Maroc: Hanane Rihab - Les technocrates doivent être au service du projet politique et non l'inverse

Les déclarations de Driss Lachguar reflètent les discussions et les décisions des différentes instances du parti et des militants ittihadis

Lorsque l'on passe d'un dictionnaire à l'autre, les définitions de la technocratie sont variables et flottantes donnant au concept l'apparence d'un terme que l'on ne saurait définir, malgré le fait qu'il soit tout le temps débattu, expliqué, porté au pinacle ou voué aux gémonies, tout en suscitant plusieurs interrogations. "Aujourd'hui, aborder la question du lien entre technocrates et politiciens nous amène à penser uniquement aux gouvernements sans prêter attention au fait que la technocratie a également pris place ces dernières années au sein des partis politiques", explique la journaliste et membre du Bureau politique de l'USFP, Hanane Rihab, dans un article publié chez nos confrères de Hespress. "Je ne parle pas du fait de maquiller les technocrates avec les couleurs d'une formation politique quand il s'agit de les intégrer au gouvernement au nom de cette même formation, mais plutôt de confier la direction de certains partis politiques à des technocrates et de transformer les partis en une sorte d'entreprises, les bureaux politiques en conseils d'administration et les Conseils nationaux en assemblées générales", estime-t-elle. Et de préciser :

"Dans ce genre de situation, le leader d'un parti politique s'entoure d'un groupe de conseillers et d'experts qui n'ont pas nécessairement une expérience dans l'action partisane et sociale et qui, à leur tour, s'appuient sur des cabinets de conseils ou des spécialistes en marketing". L'ex-députée ittihadie explique que "s'ils arrivent à épargner au chef du parti certaines bourdes de communication ou des propos maladroits, ce n'est pas parce qu'ils sont avisés sur le plan politique mais plutôt, parce qu'on leur conseille de toujours tenir des propos pompeux, sans jamais prendre de position sur les principales questions de la scène politique". "Bien entendu, cette politique de communication éloigne le leader du feu des critiques et ne le contraint pas à prendre des engagements clairs et précis mais, en même temps, elle détruit la politique qui est avant tout un champ de lutte des différentes idéologies et une arène pour les perceptions et les visions opposées", fait savoir Hanane Rihab, avant de préciser que "même la démocratie ne peut se développer que lorsque le processus électoral est synonyme de choix conscient et volontaire entre des projets concurrents".

Dans son article intitulé "Leadership des partis : entre politique et technocratie", la membre du Bureau politique du parti de la Rose explique également que "lorsque le processus électoral se transforme en une occasion pour les partis politiques de présenter les mêmes projets et de tenir des propos similaires, ce sont souvent ceux qui ont la capacité d'élaborer une bonne stratégie de communication qui remportent souvent les élections et pas ceux qui présentent un programme cohérent et des visions planifiées selon un projet de référence clair et précis".

"Pour ce qui est de l'USFP, notre leader, Driss Lachguar, ne s'est jamais appuyé sur des sociétés de marketing, et encore moins sur des équipes de conseil en communication. Il considère que ses déclarations doivent refléter les discussions et les décisions du Conseil national du parti et de son Bureau politique, ou encore celles des militants ittihadis qui ont une longue expérience politique et partisane", précise Hanane Rihab. Et de poursuivre: "Alors que nous sommes à quelques jours seulement de notre 11ème Congrès national, nous devons nous poser la question de savoir si la direction du parti doit se tourner vers le modèle de l'entreprise partisane, dirigée par des experts, quel que soit leur niveau d'adhésion dans le projet ittihadi et ainsi entrer dans une nouvelle phase dans laquelle les opinions des différentes structures du parti n'auront aucune valeur et où la décision finale sera celle des technocrates qui n'ont acquis de l'expérience qu'à travers les bureaux de conseil et non pas à travers l'action partisane quotidienne avec toutes ses complexités".

Hanane Rihab a, par ailleurs, précisé que cela ne signifie pas l'incompatibilité totale entre l'expérience technique et celle politique mais "il faut tout de même choisir entre deux voies différentes", dit-elle. "D'abord celle de la technocratisation pure et dure où chaque formation politique sert une certaine perception technocratique qui ne se soucie guère du fait que le parti est avant tout porteur d'un projet sociétal, politique, idéologique et culturel. La relation avec le parti se trouve de ce fait liée aux intérêts que l'on peut obtenir par son intermédiaire et se termine avec la cessation de ces intérêts. L'affiliation devient alors conditionnée par une sorte de rente", estime-t-elle, avant de donner des explications à propos de la deuxième voie qui est, selon elle, celle de "la fidélité au projet politique avant tout". "Sans pour autant rejeter les experts (technocrates) et les nouveaux mécanismes de gestion et de communication mais plutôt les mettre au service du projet politique et non l'inverse", conclut la dirigeante ittihadie.

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