Bénin: Opposants en prison - Les pressions sans effet sur Patrice Talon

" J'ai eu l'occasion de faire pression fermement auprès des autorités béninoises " : la déclaration ce mercredi 12 janvier du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian à l'Assemblée nationale à Paris a visiblement résonné jusqu'à Porto-Novo. La France ne tolère donc pas la détention et la condamnation de Reckya Madougou, ni sans doute, celle de Joël Aïvo. L'opposante béninoise et ancienne garde des Sceaux a écopé en décembre de vingt ans de prison pour terrorisme devant un tribunal spécial à Porto-Novo, la capitale du Bénin Mais, malgré de nombreuses pressions, le chef de l'État, Patrice Talon, résiste.

Les proches de Reckya Madougou l'affirment : ils ont eu vent d'échanges entre Patrice Talon et des poids lourds de la sous-région, les chefs d'État du Sénégal et la Côte d'Ivoire bien avant le procès. Ils affirment même qu'une solution pour la libérer avant le passage devant la Criet devait être trouvée.

Au final, il n'en a rien été. Reckya Madougou et, avant elle, Joêl Aïvo ont écopé de lourdes peines.

Les plus virulents, les États-Unis ont accusé le pouvoir politique d'ingérence vis-à-vis de la justice béninoise et décidé de stopper aussi des projets de coopération économique. Ce n'est visiblement pas le cas de la France.

Dans sa déclaration, Jean-Yves Le Drian, sollicité d'ailleurs par un député de sa propre majorité, a rappelé que l'État a fait pression sur Patrice Talon en novembre dernier, lors du passage du président du Bénin à Paris. Pas certain que cette déclaration officielle fasse trembler Patrice Talon. Le ministre français des Affaires étrangères a d'ailleurs ajouté : " À force d'en parler, parfois on a des résultats ". Les avocats de Reckya Madougou et de Joël Aïvo en sont eux persuadés. Incarcérés, leurs clients ne font que renforcer leurs statures d'opposants politiques.

Les pressions françaises sont très très discrètes (...) Laporte de sortie la plus indiquée, ce sera peut-être prendre des mesures de grâce. Le président n'est pas obligé d'attendre le 1er août et la commémoration de la Fête de l'Indépendance pour prendre cette mesure-là. Il va fêter bientôt sa première année de réélection, il pourrait profiter de cet instant pour créer un peu plus de cohésion nationale. Vous avez noté comme moi que, depuis le mois de décembre, il y a une multiplication des attaques terroristes dans le Septentrion. Donc, le Bénin a impérativement besoin d'une cohésion nationale pour pouvoir faire front...

Pressions sur Patrice Talon: Francis Kpatindé, journaliste et enseignant à Sciences-Po Paris

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X