Afrique de l'Ouest: Sanctions contre le Mali - Goïta doit mettre un peu d'eau dans son... lembroudji (1)

Colonel Assimi Goïta

La guerre est donc déclarée entre d'un côté l'UEMOA et la CEDEAO et de l'autre le Mali.

Au lendemain du double Sommet d'Accra qui a pris de lourdes sanctions contre Bamako, les autorités de la Transition ont répondu du tac au tac en décidant à leur tour de la fermeture des frontières terrestres et aériennes, du rappel de leurs ambassadeurs accrédités dans les quatorze Etats membres de la CEDEAO, pendant que d'autres mesures de rétorsion sont sur la table.

Elles menacent, en effet, de carrément de quitter les deux organisations sous-régionales et battre monnaie.

Il faut dire qu'en réponse aux velléités du colonel Assimi Goïta et de ses soutiens proposant une prolongation de la Transition de cinq années ramenées à quatre, l'UEMOA et la CEDEAO ont sorti l'artillerie lourde contre la junte en prenant une batterie de mesures commerciales et financières.

Notamment la fermeture des frontières avec le Mali, la suspension des échanges commerciaux outre les denrées de première nécessité, les médicaments et les produits pétroliers, le gel des avoirs du pays dans la banque centrale ouest-africaine et l'interruption des aides financières.

Des décisions dont les effets immédiats sont l'isolement politique et diplomatique du pays de Modibo Kéïta et son asphyxie économique et financière programmée.

Certes, les premières et principales victimes sont les petites gens des villes et des campagnes, mais ceux qui crient aux " sanctions inhumaines, illégitimes et illégales inspirées par des puissances extra-sous-régionales (suivez mon regard) devraient s'en prendre aux " transitaires " maliens champions olympiques de la palinodie.

Voici en effet des bidasses qui sont sortis de leurs casernes le 18 août 2020 pour nettoyer les écuries d'Ibrahim Boubacar Kéïta souillées par l'insécurité endémique et la mal-gouvernance mais à qui il a fallu littéralement tordre le bras pour qu'ils consentent à remettre le pouvoir à un président et à un Premier ministre civils.

Mais c'était pour mieux le récupérer neuf mois plus tard, puisque le 24 mai 2021, Goïta va perpétrer son deuxième putsch en déposant le président Bah N'Daw et son chef de gouvernement, Moctar Ouane.

L'officier des forces spéciales, dont on ne se souvient pas qu'il ait déjà fait quelque chose de spécial dans la lutte contre le terrorisme, avait désormais les mains libres pour faire ce qu'il veut. Du moins le croyait-il.

Voilà que dix-huit mois après son premier forfait, et alors que les élections pour un retour à une vie constitutionnelle normale sont prévues en février, le locataire de Koulouba réclame cinq années supplémentaires au prétexte de vouloir poser les fondations d'une gouvernance politique et économique dans son pays. A l'instar des chefs d'Etat élus qui tripatouillent les constitutions pour des mandats indus à l'effet de terminer leurs chantiers.

Voici donc notre président de colonel qui n'a pas eu l'onction des urnes mais veut se taper un mandat complet.

A ce rythme, il ne serait pas étonnant qu'il troque son treillis contre un boubou empesé et gominé pour briguer démocratiquement la magistrature suprême.

En réalité, dans cette situation, l'UEMOA et la CEDEAO ont fait d'une pierre deux coups dans la mesure où c'est un avertissement sans frais envoyé à un autre putschiste, le Guinéen Mamadou Doumbouya, qui lui aussi traîne comme une limace pour rendre le pouvoir à un gouvernement civil.

Plutôt donc que de croire qu'il s'agit d'un acharnement international avec les dirigeants ouest-africains dans le rôle de valets locaux, celui qui est perché sur la Colline du pouvoir de Koulouba ferait œuvre patriotique en proposant un calendrier raisonnable afin d'alléger les souffrances de son peuple qui se profilent à l'horizon.

Car ce n'est ni lui ni sa chouette dévote, le Premier ministre Choguel Maïga, ni les autres pontes du régime qui vont manger de la vache enragée mais c'est bien " le grand et souverain peuple malien " qu'il prétend conduire sur une quelconque terre promise.

Bien sûr, personne n'est dupe, surtout pas les chefs d'Etat de la CEDEAO, pour exiger encore le respect du deadline du 27 février prochain.

L'urgence ici devrait être d'aplanir les sentiers qui mènent aux votes, par exemple la relecture du Code électoral, la révision du fichier électoral, la mise en place de la structure en charge de l'organisation des scrutins. Et il n'y a rien dans tout ça qui ne puisse pas être fait en douze mois. Afin de libérer le vaillant colonel pour qu'il rejoigne fissa le front où il sera plus utile à ses compatriotes que sous les dorures de Koulouba.

En bon militaire, il doit savoir que le rapport de force n'est pas en sa faveur et doit donc proposer un chronogramme de douze mois plutôt que de s'embarquer dans une voie aventureuse.

(1)Littéralement eau de citron qui désigne une limonade locale aussi bien prisée au Mali que dans le reste de la sous-région ouest-africaine

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