Afrique: Départ du pouvoir de la chancelière allemande - Quand Angela Merkel ôte un argument aux dictateurs africains

9 Décembre 2021
analyse

Seize ans ! C'est le temps passé par la chancelière Angela Merkel, à la tête du gouvernement allemand où elle totalise quatre mandats successifs. Mais elle a fini par passer la main. C'était le 8 décembre 2021, à la faveur de l'élection, par le Bundestag, le parlement allemand, de son successeur, Olaf Scholz. De quoi ôter un argument aux dictateurs africains dont certains ne se gênaient guère d'évoquer son exemple pour justifier leur propre longévité au pouvoir.

En tout cas, c'est une passation de témoin qui est la preuve qu'en Allemagne, les choses ne sont pas statiques au sommet de l'Etat ; tant elle jure avec la confiscation du pouvoir par tous ces satrapes du continent noir qui s'y sont fossilisés. C'est dire si à côté des 38 ans de règne d'un Denis Sassou Nguesso, 39 ans de son homologue camerounais, Paul Biya, les 16 ans d'Angela Merkel paraissent de loin une broutille. Et que dire des 42 ans de l'Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema qui détient, hors monarchie, le triste record mondial de longévité d'un chef d'Etat encore vivant à la tête d'un pays ?

C'est un mauvais procès que les dictateurs africains font à la chancelière allemande

De quoi avoir honte pour tous ces fossoyeurs de la démocratie sous nos tropiques, qui croyaient avoir trouvé dans le cas Merkel qui n'est pourtant pas une exception dans son pays, Helmut Kohl ayant fait mieux, un argument massue pour se donner bonne conscience à la tête de leurs Etats respectifs.

Oubliant que pour briller aussi longtemps à son poste, Angela Merkel n'a pas eu besoin de recourir à des méthodes mafieuses de corruption électorale ou autres micmacs constitutionnels pour se tailler une légitimité aux yeux du peuple allemand. Ce qui est loin d'être le cas de bien des satrapes du continent qui n'hésitent pas à enjamber des cadavres de leurs compatriotes pour se maintenir indûment au pouvoir. Et puis, quoi qu'on dise, toute chancelière qu'elle est avec les pleins pouvoirs, Angela Merkel n'est pas le président allemand même si la fonction de ce dernier est réduite à un rôle honorifique. C'est dire si, quelque part, c'est un mauvais procès que les dictateurs africains font à la chancelière allemande.

Malgré tout, il faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître à la native de Hambourg, sa rigueur à la limite du rigorisme, dans sa gestion à la tête du gouvernement allemand. Ce n'est pas pour rien que l'Allemagne est aujourd'hui la première économie de l'Europe en plus d'être la quatrième puissance économique mondiale depuis quatorze ans. Pendant ce temps, nos Etats, tenus de main de dictateurs par de séniles sauriens de la faune politique africaine mus par des velléités de succession dynastique après avoir thésaurisé des trésors de guerre à leur profit et au profit de leurs familles, se disputent le peloton de la pauvreté quand ils ne sont pas réduits à la mendicité déguisée en demande d'aide ou autres appels à la solidarité internationale. Et pour le grand malheur nos pays, Dieu seul sait si ces dictateurs invétérés ne sont pas encore prêts à lâcher le pouvoir, au moment où le seul rêve qui semble encore les animer, est celui d'un pouvoir à vie afin de bénéficier, à leur mort, de funérailles nationales.

Angela Merkel s'en va avec une popularité inentamée après quatre mandats

C'est dire si l'on est loin de l'image d'une Angela Merkel qui aura mis un point d'honneur à montrer qu'elle a beaucoup plus le souci de son pays que celui du sien propre, allant jusqu'à briller par la simplicité vestimentaire qu'on lui a connue. C'est dire combien cette femme qui passait pour la plus puissante du monde, est restée à la fois accessible et proche de son peuple, contrairement à certains de nos dirigeants qui se prennent pour des démiurges qui ne descendent presque jamais de leur tour d'ivoire.

Au terme de ses 16 ans de fonction, il n'est donc pas étonnant que la seule femme chancelière de son pays jusque-là, ait bénéficié d'un standing ovation de la part de ses pairs européens, mais aussi de ses compatriotes, pour une sortie de scène qui fera sans doute date. Une image qui contraste avec celle de tous ces satrapes du continent poussés à la sortie par la colère de la rue quand ils ne sont pas simplement déposés par les armes, à la faveur d'un coup d'Etat. En tout état de cause, avec ce passage de témoin, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre pour l'Allemagne qui va expérimenter, pour la première fois, un gouvernement de coalition tripartite formé par les sociaux-démocrates du SPD avec les Verts et les Libéraux.

En attendant de savoir l'orientation de la politique africaine des nouvelles autorités de Berlin, l'on peut dire qu'Angela Merkel s'en va sans avoir démérité, avec une popularité inentamée après quatre mandats. Elle qui a montré beaucoup d'empathie pour le continent africain à qui elle a montré, au fil de ses mandats, un intérêt croissant et où elle s'est rendue beaucoup plus souvent que ses prédécesseurs. Un continent qui, sans être une priorité pour l'Allemagne, n'a jamais manqué de son aide publique au développement, en plus du fait, pour la chancelière, d'intervenir de façon spécifique dans des domaines divers comme l'éducation, la santé, ou encore la sécurité avec des liens plus accrus avec les pays frappés par le terrorisme en Afrique de l'Ouest. Olaf Scholz fera-t-il mieux ? L'on attend de voir.

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