Algérie: Saïd Chengriha dénudé au grand jour

L'homme fort de l'Algérie ne serait en fait qu ' un vil trafiquant d'armes et un baron de la drogue notoire

C' est un véritable coup de tonnerre au sein de l'institution militaire algérienne après les accablantes révélations de Guermit Bounouira, ancien secrétaire particulier du général Ahmed Gaïd Salah mort dans des circonstances mystérieuses en décembre 2019. Celui-ci a dévoilé dans une vidéo postée lundi que le chef de l'état-major algérien, le général-major Saïd Chengriha est "un trafiquant réputé de drogue, d'armes et de carburants". Selon Guermit Bounouira, Saïd Chengriha est personnellement impliqué dans le juteux trafic de drogue, particulièrement actif à la frontière algéro-marocaine, affirmant que certains barons marocains traitaient avec des barons algériens protégés par des généraux de l'armée algérienne, dont notamment le chef d'état-major. Guermit Bounouira, la "boîte noire" de l'ancien chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, a fait une autre révélation-choc. En effet, il a accusé "Chengriha de convoyer des armes détournées et volées depuis la Libye afin qu'elles soient ensuite exposées à la télévision publique pour servir d'alibi à de fausses affaires de terrorisme qui auraient été déjouées grâce à une prétendue vigilance de l'armée algérienne", a rapporté le site d'information "Algeriepartplus".

D'après Guermit Bounouira, Said Chengriha, après avoir été nommé commandant des forces terrestres, lui aurait demandé d'intercéder auprès de Gaïd Salah pour le mettre hors de cause dans cette affaire de trafic d'armes avec la Libye et dans une autre concernant le trafic de carburants dans la région de Tamanrasset, tout en précisant que l'actuel chef d'état-major de l'armée algérienne devait répondre de ses actes devant la justice militaire, mais la mort suspecte d'Ahmed Gaïd Salah en décembre 2019 "aurait mis fin à ce processus judiciaire qui aurait pu enterrer définitivement la carrière de Chengriha", a souligné "Algeriepartplus".

Dans une vidéo fuitée mardi dernier, l'ancien secrétaire particulier du général Ahmed Gaïd Salah a accusé Said Chengriha de "pratiques régionalistes discriminatoires" en nommant des personnes originaires, comme lui, de l'Est algérien à des postes clés au sein de l'armée algérienne. Pour l'instant, les médias algériens, qui ont d'ordinaire la langue bien pendue, ont fait le black-out sur les révélations-chocs visant la tête de l'institution militaire et l'homme fort du régime algérien, alors que les réseaux sociaux se sont enflammés après la diffusion de ces vidéos qui ont été largement commentées et relayées par des opposants au régime politico-militaire algérien. "Les accusations de Guermit Bounouira ont fait l'effet d'un séisme en Algérie", a souligné Algérie Part. Et d'ajouter :

"Pour la première fois depuis l'indépendance du pays, le secrétaire particulier d'un défunt chef d'état-major de l'armée algérienne, s'en prend violemment et directement à un autre puissant décideur de l'institution militaire, en l'occurrence celui qui préside en ce moment aux destinées de l'état-major de l'ANP, avec le son et l'image... depuis sa cellule de la prison militaire de Blida ! Cet évènement rocambolesque révèle que des tensions très alarmantes minent l'intérieur de l'armée algérienne". Pour sa part, l'opposant algérien réfugié en France Hicham Abboud a souligné dans une vidéo postée mardi que l'enquête ne devrait pas porter sur les personnes qui ont fuité les enregistrements vidéo de Guermit Bounouira sur les réseaux sociaux et Internet ou sur les personnes complices de celui-ci au sein de l'institution militaire, mais plutôt sur les accusations graves qui portent atteinte à l'image de l'armée algérienne.

Certains analystes estiment que les enregistrements fuités reflètent le malaise de hauts gradés et d'anciens hauts responsables militaires aujourd'hui à la retraite du césarisme du général-major Saïd Chengriha et de son intervention dans les affaires politiques et diplomatiques du pays. "Les sources de Maghreb-intelligence affirment que les généraux algériens, aujourd'hui influents, ne sont plus d'accord avec les postures prises par le chef d'état-major", a fait savoir Maghreb-intelligence dans un article publié ce mardi. Et de préciser : "L'interventionnisme flagrant de Saïd Chengriha dans les affaires politiques et diplomatiques nuit énormément à l'image de l'Algérie.

Son bellicisme brutal contre le Maroc est également pointé du doigt. 'Jamais le pouvoir algérien n'a été aussi loin envers son voisin de l'Ouest. Chengriha ne laisse aucune voie à la réconciliation, ce qui inquiète les autres hauts gradés et le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra', assure à Maghreb-intelligence un diplomate français, longtemps en poste à Alger". Pour rappel, Saïd Chengriha n'est pas uniquement impliqué dans les affaires de trafic de drogue et d'armes (selon les révélations de Guermit Bounouira), mais il est aussi un tueur sanguinaire comme le décrit Habib Souaidia, ancien officier dans l'armée algérienne, dans son fameux livre "La sale guerre" (qui traite des crimes commis durant la décennie noire en Algérie). Habib Souaidia a assisté en 1994 à un crime abominable quand Saïd Chengriha, actuel chef d'état-major de l'armée algérienne, a tué un homme civil désarmé d'une balle dans la tête.

Pis encore, son fils Chafik est lui aussi impliqué dans un scandale horrible révélé en décembre 2021 et qui a provoqué un choc en Algérie. De ce fait, de nombreuses associations de défense des droits de l'Homme avaient demandé au gouvernement algérien, notamment au ministre de la Justice et au ministre de l'Intérieur, "d'intervenir en urgence pour ouvrir une enquête sur le rapport confidentiel et interdit de l'Organe national de protection et de promotion de l'enfance (ONPPE) sur la vente de 30.000 nourrissons algériens à des familles françaises par une mafia dirigée par Chafik Chengriha". Toutefois, aucune enquête judiciaire n'a été diligentée sur le fils du chef d'état-major de l'armée algérienne.

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