Kenya: Fermeture des camps de Dadaab - Des centaines de milliers de vies en suspens

communiqué de presse

Depuis la déclaration commune, en avril 2021, du gouvernement kényan et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les camps de Dadaab se préparent à fermer d'ici le 30 juin 2022. Plus de 230 000 réfugiés somaliens sont installés sur ce site, parfois depuis 30 ans. Aucune solution durable ne se profile pour eux : ils ne peuvent ni circuler, ni travailler librement au Kenya, ni retourner sereinement dans leur pays, toujours soumis à des conflits et des violences intenses. Retour sur l'histoire de ces camps qui furent, au plus fort de la crise, parmi les plus peuplés au monde, accueillant jusqu'à un demi-million de personnes.

Les premières années

De 1991 à 1993, quelque 300 000 Somaliens fuient leur pays en traversant la frontière vers le nord-est du Kenya. La plupart d'entre eux parcourent des kilomètres à pied dans le désert et s'établissent près de Dadaab.

En août 1992, les équipes de MSF arrivent à Dadaab pour fournir des soins de santé de base ainsi que pour prévenir et traiter la malnutrition. Les logisticiens de MSF s'appliquent à construire des réservoirs et des points de distribution d'eau. Plus de 80 % des réfugiés sont des femmes et des enfants. Beaucoup ont été la cible de violences, y compris de viols et de vols, lorsqu'ils ont fui la Somalie en proie à la guerre.

De nombreux enfants, ainsi que leurs parents épuisés, souffrent de malnutrition aiguë sévère. MSF ouvre un centre de nutrition thérapeutique et huit postes de santé à Dadaab.

En 1999, les équipes présentes à Dadaab ajoutent à leurs activités médicales un programme de prise en charge de la tuberculose pour lutter contre la propagation de la maladie dans les camps. Les patients atteints de tuberculose peuvent être soignés dans l'hôpital MSF du camp de Hagadera.

Des arrivées massives

Entre 2006 et 2011, les violences s'intensifient en Somalie et la population, en quête de sécurité, continue de fuir vers le Kenya. En septembre 2009, les camps atteignent le triple de leur capacité. Les abris, l'eau potable et les installations sanitaires manquent. En 2009, les enquêtes de santé et de nutrition menées par MSF au mois d'avril dans le camp de Dagahaley révèlent des taux élevés de malnutrition aiguë parmi les réfugiés, alors qu'ils font déjà face à une diminution des rations alimentaires.

En 2011, la Corne de l'Afrique subit une terrible sécheresse. Chaque jour, des centaines de réfugiés somaliens arrivent à Dadaab, où l'accès aux biens essentiels tels que la nourriture, l'eau, un abri et des installations sanitaires est restreint.

MSF ouvre de nouveaux centres de nutrition thérapeutique afin de prendre en charge un afflux de patients qui arrivent dans un état de malnutrition grave. De nouveaux camps sont construits pour accueillir les réfugiés. La population de Dadaab atteint plus d'un demi-million de personnes, ce qui en fait alors le plus grand camp de réfugiés dans le monde.

Deux logisticiens MSF sont enlevés en octobre 2011 et l'association décide de retirer l'ensemble de son personnel international de Dadaab. En août 2013, en l'absence de garanties suffisantes en matière de sécurité, MSF prend la difficile décision de quitter la Somalie, après 22 ans d'activité.

Fermeture annoncée

Le 10 novembre 2013, les gouvernements kényan et somalien ainsi que le HCR signent un accord tripartite concernant le rapatriement volontaire des citoyens somaliens. Une partie de la population du camp choisit cette option.

Le 6 mai 2016, le gouvernement kényan annonce qu'il souhaite fermer le camp de Dadaab, invoquant des raisons de sécurité. MSF exprime son opposition à l'annonce et invite les décideurs à envisager d'autres solutions pour les réfugiés, telles que leur intégration dans la société kényane ou leur réinstallation dans des camps plus petits. Au mois d'août, une enquête menée par MSF dans le camp de Dagahaley révèle que 86 % des réfugiés ne souhaitent pas retourner en Somalie. En 2017, la Haute Cour du Kenya bloque la fermeture de Dadaab.

En 2019, le gouvernement kényan ordonne la fermeture de Dadaab, invoquant à nouveau des raisons de sécurité, mais aucune mesure n'est prise pour fermer les camps.

Quelles solutions ?

En 2020, les restrictions liées à la Covid-19 aggravent le sentiment de désespoir chez les réfugiés, ce qui se traduit par plusieurs tentatives de suicide. Les femmes des camps font état d'une recrudescence des violences sexuelles. Au cours de l'année 2020, les équipes donnent 162 653 consultations et admettent 9 137 patients à l'hôpital de Dagahaley. Plus de 3 000 enfants naissent à la maternité.

Au mois d'avril 2021, le gouvernement kényan et le HCR publient une déclaration conjointe dans laquelle ils annoncent officiellement la fermeture des camps de réfugiés de Dadaab et de Kakuma pour le 30 juin 2022. Dans la feuille de route du HCR pour la fermeture des camps, la réinstallation n'est envisagée que pour un faible nombre de réfugiés exposés à des risques. Un plan final est attendu d'ici à la fin de l'année, laissant aux personnes présentes dans les camps peu de temps pour se préparer pour la suite. Les réfugiés interrogés par MSF déclarent que pour l'instant, seules deux options réalistes se présentent à eux : rester au Kenya ou s'établir dans un autre pays.

Les camps de Dadaab comptent aujourd'hui près de 230 000 réfugiés, parmi lesquels plus de 96 % sont Somaliens. Plus de la moitié ont moins de 18 ans et n'ont jamais vécu en Somalie. MSF est actuellement le seul prestataire de soins médicaux dans le camp de Dagahaley, avec un hôpital de 100 lits et deux postes de santé. L'association s'inquiète du fait que les patients souffrant de maladies chroniques, telles que le diabète ou le VIH, puissent ne pas recevoir le traitement vital dont ils ont besoin s'ils étaient renvoyés en Somalie.

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