Gambie: Présidentielle - Maintenir coûte que coûte le cap de la transparence

Panneau d’affichage de la Commission électorale gambienne dans les rues de Banjul, le 1er décembre 2021.
2 Décembre 2021
analyse

Demain, 4 décembre 2021, les Gambiens sont convoqués aux urnes pour élire leur président. C'est le premier scrutin présidentiel de l'ère post Yahya Jammeh, qui verra s'affronter six candidats dont le président sortant, Adama Barrow.

A la surprise générale, ce dernier avait battu, en 2016, l'ex-dictateur gambien aujourd'hui en exil, qui avait mis du temps à réaliser ce qui lui arrivait. Une victoire à la Pyrrhus que l'on pourrait attribuer à la transparence d'un scrutin aussi atypique qu'il pouvait paraître archaïque, qui avait vu les Gambiens expérimenter la méthode du vote par billes en lieu et place des traditionnels bulletins de vote en papier à déposer dans une urne classique.

Ce processus d'insertion d'une bille dans un bidon à l'effigie de son candidat et à l'abri des regards, en plus de l'avantage de la faiblesse du coût, avait brillé par sa simplicité et son efficacité dans un pays où l'analphabétisme culmine à des niveaux très élevés.

Le vote de l'électeur qui déclenche une sonnette, permettant aux scrutateurs de s'assurer que ce dernier n'a voté qu'une seule fois. Cela avait abouti à la première alternance démocratique à la tête du pays et permis à Yahya Jammeh, fort de ses 22 ans de pouvoir, de comprendre sur le tard qu'il ne jouissait pas d'une popularité à toute épreuve.

Adama Barrow bénéficie certes de la prime au sortant, mais tout porte à croire que rien n'est déjà acquis pour lui

C'est dire si l'enjeu du scrutin de demain, est de maintenir coûte que coûte le cap de la transparence qui apparaît comme l'un des acquis majeurs de la jeune démocratie gambienne. C'est le lieu d'interpeller la commission électorale sur sa responsabilité devant l'Histoire.

En effet, après que les candidats ont joué leur partition par une campagne apaisée, cette commission doit mettre un point d'honneur à faire jouer l'équité et la transparence dans le rôle de neutralité qu'elle est censée jouer dans un scrutin qui s'annonce aussi ouvert qu'indécis.

En effet, Adama Barrow bénéficie certes de la prime au sortant, mais tout porte à croire que rien n'est déjà acquis pour lui devant ses concurrents dont l'opposant de longue date, Ousainou Darboe, s'annonce comme le plus sérieux.

En effet, avec un bilan mitigé, le chef de l'Etat sortant a pu décevoir bien de ses partisans parmi ceux qui l'avaient porté au pouvoir en 2016. Sa promesse de ne rester au pouvoir que trois ans durant, après avoir procédé à des réformes de fond, n'a pas été tenue. Et des manifestants s'étaient fait fort de le lui rappeler en réclamant son départ du pouvoir à la date du troisième anniversaire de sa prise de fonction.

Cette promesse n'a donc pas été tenue, pas plus que son projet de limitation des mandats à travers l'adoption d'une nouvelle Constitution, n'a prospéré. Pour couronner le tout, l'alliance passée avec le parti de l'ex-dictateur Yahya Jammeh, a provoqué un choc chez une partie de l'opinion publique gambienne.

C'est dire si ce pacte avec l'ex-parti au pouvoir est resté quelque part en travers de la gorge de bien de ses compatriotes qui semblent avoir perdu leurs illusions quant à la rupture et au changement attendus.

Mais cela suffira-t-il à ouvrir un boulevard à son principal challenger, Ousainou Darboe, plusieurs fois candidat mais longtemps bloqué par Yahya Jammeh dans la course à l'échalote ?

On peut s'attendre à un scrutin apaisé

On attend de voir. Tout comme l'on attend de voir ce que pèseront les autres candidats que sont Halifa Sallah, ancien chef de l'opposition, de 2002 à 2007, et secrétaire général de l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (PDOIS), Abdoulie Ebrima Jammeh, ancien Directeur général de l'aviation civile gambienne, qui porte la candidature du Parti de l'union nationale (NUP), Essa Faal, ancien procureur qui se présente en candidat indépendant et Mammah Kandeh, candidat du Congrès démocratique de la Gambie (GDC) arrivé troisième à la présidentielle de 2016 derrière Adama Barrow et Yahya Jammeh, et qui a les faveurs de l'exilé de Banjul en Guinée équatoriale.

En attendant, il y a lieu de saluer la campagne électorale qui s'est refermée sans anicroche. Cela est d'autant plus important à souligner que dans bien des cas, c'est la campagne électorale qui annonce le ton du vote. Surtout sous nos tropiques où pour un rien, les élections virent souvent à la foire d'empoigne avec tout ce que cela comprend comme menaces sur la sérénité et la crédibilité du scrutin.

C'est dire si dans le cas d'espèce d'une campagne apaisée, l'on peut s'attendre à un scrutin tout aussi apaisé. C'est tout le mal que l'on souhaite à la Gambie sur laquelle souffle, quoi qu'on dise, un certain vent de liberté depuis le départ du pouvoir de Yahya Jammeh dans les conditions que l'on sait. Toute chose qui fait dire à certains observateurs que ce scrutin est un véritable test pour la transition démocratique dans ce pays.

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