyo Téa Narcisse. Ce dernier tient bien que mal la barque jusqu'en 2010 avec l'avènement de la crise post-électorale.

Avec une vision futuriste et disposant de moyens conséquents, l'ancien défenseur vert et rouge voulait enfin construire son club de cœur. Malheureusement, le sort en a voulu autrement. Eric Tiacoh prend les rênes et gère la transition, avant d'être prié de débarrasser le plancher. Avec la crise politique de 2010, l'Africa venait ainsi de rater son retour en grâce. Mais pour ceux qui se réclament les vrais propriétaires du club, il n'y a pas à s'en faire.

L'homme de la construction a été trouvé : Koné Cheick Oumar. Annoncé en grandes pompes comme le nouveau messie, celui-ci est à son tour vomi par ceuxlà mêmes qui l'ont adulé. Il lui est reproché une gestion artisanale, des promesses non tenues. Plongeant une nouvelle fois le navire vert et rouge dans les eaux tumultueuses. Et c'est là que surgit Alexis Vagba après que la révocation de Koné Cheick par le conseil d'administration.

Soutenu par le comité exécutif de la FIF, l'ancien fonctionnaire de la Poste de Côte d'Ivoire, prend les commandes. Mais à son tour, il doit faire face à l'adversité de Bahi Antoine qui lui a été préféré par les supporters après le constat d'échec de sa gestion. Comme ce jour de mars 2019 où il a fait jouer des gamins d'un centre de formation sous les couleurs du club.

Même le protocole d'accord de gestion collégiale initié par la FIF ne mettra pas fin à la crise jusqu'à l'avènement de la normalisation à la Fédération de football. Face donc à la difficile cohabitation des dirigeants à privilégier les intérêts du club, il est mis en place une normalisation à l'Africa Sports d'Abidjan présidée par Yves Zogbo Junior.

Cette administration provisoire, arrivée à quelques semaines seulement de la fin de la première phase du championnat, n'a pu rien faire face aux mauvais résultats enregistrés par l'équipe. Septième de la poule A, l'Africa est relégué en Ligue 2. Une descente aux enfers après 74 années de présence continue dans l'élite du football ivoirien.

Trois anciens dirigeants dans le costume de sauveurs Mis sous normalisation depuis avril 2021, l'Africa devrait connaître des élections, le 28 novembre prochain. Ce qui ouvrirait la voie à une gouvernance légale. Et le moins qu'on puisse dire, l'Africa fait toujours flipper. Pour la présidence du club, trois anciens dirigeants sont dans les starting-blocks.

La caution de 10 millions FCFA n'a nullement refroidi les ambitions de Kuyo Téa Narcisse, Koné Cheick Oumar et Jean-Michel Deigna. Tous trois veulent être les artisans de la restructuration du club vert et rouge, aujourd'hui pensionnaire de Ligue 2. Président de l'institution Africa de 2006 à 2010, et vainqueur du championnat 2007 et 2008, l'ancien défenseur Aiglon vient certainement achever ce qu'il a commencé.

Présenté comme l'homme de la situation et du consensus, Kuyo Téa a réussi à rallier à sa cause les deux ennemis d'hier que sont Vagba Alexis et Bahi Antoine. L'annonce de sa candidature n'a pas manqué de réjouir bon nombre de sympathisants. Au point où ils prédisent le retour en grâce dans les meilleurs délais de leur formation.

Sa candidature est loin d'être une surprise. Il s'est toujours présenté comme le capitaine légal du navire vert et rouge. Car Koné Cheick Oumar n'a jamais digéré le coup bas que lui a fait Vagba Alexis avec le soutien de l'ancienne administration de la FIF présidée par feu Sidy Diallo.

Avec un titre de champion 2011 lors de son court passage (2010-2013), Koneco espère bénéficier des suffrages du collège électoral pour être rétabli dans ses droits. Et enfin exposer sa vision pour le club. Jean Michel Deigna est porteur du projet "Africa Futur", un programme de 33 chantiers regroupés autour de sept pôles pour un budget estimé à un milliard francs CFA.

Un programme qui doit permettre au club de connaitre son émergence et de garantir sa pérennité à l'horizon 2025, selon son concepteur. Celui qui se présente comme le candidat du changement a été par ailleurs directeur exécutif de l'Africa en 2011 et contrôleur général entre 2014-2018. Ces trois mousquetaires ont en commun l'amour de l'Africa.

Un club qui a besoin de l'union, de la solidarité, de ses enfants pour sortir de l'abysse dans lequel il a été précipité. En Ligue 2 après 74 ans de présence dans l'élite, l'Africa est face à son destin. Les grands électeurs appelés à choisir le futur président ne doivent pas se tromper. Au risque de voir le club s'inscrire dans la durée en Ligue 2 et dans un coma plus profond.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X