Cote d'Ivoire: Demande de réparations de l'ex-ministre de Laurent Gbagbo à la CPI - Blé Goudé sera-t-il entendu ?

Charles Blé Goudé lors de l’ouverture de l’audience de confirmation des charges le 29 septembre 2014 à la Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas)
14 Décembre 2021
analyse

Neuf mois après son acquittement définitif de crimes contre l'humanité à la Cour pénale internationale (CPI), Charles Blé Goudé était à nouveau devant le tribunal de La Haye, cette fois-ci, pour demander réparation. C'était le 13 décembre dernier.

L'ex-ministre de Laurent Gbagbo demande à la Cour, près de 820 000 euros, soit un peu plus de 537 000 000 de FCFA pour le préjudice subi, notamment pour les années passées en détention provisoire à la prison de Scheveningen jusqu'à son acquittement dans les conditions que l'on sait avec, entre autres, comme conséquence pour lui, l'impossibilité de rentrer en Côte d'Ivoire puisque ne disposant pas d'un passeport.

L'occasion faisant le larron, l'ancien leader des jeunes patriotes a demandé l'implication de la Cour de La Haye pour l'obtention de son passeport. Morceau choisi : " Depuis le 16 juillet, je suis en attente de mon passeport. Autant dire que je suis en train de perdre ma citoyenneté ivoirienne. Et le citoyen Blé Goudé est désormais devenu un apatride. Je pense que vous avez le pouvoir, vous avez l'autorité, de me ramener en Côte d'Ivoire, dans un lieu sécurisé, pour que je puisse reconstruire ma vie. Me reconstruire moi-même, reprendre mes activités. Et reprendre ma vie de famille normalement, parce que j'ai été acquitté. Le procès en Côte d'Ivoire contre moi, n'a pas été en bonne et due forme, ce n'était pas un procès normal ".

Le Bureau du procureur de la CPI a, d'ores et déjà, rejeté toute erreur judiciaire

A noter que l'ex-" général de la rue " a été condamné par contumace, en 2019, par la Justice ivoirienne, à " 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques, 200 millions de FCFA " de dommages et intérêts à verser aux victimes, en plus d'être sous le coup d'un mandat d'arrêt émis à son encontre. Il était accusé d'"actes de torture, homicides volontaires et viols " pendant les violences post-électorales de 2010-2011. C'est dire si le leader du COJEP (Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples), son parti politique, n'est pas au bout de ses déboires judiciaires, vu le risque, pour lui, d'être jeté au gnouf, s'il remet les pieds en Côte d'Ivoire.

En attendant, la question que l'on se pose est de savoir si l'ex-ministre de Laurent Gbagbo sera entendu. Doublement entendu pour, d'une part, les réparations demandées à la l'instance judiciaire internationale et, d'autre part, pour le plaidoyer pour son passeport en vue d'un éventuel retour au pays natal. Rien n'est moins sûr, en ce qui concerne cette question. Car, pour les réparations demandées, le Bureau du procureur de la CPI a, d'ores et déjà, rejeté toute erreur judiciaire, arguant de la régularité de la procédure à toutes les étapes.

N'empêche que le dernier mot revient aux juges dont on attend la décision lorsque la date du verdict sera connue. Quant à son passeport, la question paraît tout autant délicate car, relevant, a priori, de la discrétion des autorités ivoiriennes. A ce propos, l'on peut s'interroger sur les raisons de ce grand retard dans la délivrance du précieux document de voyage.

Tout porte à croire que Gbapê* qui a visiblement le mal du pays, doit encore prendre son mal en patience

D'autant que l'intéressé a, de toute apparence, fait les démarches administratives nécessaires via l'ambassade de Côte d'Ivoire auprès de La Haye depuis plusieurs mois. En outre, à ce jour, il n'y a pas de raison officielle connue, qui pourrait empêcher la délivrance dudit document. Alors, pourquoi les choses traînent-elles autant en longueur pour l'ex-leader de la FESCI ?

Alors que son ex-mentor et codétenu à La Haye, l'ex-président Laurent Gbagbo, avec qui il a été acquitté au même moment à la CPI, a, lui, pu bénéficier du précieux sésame et regagner le bercail depuis la mi-juin. Blé Goudé est-il un cas à part ou bien y a-t-il d'autres raisons qui militent en faveur de son éloignement du pays ?

Seules les autorités ivoiriennes pourraient répondre à cette question. A commencer par le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) dont la volonté politique affichée, a permis le retour de son grand rival, Laurent Gbagbo, dans les conditions que l'on sait, mais qui reste paradoxalement silencieux sur le cas Blé Goudé qu'il ose à peine évoquer.

ADO aurait-il la rancune tenace contre l'ex-lieutenant de son grand rival connu pour le rôle qu'il a joué dans la crise post- électorale qui les a opposés il y a dix ans ? Ou bien, est-ce pour toutes autres considérations extérieures au chef de l'Etat ivoirien, que l'ex-locataire de la prison de Scheveningen peine à entrer en possession de son passeport ? En attendant, tout porte à croire que Gbapê* qui a visiblement le mal du pays, doit encore prendre son mal en patience, même si l'on imagine le poids financier des conditions de vie en exil, dans un pays comme les Pays-Bas.

*Gbapê : autre surnom en bété de Blé Goudé qui signifie " enfant terrible ".

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