Afrique de l'Ouest: Le Mali, la CEDEAO et nous

14 Janvier 2022

Je me suis résolu à proposer cette tribune après avoir essuyé des insultes et toutes sortes de jugements de valeurs et de caractérisations via les réseaux sociaux, juste parce que mon opinion ne rencontrait pas celle ultra majoritaire, il faut le reconnaître.

En effet, mon éducation de base (j'en profite pour rendre un hommage posthume appuyé à mes parents disparus depuis plus de 30 ans maintenant : puissent leurs âmes reposer éternellement en paix) m'interdit de répondre au coup de pied de l'âne et mon cursus universitaire, doublé de ma trajectoire, me permet de ne pas hurler avec les loups de la meute.

De quoi s'agit-il en résumé ? En août 2020, le Président élu Ibrahim B. Keïta est déposé par des militaires après une longue série de manifestations du vaillant peuple malien sous la houlette de l'éminent Imam Dianko. Celui-ci a eu l'intelligence de se retirer pour retourner à son imâmat, à la guidance et à l'instruction de ses disciples.

En son temps, j'ai magnifié l'intervention des militaires qui ont évité un bain de sang au peuple malien. Ils n'ont pas eu le comportement idoine, à savoir retourner dans leurs casernes. C'est cela que je condamne haut et fort ! Des militaires n'ont pas à profiter du fait qu'ils détiennent des armes à eux confiées par le peuple pour s'imposer à celui-ci. La réplique que j'entends le plus est que c'est la volonté du peuple. Quel peuple diantre ! Je me dis qu'il est vrai que quand on se noie en pleine mer, on peut même être tenté de chevaucher un requin.

Au début de la crise, la CEDEAO, il est vrai, a fait dans le copinage en exigeant le retour du PR IBK pourtant clairement vomi par la population. Cela a conforté la junte, a braqué les Maliens et a discrédité la CEDEAO complètement.

Le vrai coup d'Etat intervient en mai 2021 avec l'avènement du Colonel Goïta, jusque-là vice-président du CNSP, avec les arrestations et autres.

Il est constant que les sanctions de la CEDEAO sont extrêmement dures, notamment contre les pauvres populations maliennes mais la junte doit faire preuve de flexibilité comme cela transparaît, fort heureusement, dans le discours du Colonel Goïta après les sanctions.

Ce qui m'oppose à mes insulteurs est de deux ordres. D'une part, y a-t-il une feuille de route qui justifierait une transition dont la durée égale celle d'un mandat présidentiel ? D'autre part, est-ce parce que je condamne les putschistes que je ne soutiens pas le peuple frère malien ? La place des militaires est, encore une fois, dans une caserne. Voilà !

Ces mises au point faites, que faut-il faire ?

Déjà, après l'émotion et la passion, il faut éviter de confondre la personne morale qu'est cette importante entité d'intégration économique appelée CEDEAO et les personnes physiques qui la dirigent momentanément. En somme, ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain !

Ensuite, certains économistes, à juste raison, au demeurant, excipe des pertes considérables du Sénégal avec ces sanctions. Je dois dire, ici, que le Sénégal est cohérent si telle est la décision de l'instance dont elle est membre (j'entends déjà des répliques du genre qu'il y a des décisions de la CEDEAO que le Sénégal n'a pas exécutées... ). Je suis convaincu que le PR M. SALL sait cela mieux et avant ces économistes : c'est justement une aubaine. Le PR M. SALL peut bel et bien, ne serait-ce que pour son propre intérêt, jouer ce rôle de médiateur (je crois que mon collègue A. TINE pense la même chose) maintenant que la CEDEAO est discréditée.

Enfin, c'est une occasion, non pas de dissoudre la CEDEAO comme le demande un célèbre opposant, encore trop jeune en politique, mais de la repenser. La CEDEAO est un legs important qui est comme une dame de 45 ans qui n'a pas trop vu le temps passer et à qui son miroir répond invariablement et inlassablement qu'elle est la plus belle. Le contexte sécuritaire, le passage à l'éco, entre autres ne peuvent être occultés.

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