Centrafrique: La difficile cohabitation entre les anciens rebelles et leurs victimes

21 Janvier 2022

En Centrafrique, les victimes d'anciens rebelles manifestent leur mécontement à l'idée de cohabiter avec leurs anciens bourreaux.

La scission entre Ali Darassa, chef d'état-major de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), et son adjoint Hassan Bouba, désormais ministre de l'élevage, ainsi que la mort du numéro 2 Didier Wangay, ont entraîné une vague de défection au sein de l'Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC).

L'UPC est membre de la Coalition des patriotes pour le changement de François Bozizé. Plusieurs officiers de cette organisation ont donc déposé les armes.

Parmi eux, Oumar qui a témoigné à la DW : "Ce qui m'a contraint à sortir, c'est que notre pays a retrouvé la paix et, j'aimerais que ça se poursuive jusqu'à la fin. Nous allons accompagner cette paix jusqu'à sa consolidation. Les frères que nous avons rencontrés ici, nous les acceptons. Nos amis Russes, les Forces armées centrafricaines et le capitaine qui a reçu nos éléments nous ont bien accueillis. Nous n'avons pas faim, il n'y a pas de menaces et nous souhaitons rester ainsi jusqu'à la fin."

Une population hésitante

Le gouvernement affirme qu'il viendra à bout sous peu de la rébellion en Centrafrique. Mais les armes déposées par certains rebelles ne suffisent pas à convaincre la population de leur bonne volonté.

Cécile, une habitante de Alindao, a été violée par les rebelles de l'UPC. Elle a depuis quitté son village de Alindao et vit à Bambari, une localité où les rebelles sont regroupés provisoirement.

"Nous avons été violées. Beaucoup sont mortes, d'autres sont devenues folles. Nous vivons dans la honte. Nous n'avons pas de paix intérieure, nos habitations ont été incendiées et nous ne savons quoi faire. Et désormais on va les former pour les incorporer dans l'armée ? Mais alors nous, qu'allons-nous faire ?", se demande-t-elle

Vers une totale impunité?

En acceptant de déposer les armes, les anciens rebelles bénéficient d'une amnistie. Mais leur nouvelle vie est mal acceptée par leurs victimes.

Enock Fortuné Binguidé, président de l'association des victimes est consterné :

"Depuis que les éléments de la CPC ont été désarmés dans les villages de Tagbalé et Alindao, les habitants vivent dans la peur. Il faut rappeler qu'en 2013, les rebelles ont tué 54 personnes et incendiés 300 maisons dans les villages de Atcha, Kpohoropko, Mokokpolo et Boy-Kette, poussant 6.000 personnes à se réfugier à Bambari, sur le site de Sangaris, et 5.000 autres à Ngakobo. Pourquoi le gouvernement et la Minusca traumatisent les victimes en laissant ces rebelles qui ont commis des crimes les défier, en les laissant se promener le jour comme la nuit dans Bambari ?"

Face à la crainte des victimes, les services du programme de désarmement et réinsertion indiquent qu'une mission de travail se rendra à Bambari pour recenser les rebelles désarmés, faire le point sur les poursuites individuelles ou collectives et, si nécessaire, le rapatriement de certains d'entre eux.

En attendant, les victimes et leurs anciens bourreaux cohabitent à Bambari. L'impunité accordée à ces anciens rebelles, destinée à inciter les autres à déposer les armes à leur tour, est très mal vécue par la population civile. Certains pourraient être tentés de se faire justice eux-mêmes.

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