Sénégal: Monnaie locale complémentaire - Un vecteur de développement local

Scène de vie en Casamance
analyse

L'idée de la création d'une monnaie locale complémentaire, émise par le président Ousmane Sonko lors du lancement de son programme " Burok ", a fait couler beaucoup d'encres et de salives. Si débattre sur une telle question aussi innovante au Sénégal semble tout à fait légitime, alors toute argumentation doit se reposer sur une approche objective, savante permettant ainsi aux sénégalais de comprendre les vrais enjeux.

Dès lors, notre objectif n'est pas de répondre aux critiques mais plutôt essayer d'éclairer les Sénégalais. Nous pensons que la proposition du président Sonko est brillantissime à plusieurs égards. D'abord permettez-nous de conceptualiser un peu en définissant brièvement la monnaie locale complémentaire.

Qu'est-ce que la monnaie locale complémentaire ?

Une définition simple provient du site https://www.mlcquebec.org/monnaie-complementaire/ qui définit la monnaie locale complémentaire ou MLC comme " Une monnaie locale est un instrument de paiement qui ne peut être utilisé que sur un territoire restreint. Elle circule à l'initiative d'un groupe de citoyens et/ou d'entreprises réunis au sein d'un réseau et dont les règles sont définies par eux. ".

Quelle est la pertinence d'avoir une monnaie locale complémentaire ?

En effet, l'objectif premier est de permettre à des personnes se trouvant dans une zone géographique bien déterminée et partagent des valeurs communes de pouvoir échanger en utilisant une monnaie locale. Celle-ci sera seulement utilisée à l'intérieur de cet espace géographique. En guise d'exemple, prenons un espace comme le campus de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Combien de fois sommes-nous allés chez les petits commerces acheter du thé ou bien du pain thon avec nos tickets restos ? Qui peut calculer le nombre de fois qu'il s'est présenté un dimanche soir devant le boutiquier pour acheter des tickets restos pour pouvoir manger au restaurant universitaire ?

Et comme l'a si bien dit président Sonko, cette monnaie locale ne va pas du tout remplacer la monnaie fiduciaire (le francs CFA dans notre cas), au contraire elle la complète : Les échanges intra-communautaires utiliseront la monnaie locale complémentaire et le FCFA servira pour autre chose par exemple à la page 58 du programme "Burok " du président Sonko, on peut lire : "... Ainsi, les FCFA qui ne sont plus nécessaires aux échanges intra-communautaires pourront être récupérés par le Fonds Municipal pour le Développement Solidaire (FOMUDS), investis dans des actifs liquides et moins liquides (infrastructures et actifs générateurs de revenus). Les rendements obtenus permettront d'abonder le fonds en retours qui pourra mieux octroyer des crédits en monnaie complémentaire à des conditions avantageuses (sans intérêt et sans garantie) puisque ses coûts sont couverts par le placement de ses fonds en FCFA. Le Fonds permet enfin de convertir ses crédits monnaie complémentaire en FCFA au besoin au taux de change en vigueur ".

Donc on peut dire la monnaie locale va nous permettre, en tant que décideur, de pouvoir entre autres modifier le comportement d'achat afin de recréer une économie qui soit plus proche des besoins des gens, le citoyen devient alors un acteur indispensable dans l'évolution de cette monnaie.

Ensuite, la monnaie locale complémentaire permet d'améliorer les échanges au niveau local et dynamiser l'économie réelle par un soutien à l'emploi et un frein à la délocalisation. Cette monnaie locale favorise la multiplication intense des échanges dans la zone géographique. Par exemple, quand un participant dépense 1000 de la monnaie locale (1000 mlc) chez un poissonnier, il lui indique en quelque sorte de faire la même chose chez un autre participant. Si on prend l'exemple du poissonnier, lui, ne pourra pas dépenser ces 1000mlc chez une entreprise qui se trouve hors de cette zone. Il sera obligé de dépenser l'argent dans la zone géographique au près d'un autre commerçant participant et c'est comme ça qu'on favorise la relocalisation de l'économie. Cela va favoriser ainsi le fonds de roulement des entreprises locales et des commerces et de leur accroissement.

Aussi faut-il souligner que la monnaie locale permet de lutter contre la spéculation qu'on voit au niveau des monnaies fiduciaires. En d'autres termes, cette monnaie locale va mesurer en réalité la valeur réelle de l'effort que les personnes ont consenti dans l'économie de cette zone: on peut dire alors que la richesse d'une personne devient de plus en plus proportionnelle à l'effort fourni dans l'économie locale.

En résumé la monnaie locale complémentaire constitue:

Un instrument d'échange;

Une réponse aux principes de l'économie sociale et solidaire ;

Un indicateur de la valeur de quelque chose;

Un levier pour améliorer le dynamisme de l'économie locale ;

Un moyen de raffermissement du lien social avec une certaine éthique ;

Un frein à la spéculation et aux paradis fiscaux ;

Enfin, il est important de savoir que les monnaies locales peuvent être libellées en plusieurs versions : soit sous forme de coupons papiers, carte de paiement, portefeuille numérique dans une application mobile etc. Aujourd'hui de petites entreprises locales essaient de mettre en place des portefeuilles mobiles avec une monnaie numérique qui sera utilisée seulement par une communauté à travers une zone spécifique.

En égard à ces considérations ci-dessus, nous sommes convaincus, que la monnaie locale peut être une très belle aubaine pour redynamiser et renforcer l'économie locale. Cependant, force est de constater que certaines interrogations nous semblent légitimes : La monnaie locale ne favorise-t-elle pas le risque de fraude ? En partant du postulat que la monnaie locale est plus utile en temps de crise, comment peut-on l'adapter à notre politique économique pour qu'elle soit utile aussi bien en temps de crise qu'en temps normal? Voilà des questions autour desquelles le débat doit être centré et nous nous attendons à des réponses techniques.

En définitive, il est loisible de constater que le fameux " faire de la politique autrement de Pastef et de son président n'est pas slogan creux ". Le président Sonko propose et si cela gêne certains, qu'ils proposent! La critique est bien si elle apporte de la valeur ajoutée mais le nihilisme n'intéresse personne. Ce qu'il faut comprendre aujourd'hui, c'est que rien ne sera comme avant. Le monde d'aujourd'hui est caractérisée par une forte concurrence ne pouvant faire place qu'aux nations innovantes incarnées par des dirigeants compétents qui en connaissent les enjeux. Cela sous-entend que l'éducation, la formation et la recherche sont aujourd'hui devenues indispensables pour faire de la politique au Sénégal.

Le seul problème est que nous ne sommes pas habitués au Sénégal de voir des dirigeants qui sont au diapason, des dirigeants modernes et patriotiques qui essayent de développer leur pays, ou zones en s'inspirant de ce qui se fait de mieux dans le monde tout en tenant en compte les spécificités de nos zones géographiques.

Donc, le débat est ouvert et doit continuer sereinement et objectivement. Nous devons tous être dans une dynamique d'éduquer les populations et de partage de connaissances. C'est le secret des grandes nations!

Le président Sonko est un homme généreux et l'initiative qu'il veut mettre en place une fois élu doit être soutenue et bonifiée afin de montrer que nous sénégalais, sommes capables de mettre ces genres d'initiative et de les piloter pour l'intérêt de notre population.

En voici quelques pays où les monnaies locales complémentaires sont utilisées:

Le Canada (Québec) avec le Billet Local d'Échange (BLÉ) et le dollar solidaire (D$)

Afrique du Sud avec L'Ora

Autriche avec le Wörgl

Allemagne avec le Chiemegauer

France avec la Gonette

Brésil avec Las palmas

États-Unis avec les BerkShares

La Suisse avec le Wir

Souleymane Ndiaye Informaticien

Mamadou Ndaw, Spécialiste en communication

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