Burkina Faso: Des tirs nourris toujours entendus à Ouagadougou

23 Janvier 2022

"Pour le moment" aucune institution de la République "n'a été inquiétée" a dit le ministre de la Défense du Burkina Faso, le général Barthélémy Simporé,

Situation confuse à Ouagadougou où des tirs nourris sont entendus dans plusieurs casernes du pays. Ces mouvements d'humeur dans les casernes sont le reflet de la fragilité du pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré face aux violences jihadistes qui s'accroissent dans son pays depuis 2015. Sur les antennes de la RTB, le ministre de la Défense le général Barthélémy Simporé, a affirmé que "pour le moment", aucune institution de la République "n'a été inquiétée."

Le Burkina Faso serait-il à son tour menacé par un coup d'Etat ?

Plusieurs camps militaires en mouvement

Des tirs ont été entendus à Gounghin provenant du camp Sangoulé Lamizana", a affirmé un militaire de ce quartier situé à la sortie ouest de Ouagadougou.

Des habitants de ce quartier ont aussi déclaré que des militaires sont sortis de leur caserne, tirant des coups de feu en l'air, et ont bouclé le périmètre aux alentours de la caserne. Le périmètre autour de la caserne de la base aérienne, était également bouclé par des soldats encagoulés tirant en l'air.

Des tirs ont également été entendus dans un autre camp militaire de Ouagadougou, celui de Baba Sy, à la sortie sud de la capitale, et à la base aérienne proche de l'aéroport, selon des sources militaires.

Des coups de feu se sont aussi produits dans des casernes de Kaya et Ouahigouya, dans le nord du pays, selon des habitants.

Une centaine de personnes qui tentaient de se rassembler place de la Nation, en plein centre de Ouagadougou, pour exprimer leur soutien au mouvement des soldats, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogène par les policiers.

Le camp Sangoulé Lamizana abrite la Maison d'arrêt et de correction des armées (Maca) où est détenu le général Gilbert Diendéré, proche de l'ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 qui vit depuis en Côte d'Ivoire.

Le général Diendéré a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l'assassinat de l'ancien président Thomas Sankara, icône panafricaine, en 1987.

Situation suivie de près...

"Cette situation est pour le moment en train d'être suivie par nous pour que nous puissions connaître les motivations réelles de ces tirs. Il s'agit de quelques casernes. Ces mouvements sont localisés. Ce sont des tirs bien circonscrits qui sont sous contrôle. Dans certaines de ces casernes le calme est déjà revenu. Le gouvernement communiquera en temps opportun sur l'évolution de cette situation. Le chef de l'Etat n'a pas été arrêté. Aucune institution de la république n'a pour l'instant été inquiétée", dit le ministre de la Défense.

Réaction du gouvernement

"Le gouvernement" explique-t-il "fait confiance à l'armée qui demeure républicaine. Nous demandons à la population de rester sereine et de vaquer à ses occupations. Pour le moment tout est sous contrôle. Nous demandons à notre armée de demeurer républicaine et de continuer à exécuter ses missions de protection du territoire et des populations."

Le général Barthélémy Simporé a indiqué par ailleurs "que les mouvements observés "dans quelques casernes" sont "localisés, circonscrits", et qu'il était "en train de rentrer en contact avec ceux qui sont à la manoeuvre pour comprendre les motivations".

Ces mouvements dans des casernes burkinabè surviennent au lendemain de nouvelles manifestations de colère d'habitants excédés par l'impuissance des autorités à faire face à la violence jihadiste qui ravage le Burkina Faso.

Des incidents ont éclaté à Ouagadougou et dans d'autres villes du pays entre les forces de l'ordre et des manifestants qui ont bravé l'interdiction de se rassembler pour protester contre l'insécurité.

Violences armées

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l'est du pays.

Samedi, au moins deux soldats ont été tués et plusieurs blessés dans l'explosion d'un engin artisanal, sur l'axe entre Ouahigouya et Titao (nord), au passage de leur véhicule qui escortait des commerçants, selon des sources sécuritaires et locales.

Le 23 décembre, une embuscade de groupes armés visant un convoi de ravitaillement composé de civils et de Volontaires de défense pour la patrie (VDP, supplétifs de l'armée) dans la zone de You (nord), avait fait 41 morts, dont le célèbre Ladji Yoro, considéré comme un leader des VDP.

Les violences des groupes jihadistes ont fait depuis six ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

Plusieurs militaires sont détenus depuis mi-janvier pour des faits présumés de "tentative de déstabilisation des institutions". Parmi eux, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, ex-chef de corps du 12e régiment d'infanterie commando, qui était jusqu'à présent commandant du groupement des forces du secteur ouest, engagées dans la lutte antiterroriste.

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