Congo-Kinshasa: Procès Floribert Chebeya - L'impossible traçage de la chaîne criminelle

Qu'est-ce qu'ils croyaient donc les parties civiles dans l'affaire Floribert Chebeya et Fidèle Bazana ? Que Joseph Kabila serait traîné à la barre juste parce qu'ils l'ont souhaité ?

Hier, 19 janvier 2022, la Haute cour militaire de la République démocratique du Congo (RDC) a rendu sa décision dans l'affaire du double meurtre du défenseur des droits de l'homme et de son chauffeur.

Il s'agissait notamment pour la justice militaire de dire si elle acceptait d'entendre de nombreuses personnalités citées par un témoin clé dans l'affaire, le major Paul Mwilambwe. A l'époque des faits, il était en charge de la sécurité des bureaux de l'inspection générale de la police nationale et affirme avoir tout vu sur les caméras de vidéosurveillance. Parmi les huiles citées par celui qui est également poursuivi dans le dossier, l'ancien président Joseph Kabila, l'ancien auditeur général des FARDC, Joseph Ponde, et le général John Numbi, ci-devant inspecteur général de la police nationale, aujourd'hui en fuite.

Il n'aura fallu que quelques minutes pour que le juge qui préside la Chambre rejette la requête, sans avoir pris la peine de donner d'amples détails sur les motivations de sa décision. Cela, en vertu de l'article 249 du Code de justice militaire qui lui reconnaît le pouvoir discrétionnaire de décider de la comparution de tel ou tel témoin cité.

En réalité, cette décision ne surprend guère. "Petit Kabila", ne l'oublions pas, qui a concédé à quitter le pouvoir à l'issue de "petits arrangements à l'africaine", pour reprendre la méchante formule de Jean-Yves Le Drian, jouit d'une double immunité de sénateur à vie et surtout d'ancien chef d'Etat qui le prémunit de toute comparution judiciaire.

Avec cette fin de non-recevoir, il sera donc difficile de "tracer la chaîne criminelle", selon l'expression de Rostin Manketa, le directeur exécutif de l'ONG "La Voix des sans voix" dont Chebeya était l'emblématique patron.

En rappel, le défenseur des droits de l'homme avait été convoqué le 1er juin 2010 à l'inspection générale de la police, alors dirigée par John Numbi. Son corps sans vie est retrouvé le lendemain dans sa voiture. La dépouille de son chauffeur ne sera, elle, jamais retrouvée.

Accusé d'être le commanditaire du double assassinat, le général Numbi n'a jamais été poursuivi dans cette affaire. Il avait comparu en tant que témoin au procès en première instance, en 2011, mais n'avait pas été appelé à la barre lors du procès en appel en 2015, qui a condamné à quinze ans de prison le colonel Daniel Mukalay. En première instance, trois policiers avaient en outre déjà été acquittés et trois autres, en fuite, condamnés à mort par contumace.

Mais suite à de nombreuses révélations de policiers fugitifs, de nombreuses voix se sont élevées pour demander la réouverture du procès.

Plus de 10 ans après, la soif de justice des défenseurs des droits de l'homme et des familles des deux suppliciés n'est toujours pas assouvie, et on se demande si elle le sera un jour.

Tout au plus avec le présent procès, va-t-on assister à une forme de justice sans vérité.

Mais faut-il s'en étonner outre mesure vu que le successeur de Kabila lui-même affirmait dès sa prise de fonction ne pas vouloir " fouiner dans le passé "?

Une chose est sûre, la culpabilité du général John Numbi avec qui Floribert Chebeya avait rendez-vous ce jour fatidique ne fait pas l'ombre d'un doute. Reste à savoir si l'ancien patron de la police a agi de son propre chef ou, comme le pensent beaucoup, il a reçu des ordres d'en haut.

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