Afrique: La liberté de la presse reste très fragile en Afrique

(Photo d'archives) - La police arrêtant le journaliste de Radio One Saif-llah Ashraf Kasirye (à gauche) dans le district de Luuka, en Ouganda, le 18 novembre.
28 Décembre 2021

L'instabilité politique et les coups d'État comme au Soudan, au Mali, en Guinée ou au Tchad, ont participé à la dégradation des conditions de travail des médias.

Dans son bilan annuel sur des exactions commises à l'encontre des journalistes, publié en décembre, l'ONG Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d'alarme sur le nombre croissant de journalistes détenus dans le monde.

Et avec plus de 100 journalistes arrêtés arbitrairement et 26 autres toujours détenus en 2021, l'Afrique ne fait pas exception, selon le rapport de RSF.

L'Afrique de l'Est est la région la plus hostile à la liberté des médias sur le continent, note Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

"Au cours de l'année en Afrique subsaharienne, 26 journalistes étaient détenus au moment de la publication de notre bilan, principalement au Cameroun, au Bénin, en Éthiopie, au Nigeria, en Ouganda, au Soudan et en Érythrée."

En Érythrée, le président Isaias Afwerki a interdit tous les médias indépendants en 2001. Le pays devance même la Corée du Nord pour occuper la dernière place mondiale du classement de la liberté de la presse, selon RSF.

50 journalistes tués en Somalie depuis 2010

Les trois pays africains qui détiennent le plus grand nombre de journalistes en prison en 2021 sont l'Érythrée, le Rwanda et l'Éthiopie.

L'Éthiopie, en particulier, a été fortement critiquée par les organisations de défense des droits de l'homme et les Nations unies pour avoir restreint la liberté de la presse pendant la guerre en cours entre les forces fédérales et les combattants du Tigré.

La Somalie reste le pays le plus dangereux pour les professionnels des médias sur le continent. Depuis 2010, plus de 50 journalistes ont été tués dans le pays.

Cette année, plus de 30 journalistes ont été arrêtés ou agressés en Somalie, selon Omar Faruk Osman, secrétaire général de l'Union nationale des journalistes somaliens :

"La Somalie a toujours été un endroit où les journalistes ont du mal à travailler en raison des menaces qui pèsent sur leur sécurité. Et quand nous parlons de sécurité, il ne s'agit pas seulement de la sécurité contre la violence, mais aussi de la sécurité juridique. Les journalistes somaliens sont confrontés à des attaques croissantes de la part des autorités, telles que des arrestations arbitraires ou des poursuites judiciaires."

Dégradation

Même dans certains pays africains où la liberté des médias est forte, celle-ci semble reculer. L'éminent journaliste ghanéen Manasseh Azure, qui dirige le projet de journalisme d'investigation The Fourth Estate, estime que l'environnement de la liberté des médias dans son pays est devenu plus "oppressif" :

"Il y a cinq ans, un journaliste n'avait pas peur de s'exprimer. L'analyste n'avait pas peur du mal. Mais les choses ne sont plus les mêmes à cause des événements récents."

En 2019, le journaliste d'investigation Ahmed Suale a été abattu en plein jour dans la capitale Accra, quelques mois seulement après qu'un membre du Parlement a appelé ses partisans à l'attaquer.

Au Togo voisin, deux journalistes arrêtés mi-décembre ont été mis en examen suite à des plaintes de deux ministres pour des propos tenus dans une émission diffusée sur Youtube. Ils sont accusés d'"outrage à l'autorité" et "propagation de propos mensongers sur les réseaux sociaux."

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