Cote d'Ivoire: PDCI-RDA - Y a-t-il un cas Guikahué ?

26 Novembre 2021

Présidée par Henri Konan Bédié, la cérémonie d'installation du comité de contrôle du PDCI, une nouvelle instance créée par le président du parti doyen, s'est faite sans Maurice Kakou Guikahué. Bien que formellement invité à cette rencontre, le numéro 2 du PDCI a brillé par son absence. Une absence, fortement remarquée, qui a suscité beaucoup de commentaires et d'interrogations.

Au point que certains se demandent aujourd'hui s'il y a un problème Guikahué au PDCI. La réponse, au vue de la situation, est oui. Au point d'en déduire qu'il n'est pas exagéré de parler d'une véritable descente aux enfers pour le député de Gagnoa sous-préfecture. Tout puissant secrétaire exécutif, Maurice Kakou Guikahué n'est aujourd'hui que l'ombre de luimême. Il ne tient plus l'appareil du PDCI en mains, et pire, il est progressivement mis à l'écart de l'animation de ce parti.

Depuis les législatives du 6 mars dernier, l'influence de Guikahué se réduit de jour en jour, si bien qu'il est en passec'est un constat- d'être rangé aux oubliettes. Candidat à sa propre succession au poste de président du groupe parlementaire PDCI à l'Assemblée nationale, il essuie un véritable camouflet qui frise l'humiliation. Non seulement il n'est pas choisi, mais surtout Bédié porte son choix sur un homme qui ne convoitait même pas ce poste.

Il s'agit de Simon Doho, nouveau président du groupe parlementaire PDCI. Si cela n'est pas une humiliation, en tout cas ça y ressemble grandement. L'acte de Bédié sonnait incontestablement comme un désaveu cinglant pour Guikahué. Celui-ci est loin de se douter qu'il est en train de perdre la main sur le PDCI, un parti dont il était la cheville ouvrière quelques mois plus tôt.

Et les mois qui suivent, Bédié lui retire progressivement ses pouvoirs, en initiant une vaste restructuration de son parti. Avec malice, sans oser le démettre courageusement. Ainsi, il met en place en mai, un comité politique dont la présidence est confiée à Allah Kouadio Remi. Entre cette nouvelle structure et le Secrétaire exécutif du PDCI, aux mains de Guikahué, les observateurs les plus avertis de la scène politique ivoirienne font état de l'existence d'une ambivalence au sein du PDCI.

En clair, il y a deux chaînes de commandement. L'une, tenue, par Allah Kouadio Remi, qui a la totale confiance de Bédié. Et l'autre, aux mains de Guikahué, qui en réalité ne pèse plus grand-chose. Bédié ne s'arrête pas là. Il crée ensuite un comité de gestion et du suivi des élections dirigé par le professeur Niamkey Koffi, et un comité de mobilisation et de gestion des ressources qui est confié à son directeur de cabinet par intérim, Bernard Ehouman.

Un farouche opposant à Guikahué qui monte du coup en puissance. Bédié met Guikahué sous l'éteignoir La stratégie de Bédié est connue : créer de nouvelles structures pour noyer le SE et son patron Guikahué ; et en même temps confier les manettes du parti à de nouveaux hommes issus de son premier cercle. Et elle fonctionne à merveille. Le vieil homme déroule donc son plan.

Il crée la Commission économique sociale et culturelle du PDCI-RDA " la CESC PDCI-RDA", la Grande Cellule de Coordination de la Communication "la GCCC PDCI-RDA". A cela s'ajoutent une coordination générale, un conseil de surveillance du PDCI. Autant d'organes qui étouffent le secrétaire exécutif et mettent sous l'éteignoir Maurice Kakou Guikahué.

Même s'il reste le chef du Secrétariat exécutif, ses pouvoirs sont aujourd'hui limités. De plus, le président de son parti vient de lui flanquer un adjoint en la personne de Georges Philippe Ezaley. L'ancien maire de Grand-Bassam occupe ainsi un poste qui n'existait pas par le passé. Vu sa carrure au sein du PDCI, il n'est pas sûr qu'il reste dans l'ombre de Guikahué.

Encore moins qu'il soit son suiveur. C'est un adjoint costaud qui a la carrure et l'étoffe pour être le patron du SE. Et si c'était lui, le vrai patron de l'animation de ce " nouveau " PDCI ?

En tout cas, au sein de la maison verte, le remodelage du PDCI par Bédié intrigue des cadres qui voient dans cette démarche une volonté inavouée et non assumée de mettre à l'écart M. Guikahué. Surtout que ceux qui sont promus actuellement, et qui deviennent les hommes forts du PDCI sont ceux qui combattent durement Guikahué et rêvent de le voir être éjecté de la haute direction de cette formation politique. Dans l'esprit donc de nombreux cadres et militants, il y a bel et bien un problème Guikahué.

Et certains voient, dans ce vent de restructuration que Bédié fait souffler sur le PDCI, une manœuvre manichéenne de mettre à l'écart Guikahué de la gestion du PDCI. A dire vrai, Guikahué ne contrôle désormais plus grand-chose au PDCI. L'homme paie, sans doute, ses prises de position tranchées et sa gestion peu fine des hommes.

Mais, au-delà de son caractère bien trempé, il reste quand même l'homme qui était prêt, à tout vent, à donner sa poitrine pour défendre le Président Bédié. Toutefois, il reste aussi et surtout l'homme qui a poussé Bédié à claquer avec fracas les portes du RHDP en 2018. Souvenons-nous, le 17 juin 2018 à la maison du PDCI à Cocody, à l'occasion du bureau politique convoqué pour se prononcer sur l'appartenance ou non du PDCI au RHDP, Maurice Kakou Guikahué était la cheville ouvrière du front du refus. De même, en 2020, il faisait partie de ceux qui ont porté la candidature d'Henri Konan Bédié à la présidence de la République.

D'ailleurs dans la perspective de cette élection du 31 octobre 2020, Maurice Kakou Guikahué avait été désigné directeur de campagne du candidat du PDCI, Henri Konan Bédié. A l'époque, le député de Gagnoa sous-préfecture jouissait de la confiance totale de son patron. Ce qui n'est plus le cas désormais, même si Bédié essaie de sauver les apparences. Guikahué n'est plus l'homme qui chuchote à son oreille. Cette tâche est dorénavant dévolue à d'autres personnes.

Le haut-parleur ne va plus amplifier la voix de Bédié. Pourtant, il y a un an, il faisait de la prison pour Bédié. Arrêté à la suite de la tentative de sédition de l'opposition conduite par Bédié, il est mis aux arrêts puis conduit à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA). Après avoir donc pris des coups pour son patron, l'ancien ministre de la Santé publique est aujourd'hui payé en monnaie de singe.

Avant lui, feu Laurent Dona Fologo et Alphonse Djédjé Mady, ses prédécesseurs à ce poste, avaient subi le même sort. C'est aussi cela, le PDCI avec Henri Konan Bédié.

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