Maroc: Les réserves du barrage de Bin El Ouidane quasiment à sec

Des arbres fruitiers à perte de vue, surplombés par le mont Tassemit et la montagne Ighnayen. Dans cette plaine située entre Béni Mellal et Afourer, deux villes de la région de Béni Mellal-Khénifra, distantes d'une vingtaine de kilomètres, la rareté de l'eau destinée à l'irrigation des oliviers et autres orangers contraste avec les rayons abondants d'un soleil éclatant.

Pourtant, à une quarantaine de kilomètres, juste là, dissimulé derrière ces sommets où la neige ne tombe quasiment plus, se trouve l'un des barrages agricoles les plus imposants et importants du Royaume, le barrage de Bin El Ouidane. "Les réserves du barrage sont quasiment à sec", se désole un agriculteur d'Afourer, contacté par nos soins. Et d'ajouter : "On peut même traverser le barrage à pied en passant par des endroits où l'eau était abondante il y a quelques années."

Un taux de remplissage de 14%

Si l'on en croit la Direction générale de l'eau, relevant du ministère de l'Equipement, à la date du 7 janvier, le barrage de Bin El Ouidane, d'une capacité de 1,2 milliard de mètres cubes, affichait un taux de remplissage de 14%. "Il se pourrait même que ce taux soit bien en dessous", avance un autre agriculteur de la région. Si le retard des pluies n'est pas étranger à cette baisse drastique du niveau du barrage de Bin El Ouidane, à la limite de la cote d'alerte, la surexploitation de ses capacités y est aussi pour beaucoup.

"De tout temps, les réserves du barrage de Bin El Ouidane ont été exploitées plus que de raison", nous confie un agriculteur "car outre le fait que ces réserves soient continuellement et inlassablement pompées pour les besoins de la plaine de Tadla, ces eaux sont également affectées vers d'autres régions", explique-t-il. Il est vrai qu'en plus des eaux affectées aux Doukkala, une partie des réserves du barrage sont dirigées vers la région de Marrakech-Safi en particulier pour irriguer les plaines agricoles d'El Kelâa des Sraghna.

Surexploitation des réserves

A l'instar d'Afourer, première ville en aval du barrage de Bin El Ouidane, dans la région de Sraghna-Zemrane, l'olivier constitue la principale filière arboricole. La filière oléicole y est considérée comme une source importante, avec plus de 4,7 millions de journées de travail par an, soit l'équivalent de 23.500 emplois permanents. D'une certaine manière, l'affectation d'une partie des réserves du barrage de Bin El Ouidane vers El Kelâa des Sraghna est compréhensible à l'aune des enjeux économiques précités "mais cela a des répercussions dramatiques sur les agriculteurs d'Afourer", se désole l'un des agriculteurs que nous avons contactés. "Ça a presque signé notre arrêt de mort ", nous indique-t-il, consterné.

15 barrages à Béni Mellal-Khénifra

Pour lui, cette décision qui remonte à plusieurs années ne prend pas en considération les effets et conséquences du réchauffement climatique. Et encore moins les dernières années de sécheresse. "Que les eaux du barrage de Bin El Ouidane irriguent les plaines de la région de Sraghna-Zemrane était assez compréhensible il y a quelques années. Mais, désormais, la donne a changé", souligne notre interlocuteur en espérant que les cartes soient rebattues.

Plus facile à dire qu'à faire, d'autant que l'agriculture est un pilier et même le principal moteur de la croissance économique de la région de Sraghna-Zemrane.

En même temps, c'est le cas aussi de la région de Béni Mellal, comme en témoigne la galère des agriculteurs d'Afourer, dont l'incompréhension a atteint son comble. D'autant que 15 principaux barrages sur un total de 145 grands barrages que compte le Royaume, se situent dans la région de Béni Mellal-Khénifra.

D'une capacité totale de 3,5 milliards de m3, ils peuvent irriguer jusqu'à 500.000 hectares. Mais désormais, ces données sont à conjuguer au passé.

En somme, les années de sécheresse et les faibles précipitations, combinées à une exploitation outrancière des réserves de certains barrages, dont celui de Bin El Ouidane, mènent à l'évidence droit dans le mur. Mais ce n'est pas demain la veille que la situation risque d'évoluer.

Des barrages au plus bas

A l'exception de quelques barrages dans le Nord dont le taux de remplissage est supérieur à 50%, le taux de remplissage moyen, au 7 janvier 2022, est de seulement 34% au niveau national au lieu d'un taux de 37% il y a un an et de 44% il y a deux ans.

D'après la Direction générale de l'eau, relevant du ministère de l'Equipement, au 7 janvier 2022, les retenues des principaux barrages nationaux se limitent à 5,5 milliards de mètres cubes sur une capacité totale de 16 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage moyen de 34%. Le Barrage Bin El Ouidane, occupe la deuxième position avec une retenue de 253,3 millions de m3, ce qui équivaut à un taux de remplissage de 14% contre 23,3% à la même date de l'année dernière (282,8 millions m3).

Toujours d'après la même source, au sud de l'Oued Oum Errabii, plusieurs barrages importants sont presque à sec. En l'occurrence le barrage Al Massira, dans la province de Settat, le deuxième plus grand du pays, avec une capacité de 2,6 milliards de mètres cubes, qui affiche un taux de remplissage de 7,6%, soit 202,2 millions de mètres cubes.

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