Burkina Faso: Réformes annoncées par le président du Faso - Roch osera-t-il ?

La manifestation s’est poursuivie toute la journée dans des rues barricadées.
28 Novembre 2021
analyse

La marche du 27 novembre dernier, présentée comme celle de tous les dangers, n'a finalement pas enregistré les débordements que tout le monde craignait, peut-être en raison de la faible affluence constatée dans les plus grandes villes du pays, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso en l'occurrence.

Seulement quelques centaines de manifestants ont bruyamment arpenté les rues du centre-ville de la capitale, (chose étonnante) sans la présence de certains des principaux organisateurs, et avec des objectifs différents, avant d'être dispersées par les forces de l'ordre qui avaient visiblement reçu pour instructions d'empêcher tout regroupement, notamment sur la mythique place de la Nation et autour de la mairie centrale.

Au total, on peut dire que malgré la vive tension et les courses-poursuites entre manifestants et forces anti-émeutes ayant occasionné quelques blessés, il y a eu plus de peur que de mal, d'autant que le bilan matériel et humain à la fin de la manif ne fait état ni de mort ni de dégradation considérable de biens publics ou privés.

Cela dit, il n'y a pas de quoi se frotter les mains encore moins pavoiser du côté du régime, car, si la mobilisation a été globalement timide, les problèmes posés par certains marcheurs sont réels et partagés par la quasi-totalité du peuple, notamment en ce qui concerne la sécurité des biens et des personnes, la gouvernance économique ainsi que l'intégrité territoriale, dramatiquement mise à mal depuis que les terroristes ont installé leurs pénates dans notre pays.

Les populations ne lui pardonneront pas son humanisme de mauvais aloi

Le plus inquiétant, pour ne pas dire le plus révoltant, c'est moins la présence de ces terroristes sur notre territoire que notre incapacité à les en déloger, malgré les centaines de milliards de F CFA mis à la disposition des ministères de la Défense et de la Sécurité.

La faute à une gouvernance néo- patrimoniale de notre pays, caractérisée par le délitement généralisé de nos administrations civile et militaire dont certains agents ploutocrates et clientélistes, de manière indécente et immorale, s'adonnent au détournement des recettes publiques pour garnir leurs comptes offshore, alors que ceux qui défendent le pays au péril de leurs vies manquent parfois du minimum vital sur les théâtres de guerre.

Dans son adresse à la Nation, le 25 novembre dernier, le président du Faso a promis de prendre désormais le taureau de la mal gouvernance par les cornes, en annonçant des mesures fortes, non seulement pour assainir la gestion des finances publiques à travers des sanctions impitoyables contre les agents convaincus de corruption et de prévarication, mais également pour mettre l'homme qu'il faut à la place qu'il faut aussi bien dans l'administration publique que dans la chaîne de commandement militaire.

Reste à savoir si ces mots suffiront à panser les maux dont souffrent nos compatriotes dans certaines zones dites rouges où, il faut bien l'admettre, nous sommes en train de perdre la bataille des cœurs et des esprits au profit des terroristes, en raison de l'absence de l'Etat et surtout des opérations-séductions des nouveaux maitres des lieux.

On aurait bien aimé ne pas mettre en doute les engagements solennellement pris par le chef de l'Etat, mais comment ne pas être sceptique ou dubitatif quand on sait que chez le très débonnaire Roch Marc Christian Kaboré, des promesses du genre ont rarement été suivies d'effet ?

Cette fois-ci, les populations qui ont les nerfs à fleur de peau, ne lui pardonneront pas son humanisme de mauvais aloi qui pourrait lui faire prendre des mesures cosmétiques juste pour désamorcer la bombe sociale, avant que celle-ci n'éclabousse certains délinquants à col blanc qui gravitent autour de lui et qui parasitent son bilan à la tête du Burkina.

On peut espérer que les lignes vont bouger

C'est bien de compter sur la Providence ou sur le fatalisme et la résilience de nos compatriotes pour terminer son deuxième et dernier mandat, mais c'est encore mieux de rétablir au plus vite la confiance entre gouvernants et gouvernés, à travers une lutte implacable contre la corruption, le laxisme, la mauvaise gestion des ressources humaines et financières, le maintien des institutions ou des postes inutilement budgétivores et l'injustice sous toutes ses formes.

Reste à savoir s'il va oser franchir le Rubicon en joignant l'acte à la parole et en secouant vigoureusement le cocotier afin de donner aux Burkinabè, des raisons d'espérer et l'envie de se battre collectivement pour reconquérir les territoires perdus et ramener la paix dans notre pays.

La Constitution lui en a donné, en tout cas, tous les moyens et c'est à lui d'user de ses prérogatives pour instaurer une gestion orthodoxe de nos maigres ressources, surtout quand on sait que la fin de cette guerre asymétrique au coût particulièrement prohibitif, est quasiment impossible à prédire.

La solution à cette crise protéiforme peut être trouvée à terme malgré la modicité de nos moyens, pour peu que les dirigeants fassent le bon diagnostic et appliquent le bon traitement. Tout porte à croire que nous en avons, cette fois-ci, pris le bon chemin, avec l'abandon de la fausse piste d'un Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) revanchard évoquée dans "l'encyclopédie des mensonges" du régime actuel dès les premières attaques contre le pays, et avec les secousses dans toutes nos administrations, que l'onde de choc du massacre d'Inata va provoquer dans les prochains jours, si l'on en croit les propos du président du Faso.

Maintenant que Roch Marc Christian Kaboré, sous la pression populaire et dos au mur, a enfin décidé de sortir le périscope pour suivre de près les opérations militaires qui seront désormais dirigées sur le terrain par des officiers d'active, on peut espérer que les lignes vont bouger et que ce sera bientôt la fin des haricots pour les terroristes qui ne voudront pas négocier leur reddition.

Avec les autres, les moins extrémistes en l'occurrence, qui ont rejoint l'insurrection djihadiste par un concours de circonstances lié notamment aux conflits locaux pour le pouvoir, à la distribution inéquitable des ressources et aux effets collatéraux des opérations militaires, des contacts pourraient être noués pour, dans un premier temps, les " dé-radicaliser ", puis, dans un second temps, leur donner la chance de revenir tranquillement au bercail, en faisant table rase de leur passé sulfureux.

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