Gabon: Grogne face a l'entrée en vigueur du passe sanitaire - De la nécessité de trouver un compromis

15 Décembre 2021
analyse

Depuis le 15 décembre 2021, le passe sanitaire est obligatoire au Gabon. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le passe sanitaire peut prendre la forme d'une attestation nominative de vaccination contre la Covid-19 ou d'un test de dépistage négatif très récent de la maladie... Dans tous les cas, c'est un document sanitaire prouvant que la personne qui le possède, n'est pas atteinte de la Covid-19.

Un papier qui fonctionne à la manière d'un passeport et qui, ce faisant, tient lieu de sésame. Au Gabon, le passe sanitaire est dorénavant obligatoire dans les lieux publics. Un passe qui a cependant du mal... à passer et c'est le moins que l'on puisse dire ! Son entrée en vigueur au Gabon, a suscité un grand tollé dans les principales villes du pays et au-devant de la scène protestataire, se sont vivement élevées les voix de responsables syndicaux et de certaines organisations de la société civile qui ont appelé à une opération ville morte.

Au pays de Ali Bongo comme c'est le cas ailleurs en Afrique et même au-delà, les frondeurs ne se disent pas opposés au vaccin. Mais, à les entendre, l'objet de leur colère se trouve ailleurs : leur avoir refusé les principes du libre consentement et de la liberté de circulation qui doivent pourtant être, pour eux, un droit, du reste, garanti par la Constitution.

Évidemment, pour tout gouvernement responsable et soucieux du bien-être de ses populations, ce genre d'argument peut paraître court et donc irrecevable. C'est pourquoi l'Exécutif gabonais s'est montré ferme. En rendant le passe sanitaire désormais obligatoire, il franchit une étape ; il passe à la vitesse supérieure. C'est de bonne guerre, est-on tenté de dire.

L'urgence d'une prise de conscience à la fois individuelle et collective, s'impose

Car, face à l'apathie, à l'insouciance voire à la résistance d'une population toujours aux prises avec des poncifs liés à la maladie et autres infos des plus fantaisistes, il fallait à l'Exécutif, agir. Il l'a fait et il serait difficile de lui en vouloir pour cela ! Et comme le dit l'adage, " à quelque chose, malheur est bon ". Car, la veille de l'entrée en vigueur de la mesure rendant ce passe obligatoire, les agents vaccinaux n'ont pas chômé.

Eux qui se tournaient les pouces bien des semaines avant depuis le lancement de la campagne de vaccination anti-Covid, n'ont pas eu d'autre choix, ce jour-là, que de renvoyer des candidats à la vaccination, tant ils étaient débordés. Un engouement subit qui tenait sans doute moins du caractère désormais obligatoire du passe, que du souci, pour ces candidats, de ne pas... rater le dernier jour du test gratuit ! C'est quasiment inscrit dans notre ADN et cela est bien triste : nous avons la fâcheuse habitude de n'agir ou de ne réagir qu'à la dernière minute.

Bien plus grave, nous n'agissons ou ne réagissons généralement que lorsqu'on est menacé d'être frappé au portefeuille. Car, pour prendre l'exemple du Gabon, il a fallu que les gouvernants brandissent l'arme du payement obligatoire en lieu et place de la gratuité du test PCR, pour décider enfin des Gabonais à aller se faire inoculer la fameuse dose. Resté, en effet, longtemps gratuit pour tout le monde, dans ce pays, ce test coûtera désormais 20 mille ou 50 mille F CFA. Des prix jugés exorbitants ! Alors, que faire ?

Gageons qu'une solution sera trouvée non seulement pour calmer le front social qui s'est remis en ébullition, mais aussi pour une facilitation de l'accès des populations, au test PCR. A l'appel de syndicats et d'organisations de la société civile, cette opération ville morte aurait été suivie à 80%. Un message que le pouvoir gabonais aurait tort de négliger.

C'est dire s'il doit s'inscrire dans la logique du compromis. En tout état de cause, même si la vaccination anti-Covid n'est pas obligatoire au Gabon, l'urgence d'une prise de conscience à la fois individuelle et collective, s'impose. Il le faut absolument d'autant que la Covid-19 est loin d'avoir dit son dernier mot, à travers son variant Omicron qui continue sa dangereuse progression en Afrique.

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