Afrique: Les bébés nés en ville sont " plus susceptibles de mourir " avant un mois

Des membres de la communauté de Muheza, en Tanzanie.
19 Janvier 2022

Accra — Une étude menée en Tanzanie révèle que les bébés nés dans les villes courent étonnamment un risque plus accru de décès au cours de leur premier mois de vie par rapport à leurs homologues des zones rurales.

En 2019, pour 1 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne, 27 étaient susceptibles de mourir au cours de leur premier mois de vie, un taux dix fois supérieur à celui des enfants nés dans les pays à revenu élevé, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais les chercheurs affirment que si, historiquement, le nombre de bébés qui meurent au cours de leur premier mois de vie pour mille naissances vivantes - également appelé taux de mortalité néonatale - a été plus élevé dans les zones rurales que dans les villes en raison d'un accès réduit aux soins de santé dans les villages, les différences entre les zones rurales et urbaines dans ces décès se sont amoindries ces derniers temps.

L'étude publiée dans BMJ Global Health le 5 janvier 2022 montre que pour 1 000 bébés nés vivants, 20 en Tanzanie rurale meurent au cours de leur premier mois de vie, contre 38 dans les villes.

" Même après avoir exclu l'effet d'autres facteurs explicatifs [tels que les bébés de faible poids à la naissance], nous avons tout de même constaté que la mortalité néonatale dans les zones urbaines restait deux fois supérieure à celle des zones rurales ", explique Lenka Beňová, co-auteur de l'étude.

Mais cette dernière, qui est professeur agrégé de santé maternelle et reproductive à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers, en Belgique, a confié à SciDev.Net que leurs conclusions ne disait rien de concret sur ce qui pourrait être à l'origine du taux de mortalité néonatale plus élevé en milieu urbain. Ajoutant que son groupe de recherche prévoyait de mener des études supplémentaires." Par exemple, nous voulons nous assurer que nous mesurons très précisément la résidence urbaine par rapport à la résidence rurale des ménages des mères, et que nous tenons compte de l'effet de la confusion des décès néonatals et des mortinaissances[1] ", ajoute Lenka Beňová.

L'étude comportait l'analyse des disparités dans les taux de mortalité néonatale à l'aide d'enquêtes démographiques et sanitaires effectuées dans 21 pays d'Afrique subsaharienne. Pour la Tanzanie, les chercheurs ont analysé les données de 2015-2016 pour déterminer le lien entre la résidence dans les zones urbaines ou rurales et la mortalité néonatale après ajustement des facteurs de risque, notamment les caractéristiques des ménages, le faible poids à la naissance et l'environnement dans lequel les bébés sont nés.

Sur les 21 pays, seule la Tanzanie avait un taux de mortalité néonatale dans les villes nettement supérieur à celui des zones rurales.

Lenka Beňová souligne que les résultats de cette étude devraient alerter les autorités nationales et locales sur le fait que les décès néonatals évitables devraient être une grande préoccupation, même dans les zones où l'accessibilité aux soins de santé est plus élevée, comme les villes, et qu'il existe un besoin de soins de qualité pour les femmes enceintes et les nouveau-nés.

Prudence

Selon l'étude, le problème des nourrissons urbains présentant un risque de décès plus élevé que leurs homologues des zones rurales semble émerger dans des pays africains tels que le Ghana, le Kenya et l'Ouganda.

Mais Seyram Wordui, pédiatre à l'hôpital universitaire de Korle-Bu au Ghana, affirme que les résultats doivent être interprétés avec prudence.

" L'enquête démographique et de santé étant un questionnaire auprès des ménages, elle est biaisée. Il est bien documenté qu'il y a beaucoup de sous-déclarations des événements néonataux, en particulier des décès qui surviennent en dehors du cadre des soins de santé ", explique ce dernier.

" Dans certaines cultures africaines, lorsqu'un nouveau-né meurt, la famille considère que le bébé "n'était pas destiné à rester" et l'événement est traité comme s'il ne s'était jamais produit ", ajoute Seyram Wordui.Elle ajoute que les accouchements supervisés et les pratiques de soins néonatals appropriées ont tendance à réduire les décès de nouveau-nés.

" Les zones urbaines d'Afrique subsaharienne ont généralement plus d'établissements de santé et de personnel, ce qui devrait se traduire par moins de morbidité néonatale [maladies] et de mortalité dans les zones urbaines ", soutient-elle dans un entretien avec SciDev.Net.

" Toute autre conclusion nécessite une enquête plus approfondie avant de pouvoir être utilisée pour guider les interventions ou éclairer les politiques ", conclut-elle.

La version originale de cet article a été produite par l'édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l'Afrique subsaharienne.

Références

[1] Selon l'OMS, le décès d'un bébé après 28 semaines de grossesse, mais avant ou au cours de l'accouchement, est considéré comme une mortinaissance.

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X