Cameroun: Ecrans Noirs 2021 - Demandez le bilan !

L'édition 2021 des Ecrans Noirs a une saveur particulière. Le festival atteignait ses 25 ans d'existence, et en a profité pour regarder sans boule au ventre ses accomplissements en un quart de siècle.

De nombreuses lignes ont bougé pour la grand-messe du cinéma africain portée par Bassek Ba Kobhio et son équipe. Face aux nouvelles politiques emmenées par le numérique, aux réajustements forcés par la disparition progressive des salles de cinéma dans le pays, ou encore à l'adoption des séries et webséries constituant un pan d'attraction du public, les Ecrans Noirs ont continué de s'abreuver à la fontaine de jouvence.

Pour parfaire sa copie, le délégué général et président de l'association éponyme est conscient que le travail doit demeurer acharné, et qu'il faudra prendre des risques toujours tournés vers l'audace. Il parle de ces 25 dernières années avec CT, des leçons à tirer de cette édition 2021, mais surtout, il oriente ses pensées vers l'avenir d'un festival en perpétuelle quête d'innovation.

Vous venez de célébrer 25 ans d'existence des Ecrans Noirs. Que retenir de cette édition à la saveur particulière, notamment en termes de présence du public, d'innovation et d'affluence en salles ?

Je retiens de cette édition la poursuite de la reprise de bonnes voire excellentes fréquentations de nos salles, commencée l'année passée. J'en suis extrêmement heureux, parce que ce festival, nous l'organisons pour ce public, et d'abord le public jeune. Et parlant de public jeune, je voudrais ici féliciter ma collaboratrice Madame Brigitte Ate, ma plus ancienne collaboratrice d'ailleurs qui en est à sa 22e année à Écrans Noirs, qui a décidé de prendre à bras le corps notre programme Kids Corner destiné à la tranche des 5 à 13 ans, et qui cette année a en plus organisé des séances spéciales pour enfants handicapés, avec des films adaptés aux différentes formes du handicap, qu'il soit visuel, auditif ou de retard mental.

Ma dernière satisfaction sur le plan de la fréquentation du public, c'est aussi que nous ayons réintégrer tous les espaces où vit le cinéma à Yaoundé, et en l'occurrence Canal Olympia et l'IFC où le Conseiller culturel Yann Lorvo, homme d'une extraordinaire ouverture pas commune chez les diplomates, fait un travail remarquable de mise en valeur des cultures diverses.

Le colloque cette année a abordé les questions d'évolution du 7e art local en 25 ans. Quel impact pensez-vous que les Ecrans Noirs ont eu en un quart de siècle sur l'évolution du cinéma au Cameroun en particulier et en Afrique en général ?

Ce n'est pas à nous de dire ce qu'il en est, c'est aux cinéastes, aux critiques et aux journalistes d'évaluer l'impact des Écrans Noirs sur le cinéma camerounais ces 25 dernières années, parce que vous pourriez nous taxer de nombrilistes ou de pédants. Mais je vous réponds simplement que sans les Écrans Noirs on ne parlerait simplement plus de cinéma dans ce pays.

Nous avons donné espoir, nous avons sensibilisé, nous avons fait rêver en invitant des cinéastes africains de renom qui ont parlé aux jeunes, suscitant des vocations, et surtout nous avons formé, car il ne suffit pas de vouloir faire, il faut pouvoir faire, et sur ce plan la formation est essentielle. Dans ce pays, sur 100 jeunes qui font du cinéma, au moins 70 sont passés entre nos mains. Le cinéma camerounais d'expression anglaise ne nous est pas autant redevable, mais là aussi nous revendiquons d'avoir mis ce cinéma sur un piédestal pour que la lumière l'inonde, afin que tout le Cameroun et l'Afrique soient conscients de son existence, et surtout de sa force montante.

Au début des Ecrans Noirs en 1997, les salles de cinéma étaient encore courantes au Cameroun. 25 ans plus tard, elles le sont moins. Quelle incidence leur absence a-t-elle eue sur la visibilité de votre festival ?

L'absence de salles de cinéma a eu une forte incidence sur notre festival et même sur le cinéma africain en général. Nous nous sommes vite rendu compte que si l'absence de salles ne favorisait pas la vie heureuse du cinéma, l'absence de films et surtout des opportunités de les faire voir renverrait aux calendes grecques l'idée même d'un retour des salles. Alors il fallait continuer de produire et montrer ce qui se produisait. Et puis, alors qu'on n'y songeait pas il y a 25 ans, il y a 15 ans même, le numérique a tout révolutionné et il s'est avéré que la salle est désormais loin d'être le seul lieu d'exposition des films. L'incidence s'en est terriblement amoindrie.

Ce chiffre symbolique des 25 ans vous inspire-t-il de nouvelles aspirations ou une nouvelle vision pour les prochaines éditions des Ecrans Noirs ?

25, pour 25 ans, c'est même dans le cas d'un jeune homme, l'âge arrivé de la maturité, le moment où on entre dans une nouvelle génération. Le temps est venu pour une nouvelle génération de prendre les rênes de l'affaire Écrans Noirs, mais un père ne peut se dessaisir d'une coupe que pour la placer en des mains aguerries et fortes. J'ai heureusement quelques pistes qui s'offrent.

Mais surtout un alliage circonstanciel des pouvoirs publics, des amis des Écrans Noirs. Et ils sont nombreux que nous voulons transformer en assemblée générale, additionnés à l'avis de ceux-là à qui le destin de la naissance commande de veiller au respect de ma mémoire, devrait suffire à régler les choses. J'ai compris votre question, vous comprenez sans doute ma réponse.

Comment élargir le rayonnement des Ecrans Noirs sur le continent ?

En trouvant plus de financements, en leur donnant des moyens directs et indirects d'un plus grand épanouissement. Et ici chacun a un rôle à jouer, y compris et d'abord peut-être les médias que je voudrais ici chaleureusement remercier pour leur soutien jamais démenti. Je voudrais leur dire que nous sommes conscients de leur être beaucoup redevables au bout de ce quart de siècle.

Et dans cette galerie de médias, votre journal Cameroon Tribune, occupe une place de choix dans le peloton de ces médias-là à qui nous ne dirons jamais assez merci ! Même si nous en attendons encore et toujours plus, ce qui est humain, et parce que aussi il est dirigé aujourd'hui par quelqu'un qui vient de la culture, qui a pu en cela connaître quelques instants de satisfaction et asseoir sa notoriété en interviewant tel ou tel célèbre africain venu ici pour et par Écrans Noirs.

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